Opération Torch: José Aboulker, chef de la résistance à Alger

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José Aboulker naquit en 1920 à Alger.  En avril 1940, alors étudiant en médecine, il fut mobilisé comme élève-officier de réserve et démobilisé en février 1941.
Dès septembre 1940, il fonda un réseau de résistance à Alger, en liaison avec son cousin Roger Carcassonne d’Oran, et devint par la suite l’un des principaux dirigeants de la Résistance en Algérie.
Les deux cousins préparèrent avec Henri d’Astier de la Vigerie l’assistance française au futur débarquement allié, en liaison avec le colonel Germain Jousse et le consul Robert Murphy, représentant du Président Roosevelt à Alger.
Dans la nuit du débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, José Aboulker commanda, au Commissariat central, avec son adjoint Bernard Karsenty et les concours de Guy Calvet et du Commissaire Achiary, l’occupation d’Alger par 400 résistants.
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Ces derniers neutralisèrent les centres de commandement et de transmissions, occupent les points stratégiques et arrêtent les responsables militaires et civils vichystes, dont le général Juin, commandant en chef, et l’Amiral François Darlan.

Le XIXe Corps d’Armée vichyste devait concentrer ses efforts sur les résistants au lieu de se porter contre les forces alliées débarquées.

Les débarquements autour d’Alger étant achevés, José Aboulker invita les chefs de groupes à évacuer leurs positions.

Il organisa aussi avec le capitaine Pillafort, chef de groupe, des barrages avec les résistants rendus disponibles par l’évacuation de certaines positions, de façon à paralyser la mobilisation.

Si bien qu’au soir, les forces vichystes n’avaient pas osé affronter le commissariat central, dernière place forte des insurgés.
C’est ainsi que, grâce à ce « putsch » du 8 novembre 1942, les Alliés débarquèrent sans opposition, encerclent Alger et obtinrent le soir même la capitulation de cette ville, avec son port intact, et la reddition des chefs de l’Armée d’Afrique.
En revanche, à Oran et au Maroc, où le putsch avait échoué, les Américains livrèrent trois jours de combats sanglants et incertains, et ne cessèrent le feu qu’après en avoir reçu l’ordre de Juin et Darlan, donné depuis Alger, sous la menace du général Clark. José Aboulker fut arrêté sur l’ordre de Giraud, ainsi que la plupart des chefs de la résistance.
Libéré après la Conférence de Casablanca (1943), il s’engagea dans les Forces françaises libres (FFL). Il fut envoyé clandestinement, en octobre 1943, en France occupée, comme « Délégué à l’organisation du service de santé des Maquis et des F.F.I. » et prépara l’organisation sanitaire civile pour la Libération. Il y dirigea les opérations de parachutage d’équipements chirurgicaux sur la France.

En août 1944, il partit pour une autre mission dans le sud de la France en insurrection, afin d’installer les commissaires de la République à Toulouse, Limoges et Clermont-Ferrand.

José Aboulker fut délégué de la Résistance d’Algérie à l’Assemblée Consultative Provisoire de Paris en 1944-1945, et déposa une proposition de modification de la loi électorale en Algérie, pour permettre l’élection de députés musulmans algériens.

Après la guerre, José Aboulker entra au parti communiste et reprit en 1946 ses études de médecine. Il passa les concours d’interne des Hôpitaux de Paris, puis d’assistant.

Il devint professeur de neurochirurgie, et chef de service des Hôpitaux de Paris. Il s’engagea pour l’indépendance de l’Algérie et s’opposa, en 1958, au retour du général de Gaulle. Mais ensuite, compte tenu de l’action du général dans le sens de la décolonisation, il vota en sa faveur en 1965.
José Aboulker fut Compagnon de la Libération, Commandeur de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, ainsi que de la Medal of Freedom des États-Unis. José Aboulker fut membre du Conseil de l’Ordre de la Libération depuis mai 1999.

Devenu après la guerre l’un des grands noms de la neurochirurgie française, cet homme chaleureux et discret, qui avait peu de goût pour les commémorations mais répondait volontiers aux questions des historiens, est décédé mardi 17 novembre, à Manosque  2009 (Alpes-de-Haute-Provence), à l’âge de 89 ans.

 

Adaptation par JForum

 

Dessin jose aboulker

Ce dessin des points à contrôler a été dessiné par José Aboulker, qui en a donné une copie à un de ses cousins, avant d’en faire don au Musée du Général Leclerc.

 

 

Consulter

D’après Bénédicte Vergez-Chaignon, ” Le comité médical de la Résistance “, in DVD-ROM La Résistance en Ile-de-France, AERI, 2004

José Aboulker « La Victoire du 8 novembre 1942 : La Résistance et le débarquement des Alliés à Alger » œuvre posthume parue en 2012

 

10 COMMENTS

  1. J. Aboulker a certainement fait de grandes actions pendant la guerre mais je voudrais apporter un bémol au dernier paragraphe de votre article. Ayant été interne dans son service je peux assurer qu’il n’était pas chaleureux mais froid et distant, sans aucun intérêt pour ses équipes en dehors des stagiaires étrangers, qu’il n’organisait aucun enseignement pour la relève envers laquelle il n’avait qu’indifférence. J’ai le souvenir d’un grand bourgeois dédaigneux absent la plupart du temps de son service, lequel était d’ailleurs considéré comme médiocre par le reste de la neurochirurgie parisienne.

    Par ailleurs, ce fier communiste habitait sans états d’âme un magnifique logement de fonction sur les quais de Seine à Paris appartenant à l’AP-HP.

      • @Bonaparte
        Merci pour votre compliment mais je suis loin d’être incollable sur l’Algérie car le Judaïsme Algérien est d’une grande complexité, notamment dans son Histoire, d’autant que nous n’avons-pas toutes les données sur plusieurs siècles.

        A ma connaissance, il n’y avait qu’une seule grande famille Aboulker, donc tous les Aboulker de l’Algérie sont parents. Il faudrait vérifier auprès du Cercle de Généalogie Juive. Dans la base de donnée de l’Américain Gordon, qu’on retrouvait sur Généanet, il y avait, il y a une dizaine d’années, près de 47.000 Juifs d’Algérie, tous liés et enchevêtrés par des liens familiaux, ce qui montre le niveau de consanguinité dans lequel nous avons vécu pendant plusieurs siècles, et ce n’était pas plus mal.

        • Merci à vous aussi pour votre réponse .

          Oui en effet ” un niveau de consanguinité ” .

          Nous vivions dans des ghettos comme le Mellah au Maroc et la Hara en Tunisie . Nous ne voyageons pas comme aujourd’hui , nous vivions en vase clos .
          Ce qu’il y a d’extraordinaire chez nous c’est que déja tout petit nous apprenions l’hébreu pour préparer notre Bar Mitzva , c’est un plus pour l’ouverture d’esprit et le ciment de notre communauté millénaire .

          Encore merci à vous et à Hai pour vos réponses .

          Shabbath Shalom .

    • Oui José et Pierre Aboulker sont cousins…La famille Aboulker dont on retrouve des traces à Alger depuis le xve siècle, était l’une des grandes familles juives algéroises…

  2. Votre information est passionnante et je la diffuse. Plusieurs textes, ou livres, consultes recemment montrent que “des” militaires francais ont tout fait pour naturaliser francaise la Resistance d’Alger, ne retenant que le nom d’Astier de la Vigerie. On se souvient par ailleurs de la facon dont Giraud revait le futur de l’Algerie (de memoire): “quant aux indigenes, arabes ou juifs, ils auront bien sur, celui-la dans le bled, celui-ci dans son echoppe, leur place dans l’Algerie nouvelle sous l’aile de la France”.

  3. J’aime beaucoup cette expression “l’assistance française au futur débarquement allié”, elle fait un peu prétentieux et peut dérouter dans un but de propagande. Les Français qui participent aux combats, au moins sur Oran, se comptent sur les doigts de la main, les Juifs d’Algérie ont été exclus de la nationalité francaouie depuis le 7 octobre 1940. L'”échec total du putsch sur Oran” est discutable car le Général de Montsabert a réussi à sécuriser l’aéroport d’Oran, mon père a réussi sur Arzew à faciliter le débarquement US, etc.. Les chars américains sont entrés sur le Boulevard Alsace-Lorraine à Oran, et comme à Arzew et sur le port, les francaouis antijuifs ont mené 3 jours de combats contre les Alliés et les Juifs. De Gaulle lui-même, apprenant la nouvelle à son réveil, a hurlé “j’espère que les français vont les rejeter à la mer, on n’acquiert-pas la France par cambriolage.”Les francaouis antijuifs se sont couchés le 11 novembre 1942, obéissant au tueur de Juifs, Pétain le lâche. Pour avoir combattu avec les Juifs, De Montsabert a été rejeté par les généraux antijuifs d’Alger, Giraud, Juin and co et leur armée d’Afrique. Est alors créé le Corps Franc d’Afn (CFA) commandé par De Montsabert, composé majoritairement de Juifs rejoints par seulement 5 officiers supérieurs Français dont Joust et Masse. Mon père s’engage immédiatement dans le CFA le 13 novembre 1942, rattaché à la 8ième armée US. A Alger, l’armée d’Afrique reste fidèle à Pétain et refuse de combattre avec les Alliés contre les Allemands. Elle ne comprends aucun Juif. Il serait drôle de prétendre qu’alors nos parents ne combattaient-pas contre la francaouie alliée de l’Allemagne. Ensuite, quand de janvier à mai 1943, les Juifs du CFA mènent la campagne de Tunisie, au prix de lourdes pertes telles la prise de Bizerte, la France Libre c’est du pipeau avec la 1ère DFL de De Larminat qui n’aligne pas 6000 hommes et Leclercq et ses 3000 hommes, et cela représenterait 41 millions de français? Quand l’Armée Giraud entre dans la guerre en Tunisie, elle comprends, sur 60.000 hommes au total, 50.000 arabes à qui on promet l’indépendance en contrepartie. Une véritable armée française, n’est-ce pas? S’il n’y avait-pas eu les Anglo-Américains, le général Von Arnheim entrait en Algérie avec ses panzerdivisions, et après un parcours de santé, il serait entré à Alger prendre le thé au Palais du Gouvernement, avec les francaouis lui léchant les bottes. On peut comprendre combien le super stratège De Gaulle a pu, jusqu’en juin 1944, lécher le c..des Américains pour qu’ils se décident à “libérer” la francaouie, dont Roosevelt avait fait annoncer l’Amgot à Alger dès le 1er mai 1943. Peut-on comprendre combien celui-ci prenait le général micro pour un con, d’autant qu’il avait insulté les Américains au début. Arrêtez de parler d’assistance française au débarquement Allié en AFN. Les Français n’étaient pas de notre côté à l’époque, d’autant qu’il ont maintenu l’internement de 30.000 des nôtres jusqu’en avril 1943 dans les camps de la mort du Sahara, et le grand Charlot n’a rendu aux Juifs d’Algérie leur nationalité française, leurs biens et leurs droits qu’en octobre 1943 et sur pression américaine. Pour mémoire, c’est un soldat pétainiste, en uniforme français, qui a tiré dans l’œil de Moshé Dayan pendant la campagne de Syrie en 1941. Et j’en passe!

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