MaTToT-Massé: 42 étapes avant d’entrer en Israël

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Cette année, la première des trois semaines étant shabbat « pinhas », le shabbat qui suit sera hors d’Israël « mattot-mass’ê ».

Il y sera question entre autres sujets des vœux, des villes-abri, des différentes stations dans le désert.

Mattot commence par les lois sur les vœux et les promesses en tout genre[1]: qui prononce un vœu et qui a la possibilité de l’annuler.

Quelles sont les modalités d’annulation ? Quelle est la valeur du vœu et quelle est son implication  dans la vie quotidienne ? Qu’en est-il du vœu prononcé à la légère par l’homme, la femme ou l’enfant ?

Ainsi comprendrons-nous l’importance que l’être humain doit accorder à chaque parole émise car, en effet, sous l’emprise de sentiments divers: colère, jalousie, peur, ferveur, amour, quiconque peut être amené à prononcer un vœu qui pourra porter sur une période bien déterminée  et ce vœu non réalisé peut devenir un handicap pour l’avenir-même de la personne intéressée.

C’est la raison pour laquelle, si un homme adulte prononce un vœu et que par la suite il regrette de l’avoir fait il peut demander à un groupe de trois personnes d’annuler sa promesse mais, si le vœu a été émis par une femme, son mari peut l’en délier de même qu’il peut délier sa fille ou son jeune fils mais dès celui-ci arrivé à l’âge des mitsvot celui-ci devra procéder tel un homme adulte.

Les membres des tribus de Ruben, de Gad et la moitié de la tribu de Menashé vinrent trouver Moïse pour lui demander d’intercéder en leur faveur et de leur attribuer dès à présent leurs territoires de ce côté-ci du Jourdain, étant encore en Cisjordanie cette contrée  semblant si riche en pâturages et ils voulaient aussi construire des villes pour leurs enfants.

D’autre part, le fait de vouloir dès cet instant recevoir leur “part d’héritage”  viendrait prouver qu’ils étaient désireux de se séparer de leurs frères et par conséquent du reste du peuple en prenant en ligne de compte uniquement leur avenir matériel et en se désintéressant du sort commun, de la communauté.

Cependant, leur désir de résider dans cette région  peut être interprété différemment et dans une volonté de former une barrière protectrice pour les autres tribus: en effet, les membres de la tribu de Gad étaient de farouches guerriers comme le confirme Moïse dans sa bénédiction : « ils marchèrent en avant » et leur réputation leur valut que les Midianites prirent la fuite devant eux et c’est ainsi que Gad et Ruben s’enrichirent considérablement.

La parashat mass’ê[2], commence par l’énumération des nombreuses étapes qu’ont franchies les bné Israël depuis l’Egypte jusqu’à leur entrée en Israël pour nous montrer qu’en réalité, s’il n’avaient pas commis de fautes et suscité le courroux divin, ils auraient pu toucher au but du voyage en onze jours  au lieu d’errer pendant 40 années. En fait pour certaines étapes, ils ont séjourné de nombreuses années comme ce fut le cas à Kadesh Barnéâ .

En dénombrant ces stations (42), le Shlah HaKadosh opère un rapprochement entre ce nombre d’étapes et l’un des noms sacrés de D. qui comporte 42 lettres ainsi que cela est exposé dans  la supplique Ana bekoah dans lequel on invoque la clémence divine pour que l’Eternel  de Sa main droite (clémence = midat harahamim) nous sauve et nous pardonne nos péchés et que la clémence subordonne la justice (midat hadin).

Caroline Elishéva REBOUH

[1]Quelle différence y a-t-il entre un vœu (neder en hébreu   נדר), un serment ( shevouâ en hébreu – שבועה), par un vœu,  le neder est un vœu qu’on s’impose vis-à-vis de D tandis que le serment concerne plutôt une privation que l’on s’impose vis-à-vis même d’un être humain comme ne plus jamais parler à quelqu’un pour la vie ou pour une certaine période l’accent étant mis sur le fait qu’en général le serment est fait au nom de D.

[2] Le nom de la parasha vient du mot massa’ôthמסעות de la racine sâסע voyager. Il est question ici des différentes stations faites dans le désert durant toutes les pérégrinations.

LE SENS DES MITSVOT PARACHA MASSEÎ

L’Eternel parla à Moïse en ces termes: « Parle aux Enfants d’Israël et dis leur: « Comme vous allez passer le Jourdain pour gagner le pays de Canaan, vous choisirez des villes propres à vous servir de cités d’asile (âréi miklat): là se réfugiera le meurtrier homicide (rotséah’) par imprudence (bicheghagha). Ces villes servirent chez vous d’asile contre le vengeur du sang (goël) afin que le meurtrier ne meurt pas avant d’avoir comparu devant l’assemblée pour être jugé (lamichpat) »  (Nb, 35, 9 à 12). Bible du Rabbinat.

Une fois libérée de l’esclavage, de l’oppression des corps et de la servitude des âmes, une collectivité humaine-pleinement humaine, ne change pas de nature magiquement. Ce changement exige un long, un continuel travail.

Elle reste à la merci d’incidents et d’accidents. Lorsque ceux-ci surviennent, l’important est de les réparer afin que ce travail non seulement ne s’interrompt guère mais que le peuple concerné en retire profit sous forme d’un enseignement transmissible de génération en génération.

Car un peuple c’est exclusivement dans la longue durée qu’il se forme et se transforme. Tel est l’objet des prescriptions précitées.

Dans la vie d’un peuple libre, il est donc inévitable que des incidents surviennent et que des accidents se produisent.

Il faut alors distinguer entre ceux qui sont véritablement indépendants de la volonté de leurs auteurs matériels et ceux qui résulteraient d’une mal-intention délibérée, d’une préméditation.

L’institution des villes dites de refuge, des ârei miklat, est destinée aux meurtriers de la première catégorie, si l’on pouvait ainsi parler ; ceux qui ont causé une mort mais sans intention de la donner.

Pour éviter que le meurtrier par inadvertance ne soit lui-même exposé à l’impulsion vengeresse, impulsive, du « rédempteur » (goël) de ce sang versé-et afin d’éviter que celui-ci à son tour ne s’expose à la vengeance du goël de sa propre victime, en un cycle de représailles infinies-il lui faut avant tout pouvoir se mettre à l’abri de ces poursuites physiques. D’où, comme on vient de le voir, l’institution de ce réseau de villes, situées les unes par rapport aux autres à des distances qui permettent de les atteindre sans encombre, de sorte à échapper avant tout au premier mouvement vengeur du proche de la victime.

On soulignera le sens des réalités qui sous-tend cette prescription: ce premier mouvement n’est pas dénié, comme si les êtres humains étaient déjà arrivés à un degré qualitatif si élevé qu’ils seraient déjà de purs esprits.

Les humains en général, et ceux qui ont connu l’esclavage en particulier; ceux qui ont accumulé brimades, bastonnades, injures, mépris, ont accumulé tant de ressentiment, tant de rancune mutique, que l’explosion en est possible à propos de n’importe quel aléa de la vie.

Cette réalité est prise tellement à bras le corps, si l’on pouvait encore s’exprimer de cette manière imagée, que le Principe des Principes énoncé dans le Lévitique n’enjoint pas d’emblée, nous le savons: « Et tu aimeras ton prochain comme toi-même » mais: « Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas rancuneet tu aimeras ton prochain comme toi même: Je suis l’Eternel (Lev 19, 18) ».

Lorsque s’est produit un accident par inadvertance, la perte pour le proche de la victime risque de s’avérer tellement cruelle et insupportable que, dans son esprit, le sens et l’énoncé de ce verset pourraient d’un coup s’effacer.

C’est pourquoi il importe tout autant que l’auteur du meurtre involontaire puisse se mettre à l’abri de l’impulsion vengeresse – encore que la notion même de « rédempteur du sang », de goël hadam, ne se réduise pas à l’idée de vengeance au sens commun.

Cependant, la possibilité de se réfugier dans une ville de cette sorte ne signifie aucunement que le meurtrier s’y mette à l’abri pour jouir là d’une impunité complète, le temps que la colère du goël s’apaise, et qu’il en ressorte pour reprendre la vie comme avant, au risque de récidiver.

Sa présence dans la ville de refuge doit s’accomplir à de toutes autres fins et dans un autre état d’esprit. En présence des lévites de la ville il doit d’abord s’adonner à l’étude de la Loi.

Car la notion d’inadvertance n’exclut pas celle de responsabilité. Il lui faudra comprendre également comment l’incident ou l’accident est survenu matériellement et en quoi il en va de sa responsabilité personnelle (défaut d’attention, vérifications insuffisantes, entretien négligé).

C’est l’un des principes essentiels du droit sinaïtique de délimiter strictement le domaine du droit civil et celui du droit pénal. Les dispositions juridiques inhérentes aux villes de refuge maintiennent sans doute le meurtrier sur le versant du droit civil. Il n’empêche que jugement doit être fait.

Se mettre à l’abri de l’impulsion vengeresse ne veut pas dire déni de justice. Au contraire. Le meurtrier par inadvertance devra en fin de compte passer devant un tribunal de sorte qu’il s’interroge sur son implication personnelle dans l’occurrence du dommage fatal et surtout qu’il en répare les suites, pour autant qu’elles puissent faire l’objet d’une réparation.

Thérapeutique du temps par le temps.

 Raphaël DRAÏ Z’l

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