Navi Pillay, qui a accusé Israël de génocide, remporte le prix Nobel de la paix

Israël a dénoncé cette décision comme une « instrumentalisation grotesque d’une récompense pour légitimer la haine et les préjugés anti-israéliens ».

Steve Linde

La juriste sud-africain Navanethem « Navi » Pillay, qui a dirigé une commission des Nations Unies accusant Israël de génocide dans la bande de Gaza, a reçu vendredi le prix Nobel de la paix 2026.

Le Comité Nobel norvégien a annoncé le prix à Oslo, saluant le travail de plusieurs décennies mené par Pillay dans le domaine du droit international et des droits de l’homme.

Le comité a salué son « courage et son intégrité extraordinaires » dans sa contribution à la promotion d’un ordre juridique international plus complet et a déclaré qu’elle avait « joué un rôle central pour que des affaires telles que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide soient traduites en justice ».

Pillay, âgé de 85 ans, est un ancien haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et a occupé des postes de haut niveau au sein de plusieurs instances judiciaires internationales.

Sa nomination devrait susciter un intérêt particulier en Israël en raison de son rôle récent de présidente de la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et Israël.

En septembre 2025, la commission a publié un rapport de 72 pages concluant qu’Israël commettait un génocide contre les Palestiniens à Gaza.

Le rapport indique qu’il existe des « motifs raisonnables » de conclure que quatre des cinq actes définis comme génocidaires en vertu de la Convention de 1948 sur le génocide ont été commis depuis le massacre perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023.

La commission a cité le meurtre de membres d’un groupe ; le fait de causer des dommages corporels ou mentaux graves ; le fait d’imposer délibérément des conditions d’existence destinées à entraîner la destruction physique du groupe ; et l’imposition de mesures visant à empêcher les naissances.

Elle a également accusé de hauts responsables israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président Isaac Herzog et le ministre de la Défense de l’époque, Yoav Gallant, d’incitation au génocide.

Israël a catégoriquement rejeté les conclusions de la commission et a accusé à plusieurs reprises l’organe d’enquête de l’ONU de partialité. Jérusalem maintient que sa campagne militaire à Gaza vise le Hamas et d’autres organisations terroristes, et non la population civile palestinienne, et affirme prendre des mesures pour minimiser les pertes civiles.

La guerre a commencé lorsque des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi le sud d’Israël le 7 octobre 2023, assassinant quelque 1 200 personnes, principalement des civils, et en enlevant 251 autres pour les emmener à Gaza.

Pillay a également vivement critiqué la politique israélienne en Judée-Samarie. Elle a condamné les propositions du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, visant à étendre la souveraineté israélienne sur de vastes portions du territoire, ainsi que les projets de construction dans la zone E1, entre Jérusalem et Ma’ale Adumim.

« Ma dernière action a été de remettre le rapport sur Gaza. »

Née à Durban, en Afrique du Sud, en 1941 dans une famille d’origine tamoule indienne, Pillay est devenue la première femme non blanche à ouvrir son propre cabinet d’avocats dans la province du Natal en Afrique du Sud, travaillant pendant l’ère de l’apartheid.

Elle devint par la suite la première femme non blanche nommée à la Haute Cour d’Afrique du Sud.

Pillay a été juge puis présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda, créé pour juger les responsables du génocide de 1994. Elle a ensuite siégé comme juge à la Cour pénale internationale de La Haye.

De 2008 à 2014, elle a été Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

Elle siège actuellement comme juge ad hoc à la Cour internationale de Justice dans le cadre d’une procédure engagée par la Gambie contre le Myanmar pour génocide contre la minorité rohingya.

Suite à l’annonce de vendredi, Pillay a suscité des applaudissements et des rires en plaisantant sur le président américain Donald Trump, qui avait également été nominé pour le prix Nobel de la paix.

S’exprimant dans la salle d’audience historique de Nuremberg, en Allemagne, où les dirigeants nazis ont été jugés après la Seconde Guerre mondiale, suite à l’annonce de vendredi, Pillay a parlé de son enquête sur la campagne militaire israélienne à Gaza.

« Ma dernière action a été la remise du rapport sur Gaza, qui qualifie de génocide ce qui s’y passe », a-t-elle déclaré, faisant référence aux conclusions de la commission de l’ONU et suscitant les applaudissements de ses partisans. « L’une des principales réactions à ce rapport est de me féliciter pour mon courage. Vous imaginez bien ma surprise. Pourquoi faudrait-il du courage pour dire la vérité ? »

Pillay a alors lancé avec humour : « Si vous applaudissez encore un peu, je partagerai peut-être ce prix avec Trump. »

Une vidéo de son discours a été publiée sur X par la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard.

Michael Dickson, directeur exécutif de StandWithUs Israël, a répondu directement au message de Callamard célébrant la récompense depuis la salle d’audience de Nuremberg.

« Vous et elle devriez être jugées à Nuremberg, sur le banc des accusés », a écrit Dickson sur X. « Quelle tache sur le prix Nobel ! »

Israël dénonce cette décision

Le ministère israélien des Affaires étrangères a dénoncé vendredi la décision d’attribuer le prix Nobel de la paix 2026 à la juriste sud-africaine Navi Pillay, la qualifiant d’« utilisation abusive grotesque du prix pour légitimer la haine et les préjugés anti-israéliens ».

« S’il existait un prix pour les mensonges, la haine et les accusations de meurtre rituel, Navi Pillay ne serait pas simplement une candidate, elle serait la grande favorite », a déclaré le ministère.

Pillay a présidé la commission d’enquête de l’ONU qui a conclu en septembre 2025 qu’Israël commettait un génocide contre les Palestiniens dans la bande de Gaza, allégations que Jérusalem a catégoriquement rejetées.

« Maintenant que le Comité Nobel a récompensé le plus grand mensonge du XXIe siècle, Joseph Goebbels doit certainement applaudir depuis l’enfer », a déclaré le ministère.

JForum.fr avec jns
Navi Pillay, alors Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, s’adresse à la neuvième session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, en septembre 2008. Crédit : Jean-Marc Ferré/Photo ONU.

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