ToLeDoT (2/2): Isaac, Jacob et Esaü (vidéo)

Caroline Elisheva Rebouh le 17.11.2020

Esaü put demeurer à côté de son père bien qu’il eût fondé une famille et malgré le fait que le mode de vie de ses épouses ne convenait en nul point à la sainteté qui régnait dans la tente d’Isaac et la fidélité à la Torah dont faisait preuve Jacob. Pour quelle raison le vieillard ne chassa-t-il pas son fils ?

C’est, nous éclairent les Savants qui ont consacré leur existence à décortiquer et à examiner chaque mot et chaque lettre de la Torah, pour que ne soit écartée aucune possibilité de teshouva (retour) de son fils bien-aimé qui procédait au respect des parents en dehors de toute autre considération.

La cécité d’Isaac n’était qu’organique. Il avait conservé toute sa prophétie mais il usait d’indulgence vis-à-vis d’Esaü ne pouvant accepter que son descendant fût sans possibilité de « réparation ».

Il savait que parmi la descendance d’Esaü naîtraient des êtres d’exception qui serviraient de luminaires spirituels du Judaïsme tels que Rabbi Akiba et Onkelos !!!

Jacob et Esaü sont des « hommes faits » d’après leur âge : ils ont 63 ans… Mais, Jacob n’est pas encore marié. Il n’est donc pourtant pas marié donc « incomplet » bien que lors de sa naissance il naquit « parfait » (circoncis)2

Rashi émet l’opinion selon laquelle HaShem provoqua cette cécité pour que Jacob puisse recevoir la bénédiction paternelle.

Les réflexions d’Isaac avant de bénir Jacob s’attachent au toucher et à l’audition : les mains sont celles d’Esaü et la voix est celle de Jacob. Le vieux patriarche se sert aussi de son odorat : il respire les vêtements de Jacob.

Dans cette odeur, il décèle l’odeur de l’encens qui sera utilisé au Beith HaMikdash lorsque sera arrivé le temps de la Gueoula. Le sens du goût est également évoqué par le fait que le Patriarche mange des préparations culinaires de son fils.

Le Rav Dessler écrivit dans son Mikhtav MéEliahou qu’il convient de saisir le sens du mot « begadav » (ses vêtements) non pas comme ses vêtements mais comme ceux qui le trompent (boguedim).

D’après les Sages, le repas présenté par Jacob à son père eut lieu le 14 nissan, veillée du seder de Pessah et les deux agneaux présentés à Isaac étaient l’un pour le sacrifice pascal et l’autre pour le repas, Jacob présenta à son père les deux mets l’un pour manger et l’autre en signe de « dessert » ou AFIKOMEN ce qui impliqua qu’Isaac ne put plus rien manger après…..

D’autres Talmudistes considèrent que ces deux agneaux sont en réalité le sacrifice pascal mais aussi celui de Haguiga….

A ce propos, le Sage de Troyes précise qu’il ne convient pas de parler de mirma (tromperie) mais d’une sorte de Hokhma (intelligence).

Cette affaire a occupé les plus grands commentateurs de tous courants : cabalistes ou autres, et, si les opinions sont diverses, elles se regroupent presque toutes autour des mêmes sujets.

Sur le plan physique, Esaü était sans doute très fort physiquement, passant ses journées à la chasse et au grand air, contrairement à Jacob qui passait sa vie en étudiant la Torah.

Cependant, par la suite, lorsque Jacob arrivera à proximité du terme de son voyager vers Lavan, il rencontre des bergers qui en attendent d’autres de manière à conjuguer leurs efforts pour faire pivoter une pierre qu’il déplace, lui seul, sans effort apparent !

Ainsi, en gardant Esaü près de lui, Isaac se prend à espérer que même si le niveau spirituel de son fils est très bas, il n’en demeurera pas moins qu’au moins une partie de sa descendance sera sauvée….

On évoque moins le fait que Rivka encourage son fils à présenter le repas à son père à la place d’Esaü et pourtant…. Si quelqu’un voulait trouver critiquer cet acte il y aurait de quoi…

Comment une mère pourrait-elle désavantager l’un de ses fils au détriment de l’autre… les Sages nous ramènent au début de la péricope… lorsque Rivka fut inquiète de ressentir les réactions si diamétralement opposées de ces deux êtres qui exprimaient leur volonté si tôt l’un vers les lieux d’idolâtrie et l’autre devant les lieux de Torah.

HaAri zal, et d’autres penseurs comme le Ohr HaHayim et d’autres encore commentent le fait que Rivka soit allée « consulter » c’est qu’elle avait besoin d’être rassurée devant une telle manifestation et c’est alors qu’elle reçut l’assurance de la part de Eber que même du côté d’Essav se trouveraient de grands Tsadikim comme Rabbi Akiva qui arriverait à avoir de très nombreux disciples ou comme Onkelos qui traduirait la Torah en araméen pour que tout le peuple puisse comprendre la Torah pendant son exil à Babylone.

Isaac est conscient du fait qu’Esaü n’est pas exactement comme il l’espérait sur le plan spirituel aussi, pendant tout cet épisode précédant la bénédiction que Jacob allait recevoir, Isaac prononcera 8 fois le mois « beni » (mon fils).

Les Sages du talmud (massékheth sota) mettent cet épisode en parallèle avec l’histoire de David face à son fils Avshalom (Absalom) qui, pourtant cherche à achever son père.

Les Sages du Talmud font remarquer que tant Isaac que David savaient, intuitivement, que ces enfants n’étaient pas dignes d’entrer au Gan Eden et, en soulignant le fait qu’ils étaient « beni » leur fils à 8 reprises c’était dans l’espoir de leur éviter les 7 paliers de souffrance de l’enfer (sheva medoré guéhinom שבע מדורי גהינום) et une fois de plus pour les hisser au gan Eden, car chaque Juif a droit au Gan Eden3

Dans le Talmud figure une très belle métaphore concernant l’encens qui était brûlé tous les jours au Temple. Dans la composition de cet encens entraient 11 aromates dont l’un qui avait une odeur fort désagréable : comment se fait-il qu’un tel aromate soit partie intégrante de la ketoreth ?

Le sens caché est qu’une société est un macrocosme composé de multiples facettes certaines plus belles que d’autres mais l’essentiel est que ces facettes se retrouvent unifiées et que seul le bon côté de chacune donne une belle image globale.

Il en est de même pour Esaü et Jacob, nés de même père et de même mère, l’un est indéniablement attaché à la Torah et aux mitsvoth alors que l’autre en est loin et qu’en tant qu’aîné il ne se préoccupe pas de son rôle spirituel mais uniquement du plan matériel.

Caroline Elishéva REBOUH

1 C’est parce qu’Isaac aperçut la blancheur de la peau et les cheveux roux de son fils qu’il craignit que celui-ci fût trop faible pour le circoncire à 8 jours et qu’il pensa qu’il serait plus judicieux de le faire à 13 ans comme cela eut lieu pour Ishmaêl.

2 Dans le midrash sont cités 13 personnages bibliques qui sont nés circoncis : Adam, Seth, Hanokh, Noé, Shem, Jacob, Isaïe et Jérémie. Certains ajoutent Terah.

3 Il est écrit : « kol Israël yesh lahem helek léôlam haba » כל ישראל יש להם חלק לעולם הבא mais la part est variable

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