Nucléaire: Israël veut une «coalition de dissuasion» militaire face à l’Iran.

Sollicitée par l’Etat hébreu, la France n’est pas favorable à ce scénario, alors que les négociations avec Téhéran sur le programme nucléaire sont dans une situation « critique ».

Les faits – 

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont fait part, dans une déclaration commune samedi, de « leurs doutes sérieux quant à la détermination de l’Iran d’aboutir » à un accord sur le nucléaire. L’Iran a aussitôt rejeté cette déclaration qualifiée de « non-constructive », assurant lundi être disposé à poursuivre sa coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). De son côté, Israël prône la « menace militaire ».

Les négociations avec l’Iran sur son programme nucléaire sont en passe d’échouer. « Elles sont dans une situation critique » à cause du « blocage » iranien, avance une source au cœur du dossier. Un échec ouvrirait une période d’incertitudes, avec l’option militaire sur la table. Même si cette dernière reste improbable, Israël serait alors au premier rang. Conscient de ses limites militaires, l’Etat juif cherche à construire une « coalition de dissuasion » contre l’Iran et sollicite plusieurs pays, dont la France, dans ce sens.

« Aucun des protagonistes ne veut prendre la responsabilité d’un échec », constate toutefois l’ancien diplomate Denis Bauchard dans la revue Esprit. Mais « tout peut arriver, même si l’option militaire n’est pas celle qui aurait la préférence des Etats-Unis », ajoute-t-il.

En 2015, l’Iran avait signé un accord avec la communauté internationale, le Plan d’action global commun (JCPOA, selon l’acronyme anglais d’usage commun). En 2018, celui-ci a été dénoncé unilatéralement par les Etats-Unis de Donald Trump, malgré l’engagement des autres signataires (France, Allemagne, Royaume-Uni, Union européenne, Chine et Russie). Dès son élection à la Maison blanche, Joe Biden a relancé les négociations en vue d’un nouvel accord. Elles ont repris en avril 2021 à Vienne (Autriche), mais la perspective d’un accord s’est récemment éloignée.

Pour les Occidentaux, la solution diplomatique reste le plan A. Mais en cas d’échec définitif à Vienne, quelle serait l’alternative aux négociations, le plan B ? « C’est Israël », répond Clément Therme, universitaire spécialiste de l’Iran. L’Etat juif considère en effet qu’un Iran doté de la bombe atomique est une « menace existentielle » et n’exclut donc pas une réponse militaire d’envergure. Se joue là une partie de poker menteur entre Washington, Téhéran et Tel Aviv : « La menace militaire israélienne fait partie de la stratégie de négociations de Joe Biden. Israël a besoin d’un feu vert de Washington pour frapper l’Iran », avance Clément Therme qui juge le président américain plus sensible aux arguments israéliens que ne l’était Barack Obama, signataire de l’accord de 2015. « Nous ne lierons jamais les mains d’Israël » sur l’Iran, a ainsi promis Joe Biden au Premier ministre Yair Lapid, selon l’ambassadeur américain en Israël.

« Plan de frappes ». 

Comment se présente la situation militaire pour Israël face à l’Iran ? Elle tient en deux temps : d’abord les frappes en Iran, puis les frappes iraniennes en retour. Sur le premier volet, une source occidentale assure que le « plan de frappes » conçu par l’état-major israélien comporte « 4 000 cibles en une semaine ». C’est un chiffre considérable, même pour une puissance militaire comme Israël qui aligne environ 250 avions de combat performants (F-15, F-16, F-35).

Ces 4000 cibles ne sont pas toutes liées aux programmes nucléaires et balistiques en Iran, mais comprennent les bases du Hezbollah au Sud-Liban, à partir desquelles la milice chiite pro-iranienne pourrait lancer ses missiles sur Israël. S’y ajoutent d’autres cibles de même type en Syrie, Irak et Yémen.

Pour « taper » les installations stratégiques en Iran, l’aviation israélienne a besoin d’une arme qui lui fait pour l’instant défaut : des bombes américaines GBU-72 Penetrator. Cet engin de plus de 2 tonnes est conçu pour « percer » les bunkers avant d’exploser. Elle est nécessaire pour détruire les installations souterraines du programme iranien. Malgré les promesses de Trump, les Américains n’ont, semble-t-il, pas encore livré cette arme – ou d’autres du même type – à Israël.

Face à la menace sur l’ensemble de son territoire et de sa population, Israël peut compter sur la destruction préventive des sites de lancement et son bouclier antimissile, sans doute le plus performant du monde. Mais cela ne suffira pas

Le second volet militaire concerne les frappes de représailles iraniennes, en réaction à une attaque israélienne. C’est le point le plus délicat et le plus secret des discussions en cours entre Israël et les Occidentaux. Les Iraniens possèdent d’importantes capacités balistiques et de drones, avec des engins désormais très précis : ils l’ont prouvé en frappant des installations pétrolières en Arabie, une base aérienne américaine en Irak ou une installation israélienne au Kurdistan irakien.

Face à cette menace sur l’ensemble de son territoire et de sa population, Israël peut compter sur deux choses : la destruction préventive des sites de lancement et son bouclier antimissile, sans doute le plus performant du monde avec ses trois couches superposées : Kipat Barzel, Kela David et Hetz. Mais cela ne suffira pas face à l’ampleur des tirs qui pourraient saturer la défense antimissile, jugent les stratèges israéliens.

« Sanctuarisation ».

 Dans ce cas, la réponse passe par la dissuasion, avec la menace d’une réponse militaire de grande ampleur. « Par des négociations en coulisses, Israël essaie de construire une coalition de dissuasion, impliquant parmi d’autres les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, avance une source proche du dossier. L’idée est d’envoyer le message suivant à l’Iran : si vous répliquez sur le territoire d’Israël, c’est comme si vous nous attaquiez. » En termes stratégiques, cela s’appelle la « sanctuarisation ».

Des discussions de haut niveau de ce type ont eu lieu entre Français et Israéliens, mais le président Macron ne semble pas vraiment enthousiaste. Même si la coopération militaire avec Israël est désormais importante, comme lors de l’exercice aérien Blue Flag en octobre dernier, la « doctrine » diplomatique française, établie par le général de Gaulle en 1967, refuse de soutenir des « attaques préventives ». Le « dialogue étroit et confiant » avec Israël n’exclut donc pas des divergences sur les moyens et la méthode.

Y a-t-il urgence ? L’Iran est-il à la veille de posséder une arme nucléaire ? « Il n’est pas dans cette position-là. Il ne dispose pas de l’ensemble des composants, connaissances et matériaux », assure une source proche du dossier. Téhéran possède sans doute suffisamment d’uranium enrichi (à 60% actuellement) pour produire une arme, mais « il n’est pas au point sur la métallurgie et la détonique ». Les services spécialisés français estiment qu’il faudrait encore « un ou deux ans » à l’Iran avant d’être « au seuil », c’est-à-dire d’avoir les capacités d’assembler une arme.

Côté Israéliens, le raisonnement est différent. Pour eux, le « seuil » est le moment à partir duquel il n’est plus possible d’arrêter le développement de l’arme. Israël s’emploie donc à l’entraver. A coup d’assassinats ciblés, de cyberattaques et de sabotages. C’est déjà la guerre, mais celle-ci reste clandestine.

1 COMMENTAIRE

  1. Les français savent ce que font les iraniens au niveau nucléaire, mais comme d’habitude ils font la politique de Munich , Israel doit compter que sur lui même , fabriquer des bombes perforantes est à la portée du petit pays , faut pas attendre une catastrophe pour avoir ceux des usa , eux qui ont l’habitude de traîner quand il y a danger chez les autres ….

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