TSaV: le Chabbat Hagadol qui précède Pessah

Raphaël Draï 

 

Cette paracha est doublement importante, par son contenu propre et par son lien avec le  Chabbat Hagadol qui précède Pessah’, et d’ailleurs il y est aussi question ici de matsot, de pain azymes, à pétrir et à consommer par les cohanim, et plus particulièrement par les fils d’ Aharon, le Cohen Gadol.

Mais elle commence par une prescription fort importante qui concerne la ôla, la liturgie ascensionnelle, qui doit se poursuivre toute la nuit, tandis que le feu de l’autel doit brûler sans intermittence, et être alimenté chaque matin.

Cette prescription s’énonce en ces termes : «Un feu perpétuel (ech tamid) sera entretenu (toukad) sur l’autel, il ne devra point s’éteindre (lo tichbé) (Lv, 6, 6)».

Le sens de pareilles prescriptions pourrait paraître anthropologique et concerner l’état  actuel d’un peuple à peine sorti de l’esclavage, accédant non sans mal à la liberté des corps et à celle de l’esprit.

Ces rituels là seraient alors strictement didactiques, sans transcender le temps où ils furent institués.

Une  telle vue serait superficielle. Le terme même de ôla, formé sur le radical ÂL, élever, indique au contraire qu’au delà de tous les korbanot individuels ou même collectifs, se plaçait  cette liturgie d’élévation, d’ascension et de transcendance qui devait commencer le soir, lorsque la lumière du jour reflue et laisse place à l’obscurité, jusqu’au matin. Comme si la ôla devenait l’équivalent d’un  maor, d’un luminaire.

En quoi plus précisément une telle intention transcendante se discerne t–elle? En ce qu’elle ne s’accommode pas des temps où la lumière ne brille pas d’elle même.

Il faut rappeler, justement en termes d’anthropologie religieuse, que dans la religion égyptienne, s’il faut ainsi la dénommer, d’où le peuple des Bnei Israël est sorti, la nuit était particulièrement angoissante où refluaient tous les monstres du sous–monde.

La liturgie de la ôla surmonte cette disparition de la lumière du jour en instituant une lumière spécifique, de nuit, la nuit de la conscience.

Et s’il faut insister sur une telle continuité, c’est que la liturgie nocturne de la ôla doit s’opérer à partir d’un feu allumé dés le matin (baboker), et qualifié en tant que tel de perpétuel, tamid, pour bien souligner que les différentes phases du temps cosmiques ne provoquent pas l’hétérogénéité du temps de la Création divine ; que toutes les temporalités particulières et locales retrouvent leur cohérence d’ensemble dans la volonté de perpétuer une clarté inextinguible, pour peu qu’on l’entretienne.

Et c’est pourquoi deux verbes sont employés  à son propos : d’abord  ce feu devra être entretenu : toukad, positivement. La traduction en langue française ne rend pas tout à fait compte des connotations de ce verbe en hébreu puisqu’il est construit sur le  radical KD que l’on retrouve dans KoDeCh ; comme si ce feu devait être non pas dévorant mais sanctificateur. Ce premier verbe se rapporte à la qualité intrinsèque d’une  telle source de lumière et d’énergie.

L’autre verbe sous sa forme négative se rapporte cette fois à l’attention humaine, au sens de la responsabilité par laquelle la notion de garde, de chemira,  trouve toute sa résonance.

L’on devra donc se garder de laisser ce feu – référence de l’esprit et de l’âme, s’éteindre. Et cela non par à coups mais perpétuellement.

La vie de l’esprit comme l’histoire du peuple d’Israël s’inscrivent ainsi dans la longue durée, vers l’éternité, le tamid se profilant vers le netsah’.

Les fils d’Aharon devront de leur côté confectionner avec de la farine issue d’offrandes des matsot, des pains non levés, le h’ametz, le levain, désignant l’effervescence, le gonflage sans augmentation de substance, l’équivalent de l’alcool dans le vin, l’alcool dont il devront se garder à leur tour avant de procéder aux actes qui relèvent du service divin.

Par suite, si pour l’ensemble du peuple la consommation exclusive de telles matsot, avec ce qu’elles symbolisent et qui est rappelé lors du séder de Pessah, n’est prescrite que durant huit jours, elle l’est à titre quotidien et en somme perpétuel pour les cohanim, sachant que tout le peuple est lui même qualifié de mamlekhet cohanim, de souveraineté pontificale, le mot pontife prenant à son tour son sens du mot pont, de cette construction humaine  qui relie l’ici  et le là-bas, l’homme et son prochain, l’homme et le Créateur.

Raphaël Draï zatsal 21 mars 2013

Source 

TSAV : Un Enseignement de Rav Guerchom nous Parle, en rapport avec les 4 fils du Séder :

Rachi précise que le mot « ordonne », « tsav » insinue toujours une invitation à agir avec énergie et rapidité, un « zirouz »…c’est-à-dire « miyad », immédiatement  « ouledorot », pour les générations.

Cette explication concerne le chapitre des offrandes, des sacrifices et les sages en ont dégagé quatre thèmes essentiels :

I – Pour être valide, l’acte doit être continu à travers les générations (ledorot).

II – L’intérêt matériel peut représenter un obstacle majeur à la réalisation du devoir (hissaron kiss).

III – La nécessité d’une action immédiate (miyad).

IV – L’offrande du sacrifice.

Vu sous cet angle, ces quatre enseignements constituent des réponses aux quatre fils dont parle la Haggada :

  • Le Hakham, le sage, veut accomplir intégralement l’ensemble des prescriptions de la Thora mais il sait qu’il est extrêmement difficile de maintenir constamment l’intensité de son engagement. On lui répond alors : «on ne prend pas de dessert après avoir consommé « l’agneau pascal », c’est-à-dire que le goût de la mitsva doit se conserver toute la nuit. Par exemple, nous récitons la même téfila trois fois par jour, mais notre ferveur ne doit pas se dissiper pour autant. C’est le maintien de notre avodah Hachem que nous devons viser pour toutes les générations (ledorot).
  • Le Racha, le méchant affirme être sincère mais il a, tout simplement des idées qui ne coïncident pas avec la Thora. On lui répondra que ses prises de positionne sont en fait, qu’un alignement sur des intérêts matériels et que ces considérations prennent le pas sur tout le reste. « agace lui les dents » recommande la Haggada pour nous dissuader d’entrer dans son argumentation. Il faut lui montrer qu’il n’est que le jouet de ses passions et de ses intérêts personnels (hissaron kiss).
  • Le Tam, le simple, consent par principe à observer les mitsvot mais il n’arrive pas à passer à l’action. C’est l’homme qui dira : « Je suis prêt à pratiquer telle ou telle mitsva mais je commencerai demain. C’est à lui que l’on répondra : « D. nous a fait sortir d’Égypte d’une main forte » pour nous monter qu’une action valable ne peut-être exécutée qu’avec énergie et rapidité (miyad).
  • A celui qui ne sait pas poser de questions, on dira : « C’est pour cela (zé) que D. a accompli pour moi… » dit la Haggada. Par ce zé on désigne l’offrande de « l’agneau pascal », animal vénéré des Egyptiens, que les juifs ont offert à D. dans un esprit de sacrifice total.

Ce commentaire renferme toute une démarche pédagogique dans l’éducation et la structuration  de la personnalité d’un enfant. Le livre de « Vayiqra » quoique très ardu, est celui par lequel on  débute l’entrée en étude des textes avec un enfant, car dès le départ l’enfant doit apprendre à donner quelque chose de soi à D. pour s’en rapprocher (ce que symbolise le sacrifice) et qui est à la base de la conduite de tout juif.

Par exemple l’enfant doit savoir dès son plus jeune âge renoncer à des moments de jeux pour étudier, à se priver d’un aliment s’il n’est pas cacher, il apprendra dès l’adolescence la maîtrise de son corps,  il exercera son libre arbitre dans des choix constructifs et valorisants pour lui-même et les autres.

Il deviendra fort dans sa personnalité, à savoir capable de sacrifier son « égo » afin de se soumettre aux valeurs fondatrices de la volonté Divine : la persévérance, le désintéressement, le zèle et l’abnégation forgent une âme capable de servir d’exemple aux quatre fils dont parle la Haggada.

Alice BENCHIMOL

Parmi les différents sacrifices dont nous entretient encore cette SIDRA , relevons l’offrande qui est présentée par celui qui a commis un péché.

Lorsqu’une telle personne voudra se libérer totalement de sa faute, après avoir fait pénitence et réparé le mal occasionné par elle, il lui faudra encore, pour tirer un trait final sur son péché et l’effacer complètement, offrir à l’Eternel un sacrifice expiatoire appelé ‘HATAT .

A propos de cette offrande, la Torah précise qu’elle sera présentée à l’Éternel au même endroit de l’autel où, habituellement, est offert le OLA,l’holocauste, ce sacrifice destiné à être complètement brûlé en l’honneur de l’Éternel.

Une précision identique est donnée également un peu plus loin, à propos du ACHAM(sacrifice expiatoire ) qui, lui aussi, est apporté par celui qui veut se faire pardonner un délit. Pourquoi, pour ces deux sortes de sacrifices, la Torah a-t-elle tenu à nous apporter une telle indication ? Mettons-nous un instant à la place de l’homme quia commis une faute et qui est prêt à tout faire pour la réparer Voilà qu’il lui faut encore se présenter au Temple et offrir à Dieu un sacrifice.

Or, une telle offrande se faisait en public.

Aussi la Torah n’a-t-elle pas voulu que tous les fidèles ou les curieux assemblés là puissent se rendre compte qu’une personne donnée était en train d’offrir à Dieu un sacrifice pour se faire pardonner une faute. Sinon, ç’aurait été infliger au pénitent repenti un affront et une honte qui l’auraient marqué à tout jamais et l’auraient, éventuellement, empêché une autre fois de faire de nouveau pénitence.
C’est pourquoi, en lui faisant apporter son sacrifice à l’endroit où l’on offrait habituellement le OLA, la Torah a empêché qu’on puisse reconnaître la nature de son sacrifice et lui a donc épargné une humiliation inutile, Mais de plus, elle a tenu à nous faire comprendre que la pénitence était affaire privée – entre l’homme et Dieu – que les péchés n’avaient pas à être divulgués ni les pécheurs à être marqués publiquement.

Et cette façon de faire ne pouvait que faciliter le retour vers Dieu et la Techouva.

Alice BENCHIMOL

 

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