NiTSaVIM: la paracha avant Rosh Hashana (vidéo)

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PARASHAT NITSAVIM I
Cette parasha se trouve juste avant la fête de Rosh Hashana pour rappeler aux créatures que nous sommes, que nous nous tenons debout, devant Le Créateur car, le monde et ce qu’il comporte de créatures va défiler devant D. pour être jugé.

Le verbe יצב signifie se tenir debout. Mais pourquoi pas עמד ? La prière pendant laquelle nous effectuons 18 génuflexions ne doit-elle pas s’effectuer en station debout ? Ne l’appelle-t-on pas justement pour cela “âmida” עמידה ?

C’est qu’il existe une différence très importante entre עמד et יצב le premier signifie se tenir debout tandis que l’autre indique que la station debout est faite par force comme si l’on était ancré au sol.

Lorsque nous prions la âmida, nous “agitons” notre corps d’avant en arrière un peu comme un roseau agité par le vent et dont les racines le maintiennent au sol alors qu’en étant yatsiv : stable, nous nous tenons debout, dignement, sans bouger dans l’attente de la sentence.

Le traité talmudique de Rosh Hashana énonce dès son début deux enseignements le premier est que il existe 4 sortes de Rashé Shana (pluriel de rosh hashana) au long du calendrier hébraïque et il y a aussi 4 périodes de “jugement” : à Pessah, le sort des récoltes est fixé pour l’année (taille des céréales, qualité, quantité etc…), à Shavouoth le sort des arbres fruitiers est fixé pour l’année, à Souccoth est fixée la quantité et la périodicité des pluies et de la rosée qui seront attribuées au monde mais, pour Rosh Hashana seront fixées les “destinées” des créatures humaines car chacune d’elle devra défiler devant le Saint béni soit-IL ce jour-là ainsi qu’il est écrit :
בארבעה פרקים העולם נידון: בפסח, על התבואה. בעצרת, על פירות האילן. בראש השנה, כל באי עולם עוברין לפניו כבני מרון, שנאמר “היוצר יחד, ליבם; המבין, אל כל מעשיהם” (תהילים לג,טו). ובחג, נידונים על המים.

Le monde est jugé à 4 épisodes différents : à Pessah pour les moissons, à Shavouoth (cette fête se nomme aussi âtsereth ou clôture) pour les fruits de l’arbre, à Rosh Hashana, toutes les créatures du monde passent devant Lui comme des moutons, ainsi qu’il est dit “Il a formé leurs cœurs à tous et examine leurs actes” (Psaumes XXXIII, 15) et, pour Souccoth (qui est appelé seulement Hag) le monde est jugé pour l’eau.

La mishna spécifie bien que tout ce qui existe dans le monde d’animal ou de végétal possède une période dans l’année où va être émis un jugement à son égard.

Et l’homme en particulier, lui, le roseau pensant, lui qui est capable de comprendre et de faire la différence entre le bien et le mal. Un arbre qui sera jugé n’est pas doté de faculté de compréhension, il ne peut se mouvoir il est ancré dans le sol et n’a pas de choix à faire, à aucun moment, il subit le rôle qui lui a été imposé et ne possède pas de libre arbitre alors que l’homme a le choix parce qu’il comprend : הוא מבין. מבין en guematriya équivaut à 102 tout comme יצב et en tant qu’être responsable, il doit rendre des comptes pour que son âme se sente purifiée et, justement : donner ou rendre des comptes équivaut en guematriya à nefesh âme : דין + חשבון = 430 tout comme נפש.

En comprenant, l’homme se distingue et s’élève au-dessus des animaux par la pensée מחשבה mahshava, et, la pensée est différente de la mémoire et du souvenir en ceci : la pensée n’est pas dynamique, et elle est même statique. On subit une pensée qui assaille le cerveau alors que le souvenir : זיכרון, est quelque chose de dynamique : pour se rappeler ou se souvenir il faut vouloir faire remonter la chose ou l’évènement à fleur de la connaissance. Pour se souvenir on donne une impulsion et pas pour la pensée.

Le Créateur, en insufflant à l’homme le souffle de vie lui a aussi transmis la connaissance et la possibilité de “penser” חשב c’est toute la différence entre l’homme et la bête : l’homme pense donc il est (cogito ergo sum) a dit Descartes et c’est exactement ce que l’on constate ici חשב = 310 et le mot homme איש = 311 car sans le alef de la connaissance l’homme n’en est pas un. Il existe tout simplement : יש : il est là. Cette connaissance est celle que D. lui a transmise.

Et, c’est pour rester dans cette dynamique du souvenir, que chaque matin pendant la période des selihoth, il va se lever tôt pour exprimer sa volonté de retrouver son identité et de la clamer auprès du Créateur en ne renonçant pas et en voulant aller de l’avant et en se perfectionnant.

C’est en faisant agir sa réflexion que l’homme s’élève au-dessus de l’animal et du végétal et plus encore que la réflexion, c’est grâce à sa mémoire que l’homme va pouvoir se rapprocher des sphères supérieures et c’est encore grâce à cette mémoire qu’il va “aider” à la réalisation des promesses divines.

En effet un mot se répète souvent dans la Torah et dans notre rituel : le mot זכור ou זכר se trouvent tout au long des cinq livres du Pentateuque et il s’agit souvent d’un acte historique dont l’homme doit se souvenir : ainsi nous lirons que ceci est “en souvenir” de la Création “זכר למעשה בראשית” ou, en souvenir de notre sortie d’Egypte : “זכר ליציאת מצרים” et, tous les éléments de l’histoire du peuple juif se rattachent à ces bornes historiques qui sans elles ne peuvent permettre à l’homme d’évoluer et d’assumer son destin.

Rosh Hashana est donc le jour du jugement où l’homme est jugé sur ses actes mais aussi sur sa volonté de leur donner une direction spirituelle et ce, grâce à cette volonté de se rappeler et de se rattacher : le matin, en s’éveillant, avant même de se lever tout-à-fait il doit se rappeler qu’il doit tout au Créateur : c’est en affirmant sa foi dès son réveil qu’il provoquera une réaction en sa faveur de la part du Créateur de l’Univers.

On pourrait qualifier ceci de “donnant-donnant” avec des proportions totalement différentes : donne-moi un peu de ta confiance et, Je t’inonderai d’amour en souvenir de l’alliance que J’ai faite avec Abraham Isaac et Jacob.

Cette alliance, D. l’a conclue avec chacun des patriarches individuellement mais pas en tant qu’individus mais en tant que entité : LE peuple qui doit descendre de ces patriarches en tant qu’ensemble et en même temps chacun séparément c’est-à-dire, que tout se passe comme si chaque être, facette du macrocosme appelé “peuple d’Israël” chacun va porter sa responsabilité vis-à-vis de lui-même mais aussi vis-à-vis de chacun des membres du peuple et de l’ensemble du peuple.

Le Rav Soloveitchik a très bien développé cette théorie dans son livre “sur la teshouva” dans lequel on peut aisément comprendre à quel point chacun doit s’impliquer et tenir son rôle et comment les actes des uns s’imbriquent comme les pièces d’un puzzle de manière à former une image complète.

Caroline Elishéva REBOUH

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