LES MOTS POUR LE DIRE

par Michèle Mazel

 

 « La situation en Syrie se dégrade considérablement et s’il n’y a pas d’élément nouveau, nous allons vers un cataclysme humanitaire » déclarait le 20 février le chef de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian, alors que le régime de Damas et ses alliés russes déversaient un déluge de fer et de feu sur la région de Ghouta proche de la capitale syrienne.

 Une analyse qui laisse perplexe.  La France vient-elle seulement de découvrir ce qui se passe en Syrie depuis 2011 ? Le cataclysme humanitaire ne s’est-il pas déjà produit ?

Un demi-million de victimes, un pays en ruines, des millions de personnes déplacées, des centaines de milliers de Syriens qui ont fui leur pays et cherchent un meilleur avenir en Europe. Un régime qui a utilisé et utiliserait encore l’arme chimique contre des populations civiles. Quel pourrait donc être cet « élément nouveau »  évoqué par le ministre ?

 Songerait-il à une impossible solution politique qui mettrait fin aux souffrances des populations ? Il sait pourtant bien qu’il n’y a pas une guerre, mais des guerres ; que de nombreuses puissances cherchent à avancer leurs intérêts et pour ce faire, viennent en aide ouvertement ou non aux différentes factions. Ni les unes ni les autres ne sont prêtes à abandonner le terrain ; ni les unes ni les autres ne se préoccupent outre mesure du sort des Syriens.

Tout de même, au palmarès des grands massacreurs ce n’est plus l’Etat islamique autoproclamé et son monstrueux calife, aujourd’hui en déroute, qui occupent le premier rang. Le président Assad l’y a remplacé. Armes chimiques, barils d’explosifs ou de chlore déversés sur les villes et les villages, bombardements intensifs, rien ne manque à son arsenal. Les condamnations internationales peuvent pleuvoir, il n’en a cure.

Le président Obama avait pourtant proclamé solennellement qu’utiliser l’arme chimique serait franchir une ligne rouge qui l’obligerait à intervenir. Cette ligne ayant été franchie une première fois, il a réitéré sa menace. On connait la suite. On pouvait espérer que le nouveau président américain allait se montrer plus déterminé. Il est effectivement intervenu en avril dernier : après avoir vu les effets d’une attaque au gaz sarin sur des femmes et des enfants, il a lancé ses missiles contre la base aérienne d’où était partie l’attaque. Hélas, une hirondelle ne fait pas le printemps, même en avril.

C’est que le président syrien a un allié de poids. La Russie qui fait son grand retour au Moyen Orient bombarde sans états d’âme « les rebelles. » Il est vrai qu’avec la bénédiction d’Assad elle a établi sur la côte syrienne son unique base navale en Méditerranée et qu’elle dispose également d’une base aérienne à proximité. Elle ne veut donc à aucun prix voir le régime de Damas vaciller. L’Organisation des Nations Unies, peut bien appeler au calme par la voix de son secrétaire général, le Conseil de Sécurité est paralysé par l’arme du veto brandie par la Russie à chaque fois qu’il s’agit de condamner ou simplement de tancer le régime de Damas. On vient de le voir avec la sinistre farce de cette fin de semaine. L’appel à une trêve humanitaire permettant l’évacuation des blessés et le ravitaillement des populations a été repoussé d’heure en heure du jeudi au samedi soir pendant que Russes et Syriens redoublaient leurs attaques contre La Ghouta.

Des attaques qui auraient continuées après la proclamation d’un cessez-le-feu de trente jours auquel personne ne croit vraiment et qui a été violé dès le premier jour.

D’ailleurs, ce cessez- le- feu ne couvre pas la région d’Afrin où les combats se poursuivent. Les Turcs ont en effet envahi la région kurde semi-autonome située en territoire syrien le long de la frontière turque. Baptisée « Opération rameau d’olivier » ce qui montre que les Turcs ont un certain sens de l’humour, cette invasion a suscité les protestations de la Syrie, ce qui est logique.

Les Américains, qui avaient formé et équipé les combattants kurdes ont exprimé leur inquiétude sans venir en aide à leurs alliés d’hier ; la France aussi. Il ne faudrait pourtant pas croire qu’ils se préoccupent de cette flagrante violation de l’intégrité territoriale de la Syrie.

Ecoutons plutôt la réaction de la France : Madame Florence Parly, Ministre de la défense pense que cette opération « pourrait détourner les forces combattantes kurdes qui sont très engagées au sein de la coalition contre Daech… » Sous-entendu : chers Kurdes, ne perdez pas votre temps à résister à l’invasion turque et à défendre votre territoire et votre peuple car nous avons besoin de vous pour battre l’Etat Islamique.

Machiavel n’aurait pas eu de meilleur conseil à donner. La Turquie on le sait est membre de l’OTAN. Elle est aussi, et c’est là l’essentiel, la pièce maîtresse du dispositif européen pour enrayer le flot des migrants. On comprend que ce dispositif est beaucoup plus important que le respect du droit international.

C’est sans doute la raison pour laquelle Ankara se permet en toute impunité d’empêcher Chypre de prospecter ses réserves de gaz naturel à l’intérieur de ses eaux territoriales économiques exclusives. Pendant ce temps le président turc se permet de condamner les bombardements de la Ghouta et de s’indigner de ce que l’armée syrienne vienne prêter main forte aux Kurdes.

Inutile de se faire d’illusions. La communauté internationale va continuer à faire des remontrances aux uns et aux autres mais se gardera bien d’aller se fourvoyer dans le bourbier syrien.

 

par Michèle Mazel

2 Commentaires

  1. Et pas une seule Manif pour les syriens massacres par Bachar. ….
    Pas une seule Manif pour les Kurdes massacres par la Turquie d’ Erdogan ….
    Pour défiler, on attend seulement qu’un palestinien soit blessé par la soldatesque sioniste …..

  2. On ne fera pas de nombrilisme, non…
    Qoique.
    On ne parle pas de nous ici. Est-ce « bon pour nous », ces batailles guernicaines à nos frontières ? En quoi nous concernent elles ?
    Je reprendrais bien une louchée de dafinah..?
    Et surtout, quel enseignement pour Ysraël ?
    Ma réponse…
    Les forces malfaisantes testent la determintion des Nations à s’opposer au Mal. (cft Accords de Munich)
    Et plus cette détermination faiblit, plus le Mal s’enhardit et progresse. Ce que nos Sages _’Hazal_ nous enseignent dans la Morale _Moussar_ vaut pour les guerres humaines.
    L’enseignement est que les Nations n’en feront guère plus pour nous que pour le peuple syrien ou les Kurdes d’Afrin. On a vu le temps _et les morts_pour s’occuper de daesh, alors qu’au début, ce n’était que quelques dizaines de brigands…
    Ysraël doit s’impliquer davantage. Quand le Mal aura terminé son travail « là-bas », il lèvera les yeux vers Ysraël.
    À quoi aura servi cette intelligence et ces ressources énergétiques que Hashem nous aura prodiguées si ce n’est pour être prêts à nous défendre ?
    Ne compter que sur l’aide de Dieu, le Seigneur des Cohortes, et surtout pas sur les vaines irrésolutions du Concert des Nations,
    consensuelles pour se debarasser des soucis dus à l’existence du pays d’ Ysraël.
    Montrer notre détermination, maintenant, decouragerait les candidats à reconsidérer la chandelle et les risques encourus.
    Nous DEVONS intervenir.

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