VaYeCHeV: Joseph et ses frères (vidéo)

Décidément le récit de la Thora n’a rien à voir avec une histoire édifiante, avec ce qu’il est convenu d’appeler l’Histoire sainte!

Après les déboires de Dinah et le massacre des habitants de Sichem, suivis de la réprobation sans équivoque de Jacob-Israël, nous voici engagés dans les péripéties de la rivalité, aux confins du fratricide, entre Joseph et les autres fils de Jacob – Israël.

Le père avait une dilection marquée et marquante pour le premier-né de son union longtemps stérile avec Rachel.

Le jeune Joseph  âgé de dix-sept ans – si à dix-sept ans la notion d’âge a le moindre sens – est commis à la surveillance des troupeaux de ses frères, sinon à celle de leur conduite.

La difficulté est qu’à ce moment Joseph  est porté à se fier aux apparences et à croire en son destin, ce qui le conduit à des rêves dont l’imagerie universelle a enregistrée les contenus.

Il rêve en premier lieu que se trouvant aux champs, sa gerbe  personnelle se dresse et s’érige au milieu de celui-ci et que les onze autres gerbes qui s’y trouvent aussi  viennent s’incliner devant elle.

Or non seulement Joseph exprime ainsi son désir, encore plus ou moins conscient, mais il croit devoir le narrer aux onze autres membres de la fratrie – heureusement Dinah n’est plus là pour l’entendre – qui prennent très mal non seulement le rêve mais le racontar qui l’accompagne.

Le pire est qu’ils en conçoivent une haine si intense vis à vis du rêveur que cet affect violent leur coupe l’usage de la parole. Qu’à cela ne tienne! Le désir de Joseph s’avère encore plus tenace que leur haine  incessante.

Il rêvera donc à nouveau mais cette fois ce sont le soleil, la lune et un groupe d’étoiles formées en fratrie stellaire qui viennent lui déclarer leur obédience.

Mais cette fois aussi le père ne dissimulera son inquiétude. Il est bien placé pour savoir qu’il est des rêves prophétiques comme celui qu’il rêva au sortir de Beershéva: le rêve de l’échelle reliant le monde d’en-Haut et le monde d’en-Bas.

Pourtant, ce n’est pas parce qu’un rêve est prophétique qu’il n’est pas périlleux.

Car la fratrie jure et conjure la mort de l’apprenti despote et il s’en faut de peu qu’elle n’y réussisse.

Le jeune Joseph se retrouvera jeté dans un puits sans eau, grouillant de bêtes peu conviviales, images de cette lie déposée au fond de son inconscient où se fausse le vecteur  de son désir  qui s’y réfracte encore.

Une caravane, passant opportunément dans les parages, viendra le sauver de la mort certaine.

De caravane en caravane, Joseph aboutira en Egypte où après maintes autres péripéties il sera acquit par un haut personnage de la Pharaonie.

La Providence divine y mettra du sien et Joseph se verra promu, quoiqu’esclave et prisonnier, au rang d’intendant de ce haut personnage. Y retrouvera t –il un peu de quiétude?

On l’aurait espéré à sa place, sauf que la femme du dit personnage n’a d’yeux que pour lui dont la beauté est tellement vantée que les cuisinières  s’en coupent les doigts dans leur cuisine..

On sait comment le grand écrivain allemand et anti-nazi Thomas Mann a traité de ce thème dans sa magnifique tétralogie: «Joseph et ses frères» qu’on aura grand bénéfice à lire ou à relire.

Entre-temps le père malheureux, persuadé par ses autres  fils, que Joseph est mort, déchiqueté par une bête de proie – ils ont maquillé en la maculant de sang animal la tunique de la haine – Jacob donc en a pris le deuil et se montre inconsolable. Sa vie n’en est plus une.

Deux histoires et même trois – si l’on compte celle de Judah avec sa bru Tamar – s’entrelacent à présent, sans que les protagonistes  le sachent, comme un tisserand use de son métier pour faire apparaître sur la toile en cours des  figures qu’on n‘y eût pas soupçonnées.

Le reste du récit factuel se découvrira aussi dans la suite de la paracha et dans ses commentaires traditionnels dont on suppose l’essentiel connu.

Une important question se pose  alors. On a pu remarquer que le livre de La Genèse était pour l’essentiel le  livre des rêves et ceux – ci ne vont pas cesser puisque Joseph, en proie aux élancements érotomaniaque de l’épouse de celui qui reste son bienfaiteur, et qui sait y résister, non sans mérite, sera bientôt convié à interpréter ceux de ses codétenus, en attendant ceux de Pharaon en personne.

La Thora donnerait-elle ici dans les récits «populaires» incitant le lecteur à faire jouer en toute fantaisie sa clef des songes?

Une autre hypothèse se forme: tout se passe comme si le rêve de l’échelle, puis les rêves du jeune Joseph, puis ceux du maître-échanson et du maître panetier emprisonnés par Pharaon, avant ceux de Pharaon lui même, ne constituaient  pas une série disparate de songes mais bel et bien un même rêve, dont ces rêves singuliers sont  des parties qui se renvoient les unes aux autres.

On comprend qu’il faille avancer sur ce terrain avec circonspection puisque nous sommes habitués à l’idée qu’un rêve est forcément individuel.

L’hypothèse ainsi formulée appelle une plus longue analyse et il faut sans doute comprendre  qu’à travers cette véritable « nappe onirique » c’est aussi le sens d’une certaine Histoire, laquelle ne se donne pas à élucider du premier coup, qui doit être approchée.

Et c’est sans doute pourquoi – autre hypothèse –  cette paracha  et la suivante ne se limitent  pas à narrer les rebondissements romanesques de l’histoire du jeune Joseph.

A travers eux, l’on doit suivre le mûrissement de son esprit, sa capacité progressivement acquise au décentrement de soi- même et à la pensée réfléchie jusqu’à ce qu’il entende jusqu’à leur ombilic les rêves d’autrui et qu’il se trouve en mesure d’en donner l’interprétation juste, et juste en ce qu’elle touche l’auteur de ces rêves qu’on n’hésitera plus à qualifier de prémonitoires, comme si le propre du désir était d’anticiper sur le réel pour le conformer selon ses vues..

Cependant,  que se passe t-il lorsque dans un espace- temps irruptif ces  désirs ne sont plus convergents?

 Car les frères de Joseph, poursuivent, on l’a dit, de leur côté leur propre histoire, et bientôt, également poussés par la Nécessité qui est dans la Thora le visage de la Providence lorsqu’elle se veut austère, descendront en Egypte,  ne sachant pas qui en est devenu le  Maître en second.

Raphaël Draï Zal

Source: raphaeldrai.wordpress.com

Le ressentiment des frères vis-à-vis de Yossef

Les commentaires qui suivent en sont extraits*. Les relations conflictuelles dans la Fratrie, Commentaire du Malbim et de Rachi

Selon le Malbim (1)

Le ressentiment des frères vis-à-vis de Yossef peut être lu sur un plan spirituel.

Connaissant l’histoire familiale avec les séparations successives de la descendance de Yichm’aél et de celle de ‘Essav, les frères redoutent de vivre un tel scénario.

Et ils interprètent la préférence donnée à Yossef comme les prémices d’un nouveau schisme familial qui les écartera de la lignée dépositaire de l’héritage spirituel.

Ils interprètent les rapports que faisait Yossef à son père sur leur compte comme ceux d’un instigateur complotant contre eux.

Les rêves de Yossef les confortent dans leur impression et ils finissent de les convaincre que leur frère est bien un instigateur dont ils ne doivent pas avoir pitié.

De son côté Yossef ne supporte pas la plus petite déviance chez ses frères, car il veut que les descendants d’Israël soient parfaits.

Et il considère que que tout manquement doit être signalé à son père pour que les frères s’améliorent.

Ce malentendu a perduré jusqu’au drame de la vente de Yossef. Il s’explique avant tout par le manque de dialogue dans la fratrie.

Et la proposition de Yehouda arrive alors à point nommé pour se séparer de l’instigateur sans verser de sang et qui plus est, en le vendant à des Yichmaélites eux-mêmes descendants exclu de la lignée du peuple d’Israël.

Bien entendu cette lecture, renouvelle la question de l’interaction entre le libre arbitre des hommes et le projet divin. Les enfants d’Israël devaient descendre en Egypte. Et sans la vente de Yossef et son odyssée incroyable, ils y seraient parvenus d’une autre manière…

Mais le projet divin n’exclut pas la responsabilité individuelle. Les frères et Yéhouda sont responsables de leurs actes, et la lecture du Malbim est davantage à à considérer comme un axe de lecture que comme une explication globale de ces relations orageuses dans la fratrie.

La juxtaposition des événements selon Rachi

Le récit de l’épisode de la relation de Yéhouda fait immédiatement suite à la vente de Yossef, comme une excroissance dans le texte. Selon Rachi, rapportant le Midrach Tan’houna, Yéhouda a été isolé de la fratrie après cet événement « Juda s’éloigna de ses sesfrères ».

Il va vivre un drame qui le transformera en profondeur. Yéhouda est confronté à Tamar à son insu. Il cède à une tentation d’une relation éphémère, mais reconnaît le faits face à un tribunal qu’il a lui-même convoqué : «  Elle est plus juste que moi » s’écrit-il devant une vérité à priori inavouable.

L’acte de Yéhouda témoigne d’une évolution fondamentale. Après avoir proposé la vente de Yossef et négligé son devoir de Yiboum vis-à-vis de sa bru, il est près à reconnaître des faits pour éviter la mort d’une innocente, fut-ce au prix de sa réputation.

Cette attitude est emblématique de celle des juifs à même de faire régner la justice absolue sans s’encombrer du moindre calcul personnel, comme le commente Rav Grosman: Deux modèles en marche vers le projet divin : Yéhouda et Yossef

Cette paracha traite à deux reprises de la confrontation entre un homme et une femme. Yossef, exilé en Egypte, résiste à la femme de Potiphar.

Cette résistance symbolise celle du juif au milieu des nations et confronté à des choix difficiles qui l’excluent et parfois le sanctionnent aux yeux du monde.

Il subira la calomnie et une longue période d’emprisonnement avant que son innocence ne soit reconnue, préfigurant le mode de vie difficile des juifs en exil et le développement de résistances propres à cet environnement.

Après la vente de Yossef, Yéhouda lui, subira la déchéance familiale et la mort de ses fils et de son épouse. Il devra reconnaître publiquement sa relation avec Tamar, puis se porter garant de Binyamin avant d’être complètement relégitimé aux yeux de sa famille.

Yéhouda symbolise ce modèle d’homme qui tombe et se relève, propre aux descendants de la lignée royale davidique. Tous deux sont des acteurs de premier plan du projet divin avec leurs choix individuels. Des choix qui les confrontent à leurs forces et leurs faiblesses, comme autant de défis personnels.

*Exraits du livre : « Les Éclats Du Rocher » « Etudier la thora au cœur du texte » La Sidra Vayéchev : Rencontre avec l’exégèse de Pnina Bitton et Nathalie Bibas  Editions Lichma

Ouriel Post/111 dirigé par A.B

1 COMMENTAIRE

  1. Ce qui est sûr , c´est qu´il a fait ces rêves! Il lui a fallu les raconter, non par orgueil, car il n´en connaissait pas le sens,dévoilé par la suite mais bien, parce qu´HaShem avait un plan!Comme nous connaissons toute l´histoire, nous pourrions être amenés à déceler de l´arrogance dans son récit mais je crois bien plus à la « naiveté » et même à la joie du jeune Yosef de raconter ses rêves à ses frères qui eux en comprennent de suite le sens et sont alors remplis de leur jalousie maladive! Le patriarche Yaacov ne semble pas conscient de leur haine vis-à-vis de Yosef!Mais il est rempli de Sagesse et garde cela dans son coeur!En tous cas, il est clairement écrit qu´HaShem était avec Yosef! C´est la clef!

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