Israël: nouvelles révélations sur le réacteur nucléaire de Dimona
Des documents soulignent de nouveaux aspects du programme secret et le rôle joué par le père de John Kerry
Le journal Haaretz a publié mercredi un article sur des documents divulgués cette semaine mettant en lumière de nouveaux aspects sur la centrale nucléaire de Dimona au sud d’Israël et révélant le rôle du père de John Kerry, le secrétaire d »Etat américain, lors de sa création.
Le journal israélien établit un parallèle entre la vente de missiles S-300 russes à l’Iran, destinés à protéger ses installations nucléaires, qui sont perçus comme un danger supplémentaire par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et la livraison de missiles américains Hawk à l’époque de David Ben Gourion pour protéger le site israélien ultra-sensible de Dimona.
Au-delà de l’explication officielle de protéger ses bases aériennes et sa population d’éventuels raids de l’aviation égyptienne il s’agissait en fait, au début des années 1960, selon Haaretz, de défendre le réacteur nucléaire. D’ailleurs durant la guerre des Six-Jours en 1967, les missiles ont même été déployés pour abattre un appareil de chasse israélien qui s’était approché des installations de Dimona alors qu’il avait été touché lors d’un raid sur la Jordanie toute proche.
Bien que la plupart des documents sur la centrale nucléaire ont déjà été révélés après avoir été déclassifiés, certains d’entre eux n’ont pas été exploités rapporte Haaretz.
Ainsi, les chercheurs Avner Cohen et Bill Burr ont publié cette semaine une nouvelle série de documents sur le site des archives sur la Sécurité nationale de l’université George Washington.
Deux d’entre sont particulièrement intéressants: le rôle joué par Richard Kerry, le père de l’actuel secrétaire d’Etat américain John Kerry, et l’histoire de la création de la centrale nucléaire que les autorités israéliennes ont fait passer pour une simple usine textile.
Les professeurs Cohen et Burr publient des documents illustrant les efforts d’Israël pour nouer des relations nucléaires avec la France et la Norvège qui avait accepté de vendre l’indispensable eau lourde pour faire tourner le réacteur.
Il s’agissait également de cacher toute l’histoire aux Américains jusqu’à ce qu’elle devienne un fait établi.
Pendant près de 4 ans, entre 1957 et 1960, les efforts israéliens pour garder le projet secret ont été couronnés de succès.
Les Américains subodoraient quelque chose, mais ils n’avaient aucune certitude.
Comme ce fut déjà le cas lors de l’opération israélo-franco-britannique de Suez en 1956, l’administration Eisenhower, lorsqu’elle a découvert le pot-aux-roses, a été surprise par la profondeur de la coopération entre Israël et la France.
Le secrétaire d’Etat Kerry, qui est accaparé par les négociations sur le nucléaire iranien, peut enfin avoir connaître le rôle exact joué par son père dans l’affaire de la centrale israélienne alors qu’il était en poste comme secrétaire d’ambassade à Oslo.
En 1959, Richard Kerry a rapporté plusieurs conversations avec des responsables norvégiens de la commission de l’Energie nucléaire sur la vente d’eau lourde à Israël.
Les Norvégiens ont justifié le secret pour ne pas attirer l’attention du boycott arabe d’Israël qui aurait pu nuire aux sociétés impliquées dans la transaction.
Kerry père cite deux autres raisons supplémentaires: la participation norvégienne au contingent de la force d’urgence des Nations-Unies dans le Sinaï et sur les autres lignes de cessez-le-feu entre Israël et les Pays arabes ainsi que des contacts avec l’Egypte sur la vente d’équipements nucléaires pour les domaines de la recherche et du médical.
Les autorités israéliennes continuent jusqu’à aujourd’hui, soit 45 ans après la découverte des efforts en vue de construire la centrale nucléaire, de prétendre que le but était de participer à l’effort national en vue du développement et de la recherche dans le Néguev pour des raisons économiques.
Dès qu’il a été pris sur le fait, Israël a admis le fait nucléaire, mais a affirmé qu’à l’instar du petit réacteur de Sorek, qu sud de Tel Aviv, la centrale de Dimona a une activité civile.
Quant à l’anecdote de « l’usine textile », elle se déroule durant été 1960. et est rapportée par les archives de la Sécurité nationale. L’ambassadeur américain de l’époque, Ogden Reed, âgé de 35 ans, survole en hélicoptère le nord du Néguev en compagnie d’un haut fonctionnaire du ministère israélien des Finances. le diplomate américain demande des précisions sur les travaux impressionnants qui’il constate dans le secteur. Le haut-fonctionnaire israélien, qui est un proche des ministres Levy Eshkol et Pinhas Sapir et a été en poste à l’ambassade d’Israël à Washington est au courant des pressions économiques américaines après la crise de Suez en 1956 et des relations difficiles avec Eisenhower. C’est la raison pour laquelle il évoque la construction d’une « usine textile » en s’appuyant sur le programme de l’architecte Rudolf Trostler en vus d’installer un tissu industriel dans les villes de développements du Néguev, comme l’usine « Dimona Fibers ». L’ambassadeur américain ne trouve rien à redire à la réponse du responsable israélien.
La centrale de Dimona est située dans le désert du Néguev, à 13 km au sud-est de Dimona et à 20 km à l’ouest de la Mer Morte.
En 1957, un accord secret fut conclu entre la France et Israël pour la construction d’un réacteur nucléaire équivalent à la pile G1 de Marcoule (production de 10 à 15 kg de plutonium par an). La construction débuta l’année suivante, grâce à une assistance technique française.
En 1961, le général de Gaulle décide de cesser toute aide française concernant l’usine de séparation du plutonium. La mise en service du réacteur date de 1963.
Israël reconnait l’existence de ce site mais refuse de communiquer sur son objectif militaire. Les informations sur ce site sont donc classées Secret défense par l’État Israélien.
En juillet 2014, trois roquettes de longue portée M-75 de fabrication palestinienne, provenant de Gaza, sont tirées en direction du site nucléaire par les Brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche armée du mouvement terroriste Hamas. Selon l’armée israélienne, deux roquettes sont tombées dans des zones inhabitées sans faire de victimes humaines ou de dégâts matériels, et le système de défense anti-missile Dôme de Fer a intercepté la troisième. Le Hamas a revendiqué le tir et ajouté qu’il visait « délibérément la centrale nucléaire ».
![]() |
![]() |






































