Dissolution du CFCM : Emmanuel Macron chamboule l’organisation de l’islam de France

Le président enterre le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) pour lancer, samedi 5 février, le «Forum de l’Islam de France» destiné à remplacer l’ancien interlocuteur des pouvoirs publics. Pari risqué.

À moins de soixante-dix jours de la présidentielle, Emmanuel Macron chamboule l’organisation de l’islam de France. Un pari risqué et exposé. « C’est une révolution qu’on veut lancer, en essayant de mettre fin à l’islam consulaire, explique à notre journal le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. L’islam n’est pas une religion d’étrangers en France mais une religion française qui ne doit dépendre ni de l’argent, ni des autorités étrangères. »

Samedi 5 février, l’exécutif mettra en orbite le « Forum de l’Islam de France » (Forif), lors d’un grand raout au Conseil économique social et environnemental, à Paris. Le lieu n’est pas anodin. C’est là que s’est tenue la Convention citoyenne sur le climat. « L’idée est de faire, justement, une sorte de convention citoyenne avec des musulmans, actifs, qui veulent échanger avec l’État », résume l’un des organisateurs. Une centaine de personnes ont été conviées pour plancher sur les aumôneries, les actes antimusulmans, etc. Elles doivent se mettre d’accord, à terme, sur une structure, des statuts et des représentants.

Fortes tensions au sein du Conseil Français du Culte musulman

L’objectif d’Emmanuel Macron et de son ministre de l’Intérieur est simple : enterrer le CFCM (Conseil Français du Culte musulman), référence pour les pouvoirs publics depuis les années Sarkozy. « Le CFCM ne va plus être notre interlocuteur. Il ne remplit plus du tout son rôle et est devenu trop marqué par les ingérences consulaires », cingle Gérald Darmanin. Son autodissolution est d’ailleurs à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale du CFCM, le 19 février.

« Nous étions arrivés à un point de blocage irrémédiable », poursuit un conseiller. Il faut dire que depuis des années, cette organisation est minée par des dissensions internes (la Mosquée de Paris vient d’en claquer la porte), l’influence grandissante de pays comme la Turquie et des courants radicaux. La signature d’une charte de la laïcité début 2021 n’avait pas fait consensus, trois fédérations refusant de l’adopter.

« Nous changeons de logique, résume un acteur du dossier. Il s’agit de travailler avec des partenaires sans tendances islamistes et qui ne servent pas d’outils d’ingérence étrangère ». Cette « instance de dialogue » comportera des imams, des personnalités du monde associatif, des penseurs, des chefs d’entreprise, etc. Parmi les noms qui ont filtré : Yacine Hilmi, qui forme des imams ; l’ancien aumônier national des hôpitaux de France, Abdelhaq Nabaoui ; le recteur de la grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane et… des femmes. Elles seront un peu moins d’un quart des effectifs. Une première…

Darmanin et les préfets à la manœuvre

La composition a été faite par les pouvoirs publics. Ce sont les préfets qui ont repéré des acteurs de terrain lors d’assises territoriales de l’islam, l’an dernier. Quelle est donc sa représentativité ? « Une centaine de personnes venues de tous les départements, c’est quand même plus représentatif que les 5 ou 6 personnes qui géraient le CFCM », rétorque un Marcheur.« Cela fait trente-cinq ans que les pouvoirs publics tentent, sans grand succès, de structurer le culte musulman, commente l’ancien préfet Gilles Clavreul, fondateur du think-tank L’Aurore. Pierre Joxe, Charles Pasqua, Daniel Vaillant, Nicolas Sarkozy, Bernard Cazeneuve s’y sont frottés. Cette fois, le pari est de structurer par le bas, avec des gens de bonnes volontés qui ne prennent pas leurs ordres ailleurs. C’est une ambition plus modeste… Mais plus réaliste ».

La semaine de Gérald Darmanin sera décidément chargée. Avant le lancement du Forif, samedi, le ministre participe à un grand oral des candidats à la présidentielle, consacré à la sécurité, sur CNews (il s’exprimera au nom du quasi-candidat Emmanuel Macron). Il séchera le Conseil des ministres pour l’occasion. Puis, il reçoit ses homologues européens dans sa ville de Tourcoing pour un sommet. Emmanuel Macron s’y rendra mercredi soir. Dans cette campagne, chaque camp peaufine ses offensives régaliennes.

Le Parisien

1 COMMENTAIRE

  1. J’espère que personne ne tombera dans ce piège démago électoraliste…
    Quand à un islam religion française !!! Le délire me semble encore plus inquiétant que l’épisode des masques dangereux !

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