Un responsable allemand reproche à un important quotidien libéral, Süddeutsche Zeitung, la publication d’un dessin qui s’inspire de l’époque nazie

 

 

A la suite de la publication d’un nouveau dessin antisémite par ddeutsche Zeitung (SZ), la plupart des médias se sont trompés en traitant les développements qui s’en sont suivis comme d’un cas isolé. Ce quotidien « progressiste » libéral allemand est l’un des journaux les plus lus en Allemagne. Le SZ est considéré, avec le  comme Frankfurter Algemeine Zeitung et Die Welt comme l’un des trois journaux de qualité sur le plan national.

Le 15 mai, le SZ a publié un dessin réalisé par Dieter Hanitzsch, âgé de 85 ans. Il décrivait le Premier Ministre israélien Binyamin Netanyahu sous les traits de la candidate championne israélienne de l’Eurovsion, Netta Barzilaï, célébrant sa victoire en soulevant un missile flanqué de l’étoile de David. Hanitzsch a caricaturé le dirigeant israélien avec un nez, des oreilles et des lèvres aux proportions outrancières, selon les stéréotypes classiques de l’antisémitisme.

Cette caricature a provoqué de nombreuses réactions négatives. Quelques jours plus tard, le rédacteur en chef du SZ Ernst Krach a écrit que ce dessin a suscité des débats aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la rédaction du journal. Il a déclaré que le caricaturiste prétend n’avoir voulu attirer l’attention sur le fait que le concours de l’Eurovision 2019 aura lieu à Jérusalem.

Krach a ajouté qu’on peut, cependant, aussi interpréter différemment ce dessin et le considérer comme antisémite. Le SZ a présenté ses excuses en reconnaissant que ce fut une erreur que de le publier[1] [2]. Après une déclaration de ce genre, la polémique doit généralement se refermer.

Pourtant, le Commissaire allemand chargé de l’antisémitisme, récemment désigné, Felix Klein, a aussi réagi. Il a déclaré que la « caricature engendre des associations d’idées avec des dessins intolérables issus de la propagande nationale-socialiste. Même si les caricatures sont satiriques et devrait provoquer, celle-ci a franchi une ligne rouge[3]« . Depuis lors, le Conseil de la Presse allemande a lancé une enquête sur ce dessin[4].

Dieter Hanitzsch

La déclaration de Klein signifiait qu’un responsable du gouvernement allemand accuse le SZ, journal s’adressant à la majorité silencieuse, de publier des matériaux équivalant à ceux des Nazis. Le journal a ensuite, limogé Hanitzsch qui faisait partie de la rédaction depuis des décennies[5]. Le caricaturiste a, par le passé, été récompensé de la médaille fédérale du  Mérite[6]. Hanitzsch a réagi par une longue explication pour dire en quoi son dessin n’avait rien d’antisémite. Il a aussi mentionné qu’il avait reçu des réactions disant que son dessin correspondait très bien avec les publications extrémistes du Nazi Julius Streicher[7], qui avait été condamné à mort, lors des procès de Nuremberg et pendu[8]. Il revient aux psychologues d’évaluer à quel point de caricaturiste a été influencé par les courants de pensée de la période nazie, qu’il a traversée à un âge où il était encore à l’école.

Le palmarès en matière d’incitation à la haine anti-israélienne au sein du SZ est bien plus important que ce simple cas. En fait, l’incitation du quotidien s’inscrit dans le cours du’ne longue histoire[9]. En 2013, le SZ a publié une caricature d’Ernst Kahl montrant un monstre avide, à deux cornes, sur le point de dévorer[10]. La légende accompagnant le dessin disait : « L’Allemagne est la servante. Depuis des générations Israël est servi gracieusement en armes, en partie sans le moindre versement d’argent en contrepartie ».

En 2014, un autre dessin antisémite a fait son apparition dans le SZ[11]. Burkhard Mohr avait dessiné l’entrepreneur juif Mark Zuckerberg, patron de Facebook, sous les traits d’une pieuvre parvenant, grâce à ses tentacules à contrôler les réseaux sociaux. Le caricaturiste décrivait Zuckerberg avait un grand nez et des lèvres épaisses, correspondant, encore une fois, aux stéréotypes idéaux de l’antisémitisme. Le Centre Simon Wiesenthal avait réagi en déclarant que le dessin prouvait bien l’antisémitisme de son auteur[12]. Le dessinateur a nié que son dessin puisse être antisémite et a présenté ses excuses. 

 L’universitaire belge, Joel Kotek, l’expert dominant dans le champ du dessin antisémite, observe que les dessinateurs arabes décrivent fréquemment les Juifs comme des créatures malveillantes, telles que des araignées, des vampires ou des pieuvres. Il ajoute que les thèmes de la haine arabe s’infiltrent parfois au sein de la société occidentale[13].

Cependant, tout cela rassemblé, reste bien pâle, en comparaison du poème plein de haine anti-israélienne, extrêmement vil, que le SZ a publié en 2012. Dans ce poème, le lauréat allemand du Prix Nobel de littérature, Günther Grass prétendait qu’Israël a pour but de commettre un génocide à coups de bombes nucléaires contre le peuple iranien. Ce poète gauchiste, qui était, dans sa prime jeunesse un fieffé membre de la Waffen SS[14], aurait dû savoir – tout comme ses éditeurs du SZ – que ce sont les dirigeants iraniens qui ont menacé Israël de génocide. C’est pourtant l’inverse qu’il a préféré suggérer.

The poem became a symbol of major European progressive anti-Israeli perversity. It was also published by five other European mainstream liberal papers: the Italian La Repubblica,[15] the British Guardian,[16] the Spanish El Pais,[17] the Danish Politiken,[18] and the Norwegian Aftenposten.[19]

Ce poème est devenu un emblème de la perversité anti-israélienne de la majeure partie des progressistes européens. Il avait également été publié par cinq autres journaux libéraux dominants : La Repubblica, Italien [15] le Guardian, britannique[16] l’espagnol El Pais,[17] le Danoi Politiken,[18] et le Norvégien Aftenposten.[19]

L’antisémitisme d’extrême-droite s’est illustré dans le médias allemands depuis de nombreuses années. Depuis décembre 2017, après le feu mis à un drapeau israélien fait à la main, par des Musulmans allemands à Berlin, l’antisémitisme musulman est aussi régulièrement condamné par les hommes politiques de premier plan, en Allemagne.

Dans ce cas, cependant, une réaction, d’autant plus précieuse qu’elle est rare, est survenue. Un représentant du gouvernement a fini par condamner une illustration de l’antisémitisme progressiste extrêmement répandu, dans les milieux bien-pensants allemands. C’est d’autant plus important, du fait que le SZ est un porte-étendard du libéralisme de gauche en Allemagne.

On pourrait espérer que la rebuffade lancée par le commissaire envers le SZ n’est que le commencement d’une démonstration bien plus systématique de l’incitation à la haine anti-israélienne dans les milieux de la gauche libérale bien-pensante allemande. Il y a plusieurs autres journaux qui disputent son leadership au SZ en ce domaine . En 2012, le Centre Simon Wiesenthal, avait mis en tête de sa liste Jakob Augstein, parmi les dix plus grands propagateurs d’antisémitisme dans le monde[20].

L’hypothèse selon laquelle l’Allemagne pourrait se débarrasser en moins de 75 ans, de son antisémitisme, après avoir commis un génocide d’un tel impact, n’est qu’une illusion. Les effets continuent de se manifester de bien des façons en beaucoup de secteurs de la société allemande, à commencer par son segment répué de la gauche libérale.

Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.


[1] www.juedische-allgemeine.de/article/view/id/31630

[2] www.haaretz.com/israel-news/german-newspaper-apologizes-for-cartoon-using-anti-semitic-stereotypes-1.6094472

[3] www.welt.de/politik/deutschland/article176437583/Geschmacklose-Zeichnung-Antisemitismusbeauftragter-kritisiert-Sueddeutsche-Zeitung-scharf.html

[4] https://in.reuters.com/article/germany-antisemitism-cartoon/update-1-german-newspaper-drops-cartoonist-after-netanyahu-drawing-idINL5N1SP5WN

[5] meedia.de/2018/05/18/nach-streit-um-karikatur-sueddeutsche-zeitung-trennt-sich-von-zeichner-dieter-hanitzsch/

www.jta.org/2018/05/16/news-opinion/top-german-newspaper-apologizes-cartoon-using-anti-semitic-stereotypes

[6] www.jpost.com/Diaspora/Antisemitism-czar-slams-German-cartoon-as-Nazi-propaganda-556693

[7] www.haz.de/Nachrichten/Medien/Uebersicht/SZ-wirft-Karikaturisten-raus

[8] www.sueddeutsche.de/kolumne/in-eigener-sache-stereotype-und-klischees-1.3986184

[9] www.jpost.com/Diaspora/Antisemitism-czar-slams-German-cartoon-as-Nazi-propaganda-556693

[10]  www.zeit.de/kultur/2013-07/sueddeutsche-zeitung-israel-karikatur

[11] www.jpost.com/printarticle.aspx?id=342412

[12] www.timesofisrael.com/cartoon-of-zuckerberg-called-anti-semitic/

[13] www.jcpa.org/article/major-anti-semitic-motifs-in-arab-cartoons/

[14] www.spiegel.de/international/nobel-prize-author-guenter-grass-i-was-a-member-of-the-ss-a-431353.html

[15] Günter Grass, “Quello che deve essere detto,” La Repubblica, April 4, 2012 (Italian); Ugo Volli, “Poesia dedicata a Günter Grass”; Andrea Tarquini, “Una poesia contro Israele, l’ultima provocazione di Grass Le sue atomiche una minaccia”; Adriano Prosperi, “Se la storia viene capovolta in un brusio di responsabilità,” Informazione Corretta, April 4, 2012. (Italian)

[16] Günter Grass, “What Must Be Said,” The Guardian, April 5, 2012.

[17] Günter Grass, “Lo que hay que decir,” El País, April 4, 2012 (Spanish).

[18] “Dokumentation: Læs Günter Grass’ digt,” Politiken, April 7, 2012 (Danish).

[19] Günter Grass, “Det som må sies,” Aftenposten, April 8, 2012(Norwegian).

[20] http://www.wiesenthal.com/atf/cf/%7B54d385e6-f1b9-4e9f-8e94-890c3e6dd277%7D/TT_2012_3.PDF

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