RoCH HaCHaNa: “la pensée créatrice fut conçue en Tichri”

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Roch Hachana 2019 ((5780):

De la soirée du dimanche 29 septembre

À la soirée du mardi 1 octobre 2019

Tout le monde sait que Roch Hachana marque le Nouvel An Juif. La Michna dans Roch Hachana nous enseigne que le judaïsme reconnaît en fait plusieurs jours de Nouvel An.

Tout comme la société civile a un début d’année scolaire, une rentrée parlementaire, un jour de collecte des impôts, le judaïsme reconnaît lui aussi différents jours de Nouvel An qui marquent différentes occasions.

Il en existe quatre. Le 1er Nissan est le Nouvel An du règne du roi et des fêtes. Le 1er Eloul est le Nouvel An des dîmes sur le bétail. (Rabbi Elazar et Rabbi Chimon placent toutefois ce dernier au 1er Tichri.)

Le 1er Tichri est le Nouvel An des libérations et des années de jubilée, de la plantation et des dîmes sur les récoltes légumières et céréalières.

Le 1er Chevat, est le Nouvel An des arbres, d’après Beit Chammaï ; Beit Hillel, quant à lui, le place au 15 de ce mois.

L’aube du temps?

Le Nouvel An marque le passage du temps selon un critère objectif ou subjectif. Que démarque donc l’année juive ?

La réponse traditionnelle est que Roch Hachana commémore la Création du monde. On considère donc que Roch Hachana délimite le commencement des temps.

Le Talmud, toutefois, rapporte la controverse suivante concernant la Création :

Rabbi Eliézer dit : « En Tichri le monde fut créé »… Rabbi Yéoshou’a dit « En Nissan le monde fut créé ». (Roch Hachana 10b-11a)

L’opinion de Rabbi Eliézer est clarifiée par le Midrach qui explique que le monde commença à exister seulement le 25 Eloul (1).

Ainsi quand Rabbi Eliézer se référait à la création qui s’est déroulée le 1er Tichri,il parlait du sixième jour et donc de la création de l’homme, Adam.

Néanmoins, nous voyons que ces deux grands sages Rabbi Eliézer et Rabbi Yéoshou’a discutaient de savoir si la création avait eu lieu en automne ou au printemps. Il semble étrange qu’une question aussi fondamentale que la date de la création puisse être sujet à débat (2).

Rabbénou Tam, par contre, ne voit aucune contradiction entre ces deux opinions, considérant qu’elles ne s’excluent pas mutuellement, il déclare :

« Ceci et cela sont les paroles du D.ieu vivant, et on peut dire que la pensée créatrice fut conçue en Tichri, alors que la création elle-même ne s’est réalisée qu’en Nissan. » (Tossefot Roch Hachana 27a)

D’après Rabbénou Tam, ces deux sages ne sont pas en désaccord, la création implique un processus. La question est : Célébrons-nous le début ou la fin de ce processus ? Leur discussion ne vient que souligner quel aspect de la Création est dominant : la pensée ou l’acte de création ?

D’après Rabbénou Tam, en Tichri, D.ieu a formulé une pensée créatrice. Quelle est la signification d’une telle pensée ?

Cette idée d’ « une pensée créatrice » possède un enseignement parallèle qui devrait nous éclairer sur ce passage.

Dans son commentaire sur le tout premier verset de la Torah, Rachi constate que le Nom de D.ieu utilisé pour décrire la Création est Elokim qui se réfère à l’aspect de D.ieu duquel émane la justice.

Plus tard dans la Genèse (2 :4), quand la Création est récapitulée, la Torah emploie une terminologie différente pour décrire D.ieu, usant du Nom ineffable de D.ieu, le Tétragramme, plus Elokim – une combinaison que l’on traduit généralement par « Seigneur D.ieu ». A travers ce nom, les deux aspects de jugement et miséricorde sont exprimés.

Le Midrach explique pourquoi les deux termes sont employés, mais néglige d’expliquer pourquoi dans le premier verset de la Torah seul le terme Elokim est utilisé, ce qui implique un usage exclusif de la justice pour créer le monde.

Rachi explique que l’idée de création est représentée par Elokim et que cette idée repose sur la justice.

La création elle-même toutefois renferme aussi bien miséricorde que justice, fusionnées ensemble comme décrit dans le Midrach.

Rav Guédalyah Shore (dans Or Guédalyahou) suggère que nous pouvons tirer la conclusion suivante : La pensée créatrice repose sur la justice, la création effective repose sur la miséricorde et le jugement.

La pensée créatrice a eu lieu en Tichri, alors que la création effective a eu lieu en Nissan. Pour cette raison, Tichri est un temps de jugement, alors que Nissan est un temps de miséricorde.

Jugement et miséricorde

Si nous poussons plus loin ce raisonnement: le strict aspect du jugement, qui repose sur la création de D.ieu par la pensée, se limite à la pensée.

Ainsi, le jugement strict auquel l’homme est soumis concerne ses pensées. Par contre, quand il est question des actions de l’homme, le jugement de D.ieu est tempéré par la miséricorde.

L’objectif majeur de Roch Hachana est lié à la pensée. A Roch Hachana, l’objectif est de formuler un plan, tout comme D.ieu a façonné le projet de la Création, l’homme doit trouver un plan pour sa propre création, sa vie.

Ce plan est jugé par D.ieu avec une incroyable rigueur. Que l’homme parvienne à vivre ou non à la hauteur de son plan, il est jugé avec miséricorde ; dans le monde de l’action D.ieu a fusionné rigueur et miséricorde. D.ieu comprend la fragilité humaine.

Le terme « Roch Hachana » prend peut-être ainsi un sens plus : c’est la « tête de l’année », le moment de penser.

C’est le moment où chacun d’entre nous doit formuler un projet de vie, en usant de sa tête et de son intellect, du Tselem Elokim – l’image divine qui est en nous (3).

Nous sommes jugés avec rigueur pour ce plan, car il reflète le degré auquel nous utilisons notre Tselem Elokim.

En ce qui concerne la réalisation de notre projet, c’est une autre histoire.

A certains moments, l’homme échoue du fait de ses instincts primaires, ce que D.ieu peut comprendre. Mais ne nous leurrons pas, nous sommes jugés pour ces erreurs, simplement, ce jugement est tempéré de miséricorde.

Cette idée d’un plan, envisagé comme une entité indépendante de la réalité effective, est reflétée dans la Akeida, quand Avraham est appelé à sacrifier son fils.

Une fois qu’Avraham est prêt et détermine un plan d’action, il n’est pas nécessaire qu’il aille jusqu’à sa réalisation. D.ieu considère les pensées positives des Justes comme si elles s’étaient accomplies.

A Roch Hachana, toute l’humanité se tient devant D.ieu, apeurée et tremblante au jour du Jugement. Puissions nous tous avoir la sagesse de formuler un plan adéquat pour diriger nos vies, puissions nous tous recevoir la force de réaliser ce plan et puisse D.ieu avoir pitié de nous si nous échouons.

Puissions nous tous être immédiatement inscrits et scellés dans le Livre de la Vie !

LE RABBIN ARI KAHN

Traduction et Adaptation de Tsiporah Trom
NOTES
(1) Voir les enseignements attribués à Rabbi Eliézer qui se trouvent dans Pirkei deRabbi Eliézer, chapitres 3-7. (retour au texte)
(2) Dans le judaïsme, la Création – ou les « mystères de la création » est un sujet qui ne peut être enseigné publiquement – voir Michna ‘Hagiga 2:1 et les commentaires du Talmud ‘Hagiga 11b. (retour au texte)
(3) Voir le Rambam dans Moreh Nevoukhim 3:8 où l’intellect est identifié au Tselem Elokim. Voir aussi mon livre Explorations (Jérusalem : Targum Press, 2001) p.222 ff.b. (retour au texte)
(4) Kidouchin 40a. (retour au texte)
 

Rosh HaShana est appelé également Yom HaZikaron notamment en souvenir de la ligature d’Isaac.

Ce jour est aussi désigné comme étant Yom Térouâ car on y sonne du shoffar.

Dans le Zohar, ce jour est aussi le : YOM DINA RABA ou le jour du grand jugement, car tous les êtres vivants se présentent devant le Trône céleste, ainsi que toutes les nations.

Le jugement de chacun sera scellé en ce jour solennel et tout y sera décrété : la paix ou la guerre, l’abondance ou la famine, la richesse ou la misère, les ressources de chacun, la santé, les naissances, les mariages, même l’eau, les pluies, les vents…….. en conclusion : le bilan annuel est dressé, examiné, corrigé et les conclusions paraphées.

Les mitsvoth sont nombreuses pour Rosh HaShana mais il me semble que les coutumes sont plus nombreuses encore variant de communauté en communauté.

Au début du mois d’Eloul, déjà, les Sefaradim (originaires d’Espagne), et les Bné Edot HaMizrah (originaires du Moyen-Orient), ont commencé à prier les selihoth alors que dans les communautés Ashkenazes, la liturgie de repentance n’a commencé que le dimanche précédent Rosh HaShana seulement.

Dans la plupart des communautés Ashkenazes, les hommes revêtent le « kittel »/ « sargeness » ou linceul qui est un vêtement blanc destiné à remémorer la fragilité de la vie et du destin humain.

On a coutume de ne pas dormir l’après-midi, d’autres dorment après 14h….. Il faudrait un livre entier pour répertorier toutes les coutumes.

Lors du seder certains légumes sont consommés parce que leur nom en hébreu ou dans la langue parlée par les ancêtres n’était pas de bon augure ou bien le contraire comme par exemple certains ne consomment pas de carottes car en hébreu cela se dit guezer qui veut dire : « arrêt/décision » pour que ne soient prises que de bonnes décisions etc…….

Le premier jour de fête, après Minha ou prière de l’après-midi prend lace la cérémonie de tashlikh chez les sefaradim et bené êdot hamizrah et également dans certaines communautés ashkenazes.

Cette cérémonie a lieu, généralement, au bord de la mer ou d’un lac, d’un fleuve ou cours d’eau, éventuellement à côté d’un bassin ou d’une autre source d’eau en souvenir d’Abraham Avinou : en effet, lorsque le patriarche s’est dirigé vers le Mont Moriah pour y procéder à la ligature d’Isaac, « le Malin » a détourné les eaux de la rivière pour empêcher Abraham et Isaac d’arriver à destination, et, petit à petit, l’eau est arrivée jusqu’au menton des deux hommes à tel point qu’Abraham s’exclama : « מים הגיעו עד נפש » (l’eau est arrivée jusqu’à mon âme) . Les hommes tout comme les femmes doivent suivre cette « cérémonie ».

De manière à pouvoir dire la bénédiction de « shéhéhéyanou » à chaque repas de fête, il est conseillé de poser sur la table des fruits nouveaux qui sont abondants en ce début de saison : grenades, dattes fraîches, bananes, avocats, mandarines, oranges, goyaves, plaquemines (afarsémonim), jujubes, nouvelles olives, coings, etc…

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Rashi, à propos des sacrifices que nous devrions présenter si nous avions le Temple s’exprime ainsi : d’une part les brebis présentées sont un symbole qui représente Israël toujours pourchassé et victime des nations (prédateurs) et d’autre part, leur nombre pendant toute la semaine de souccoth s’élève à 98 pour contre balancer le nombre de malédictions destinées à Israël s’il n’observe pas la Torah.

Le nombre de jours qui nous sépare du jour de Kippour est très restreint et il nous faut nous efforcer d’opérer un retour sur nous-mêmes le plus profondément et sincèrement possible et pratiquer la tsedaka vraiment de manière généreuse.

Le Zohar nous rappelle un verset des psaumes où le roi David dans une simplicité exemplaire s’exclame devant l’Eternel qu’il est lui aussi, pauvre et sans recours (Psaume 86).

En ces jours où nous voyons à quel point les desseins divins prennent forment, il est urgent de prendre conscience qu’il appartient à l’être humain de se réconcilier avec son Créateur et de prendre de nouvelles résolutions pour qu’IL revienne résider parmi nous.

Caroline Elishéva REBOUH

 

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