Le 7-Octobre hante toujours Sderot
Trois ans ont passé depuis le 7 octobre 2023, mais à Sderot, la bataille n’appartient pas encore totalement au passé. Dans cette ville située aux portes de la bande de Gaza, les immeubles neufs, les parcs et les commerces donnent l’image d’un retour progressif à la normale. Derrière cette apparente tranquillité subsistent pourtant les souvenirs d’une matinée où des hommes armés du Hamas circulaient dans les rues et tiraient sur des civils, des policiers et des soldats. Pour de nombreux habitants, reconstruire la ville est possible. Effacer ce qu’ils ont vu l’est beaucoup moins.
Shalom Aida, policier à la retraite, se trouvait chez lui lorsque les premières sirènes ont retenti à 6 h 29. À Sderot, habituée depuis plus de vingt ans aux tirs de roquettes venus de Gaza, l’alerte n’avait d’abord rien d’exceptionnel. Puis les coups de feu ont changé la nature de la menace. En arrivant près du commissariat, Aida découvre une scène de guerre : policiers et civils gisent dans la rue tandis que les combats se poursuivent. Son cousin figure parmi les policiers tués ce jour-là, tout comme plusieurs de ses amis. Le commissariat, devenu l’un des symboles de la bataille de Sderot, a depuis été détruit et remplacé sur son ancien emplacement par un parc commémoratif. Mais pour Aida, la disparition des ruines n’a pas fait disparaître les images. Malgré cela, il affirme n’avoir jamais envisagé de quitter la ville.
Ce refus du départ est partagé par de nombreux habitants. Après l’évacuation massive ordonnée pendant la guerre, la grande majorité des quelque 37 000 résidents de Sderot sont revenus en quelques mois. Certains témoignages racontent pourtant une expérience extrême. Arie Yagudaev et son cousin Eitan Izayev ont croisé des véhicules transportant des terroristes alors qu’ils se dirigeaient vers Sderot après avoir recueilli deux jeunes rescapées du festival Nova. Leur voiture a été prise sous les tirs. Yagudaev survivra avant d’être évacué à Eilat, où les nuits seront marquées par le stress post-traumatique. Son obsession restera néanmoins la même : rentrer chez lui.
Le paradoxe de Sderot est là. Pendant des années, cette ancienne ville de développement est devenue l’une des principales cibles des roquettes lancées depuis Gaza. Les abris ont fini par intégrer son paysage quotidien, jusque dans les immeubles et les arrêts de bus. Pourtant, la ville ne s’est pas vidée. Elle a continué à construire et à attirer de nouveaux habitants. Selon des responsables locaux, sa population aurait même augmenté de plusieurs milliers de personnes depuis le 7-Octobre. Pour certains résidents, rester est devenu bien davantage qu’un choix immobilier : c’est une manière de refuser que l’attaque détermine leur avenir.
Cette détermination ne signifie cependant pas que la vie soit redevenue normale. Dans les localités proches de Gaza, le bruit des activités militaires et les souvenirs de l’attaque restent présents. Plusieurs familles continuent aussi de vivre avec des pertes humaines, économiques et psychologiques considérables. Trois ans après, Sderot offre ainsi deux visages : celui d’une ville en expansion et celui d’une communauté encore profondément marquée. Son avenir dépendra autant de sa reconstruction matérielle que de la capacité de ses habitants à vivre durablement avec ce traumatisme.
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