Rééh: pourquoi faut-il prêter sans intérêts…(vidéos)

Une perspective philosophique pour éclairer ce qui semble être un contre-sens économique

LE RABBIN YOËL DOMB Traduit et adapté par Jacques Kohn  mise à jour 13 août 2020

Une perspective philosophique pour éclairer ce qui semble être un contre-sens économique.

Pourquoi la Torah l’oblige-t-elle de soutenir autrui, même au risque de perdre entièrement ses richesses durement gagnées.

 » N’empruntez ni ne prêtez jamais « , énonce un vieil adage. La Torah pourrait souscrire à sa première partie, mais elle s’opposera vigoureusement à sa deuxième.

Car elle énonce à la fois une obligation active de prêter à ceux qui en ont besoin, et une sévère réprobation de celui qui refuse par avarice de consentir un prêt.

Même quand il est possible qu’un prêt devienne irrécouvrable, la Torah exige qu’il soit néanmoins accordé.

Par exemple, beaucoup d’agriculteurs ont un besoin impérieux pendant l’année sabbatique de contracter des emprunts pour survivre, puisqu’ils ne peuvent pas disposer des produits de leurs champs.

Or, à la fin de cette même année, selon la loi de la Torah, on ne pourra plus réclamer le remboursement d’un prêt.

Mais la Torah donne un avertissement au prêteur :  » Prends garde à toi, de peur qu’il n’y ait avec ton cœur une pensée néfaste qui dise : « La septième année approche ! », et tu agiras cruellement envers ton frère pauvre, il pleurera vers D.ieu, et cela te sera compté comme un péché  » (Deutéronome 15, 9).

On peut s’interroger sur cette attitude intransigeante envers les prêts. Après tout, la Torah a déjà strictement interdit toute forme d’usure, ce qui est déjà étonnant en soi, puisque le prêteur pourrait aisément investir son argent et lui faire produire un rendement fructueux au lieu de le prêter. Pourquoi la Torah l’oblige-t-elle de soutenir autrui, même au risque de perdre entièrement ses richesses durement gagnées ?

De plus, l’obligation qui lui est ainsi imposée semble constituer un contresens économique. Comment une entreprise pourra-t-elle survivre si on lui impose de faire crédit jusque dans les situations les plus risquées ?

Certes, à une époque tardive de l’histoire juive, Hillel, le célèbre Sage, a constaté que les gens s’abstenaient de prêter de l’argent avant l’année sabbatique à cause de la crainte, très compréhensible au demeurant, de ne pas rentrer dans leurs fonds.

Aussi a-t-il institué le prousboul, un mécanisme juridique destiné à permettre le recouvrement des dettes après l’année sabbatique.

Étant donné que cette mitsvah constitue un contresens économique, quelle est la logique de la Torah lorsqu’elle exige que nous accordions des prêts aussi hasardeux ?

 

UN MOYEN EFFICACE DE COMBATTRE LA PAUVRETÉ
Celui qui est provisoirement à court de fonds et dont le crédit est au plus bas doit obtenir la possibilité de se rétablir.

Cette question doit être examinée dans une perspective philosophique. Le judaïsme croit que les richesses ne seront pas partagées d’une manière uniforme et que  » la pauvreté ne cessera pas dans le monde  » (Deutéronome 15, 11).

D.ieu a fait de certains des hommes riches et d’autres des êtres indigents afin de nous rappeler que les actes de bonté (‘hessèd) sont le fondement du monde.

Les riches doivent déployer tous leurs efforts afin d’adoucir les effets du dénuement sur les pauvres.

Or, l’un des moyens les plus efficaces de combattre la pauvreté est de rétablir le crédit de l’individu dans le besoin afin qu’il puisse retrouver une activité économique.

Cela ne créera certes pas une égalité totale, mais cela aboutira à ce  » qu’il n’y ait pas de pauvre parmi vous  » (ibid. 15, 4), dès lors que l’on se sera porté à son aide, par des actes de charité ou par des prêts sans intérêts, et que le riche aura rempli la fonction pour laquelle on lui a octroyé ses richesses.

Cette société idéale deviendra alors si opulente qu’elle pourra s’acquitter du même devoir à un niveau macro-économique:  » Tu prêteras à de nombreuses nations, et toi tu n’emprunteras pas  » (Deutéronome 15, 6).

Cette promesse est intimement liée aux prêts accordés aux nécessiteux pendant l’année sabbatique, puisque c’est une des manifestations les plus fondamentales de la bonté humaine.

Il n’existe aucune obligation de prêter à quelqu’un qui s’est dérobé à ses obligations lors de précédents emprunts, ou qui a gaspillé l’argent qu’il avait alors obtenu (Ahavath ‘hessèd 1, 9).

En revanche, celui qui est provisoirement à court de fonds et dont le crédit est au plus bas doit obtenir la possibilité de se rétablir.

Cela profitera d’ailleurs à toute la société,  » car à cause de cette chose-là D.ieu te bénira dans toute ton activité et dans toute entreprise de ta main  » (Deuyéronome 15, 10).

Cette croyance fondamentale en la providence divine intervenant dans toute activité économique sert de base à notre attitude lorsque nous prêtons de l’argent et accomplissons des actes charitables.

Si D.ieu ne nous l’avait pas ordonné, il n’y aurait aucune raison d’ordre économique à accorder des prêts sans intérêts, sans parler du fait que, sans la munificence de D.ieu, nous n’aurions pas d’argent du tout.

Une autre catégorie de bénéficiaires est constituée par les étudiants désargentés,qui seront plus tard capables de subvenir à leurs besoins.

Dans son livre In the Marketplace, Meir Tamari, fondateur du JCT (Centre pour l’éthique dans les affaires et pour la responsabilité sociale), indique que le prêt sans intérêts était utilisé au siècle dernier comme l’un des moyens de résoudre les difficultés rencontrées par les immigrants venus d’Europe de l’Est.

La plupart d’entre eux ne disposaient d’aucune réserve pour se créer leurs propres affaires, et les banques hésitaient à leur accorder des crédits, puisqu’il était difficile d’évaluer le risque engagé et que beaucoup d’entre eux n’avaient pas de répondants.

En revanche, ces immigrants juifs ont pu avoir recours à beaucoup de sociétés pratiquant le prêt sans intérêts, ce qui leur a permis d’ouvrir des commerces et de les faire fonctionner en attendant de pouvoir faire appel à d’autres instruments de crédit.

En plus, Meir Tamari relève que ces sociétés de prêts sans intérêts permettent également de réadapter les salariés qui font l’objet de mesures de licenciement économique prises par des entreprises en voie de restructuration.

Beaucoup de ces salariés seraient réduits à la misère s’ils ne pouvaient pas trouver un autre emploi ou se réadapter aux nouvelles conditions du marché du travail.

C’est ainsi que ces sociétés peuvent se révéler très utiles pour permettre aux travailleurs de se mettre à leur compte ou de trouver d’autres emplois.

Une autre catégorie de bénéficiaires est constituée par les étudiants désargentés, qui seront plus tard capables de subvenir à leurs besoins, mais qui ont besoin d’un soutien financier pour pouvoir en arriver là.

Le ‘Hafets ‘hayim, Rabbi Yisrael Méir Hakohen, suggère que chacun se constitue chez soi une petite caisse de prêts sans intérêts, dans laquelle il puisera pour venir en aide à des pauvres.

Il accomplira de cette manière bien plus d’actes charitables que celui qui prête aux riches, et chaque prêt constituera une mitsvah distincte (Ahavath ‘hessèd, 2ème partie, chap. 13).

Il ajoute :  » Je sais que l’on préfère prêter à des gens plus à l’aise, là où il y a moins de risques de voir son argent perdu … mais c’est là précisément la raison pour laquelle la Torah a dû nous ordonner de préférer le pauvre … et nous promettre que  » à cause de cette chose-là D.ieu te bénira dans toute ton activité « .

Forts de cette croyance, renforçons notre résolution d’employer notre argent à la seule fin pour laquelle il nous a été donné: venir en aide à autrui.

Traduit et adapté par Jacques Kohn

A PROPOS DE L’AUTEUR

LE RABBIN YOËL DOMB
Le rabbin Yoël Domb a été diplômé par le JCT (Center for Business Ethics and Social Responsibility –  » Centre pour l’éthique dans les affaires et pour la responsabilité sociale « ) et il appartient à la faculté du JCT Pari Midrach. Boursier du Centre pour l’année universitaire 2000-2001, il effectue actuellement des recherches sur les sujets d’éthique dans les affaires contenues dans la loi juive et il prépare un cours destiné à faciliter l’enseignement de ces sujets dans les yechivoth.

Réeh CHABBAT CHALOM  ROSH HODESH ELOUL LE 20 ET 21 AOUT

Ce Chabbat est un des jours les plus puissants, de l’année:c est le Chabbat qui précède le Rosh Hodesh Eloul, le mois avant Rosh Hashana , ce mois ou le Midrash décrit   » le Roi est dans les champs  » en d’autres termes , Hashem est très proche et écoute toutes nos demandes. 
Nous disons que toute l’année est déterminée par le jugement Divin qui s’opère à Roch Hachana, ce mois de Eloul nous donne une période de 30 jours pour faire le bilan de notre existence et rectifier ce qui doit l’être.

C’est le mois d’Eloul qui sert de préparation à Roch Hachana et le Chabbat qui précède le début du mois est « Chabbat Mevarekhim », le « Chabbat où l’on bénit le mois ».

Ainsi l on peut dire que ce « Chabbat Mevarekhim Eloul », est celui qui bénit le mois d’Eloul, et qui prépare Roch Hachana, et donne le ton pour toute l’année, en cette période de Pandémie et de menaces de guerre , on doit prendre conscience que si le destin de l’univers se joue sur notre comportement mais que nous pouvons faire pencher la balance du bon côté, et susciter pour nous et pour le monde entier la paix

Chabbat Chalom ! (S B sur Facebook)

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