Lekh Lekha: Abraham et Cyrus (vidéo)

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« Qui, de l’Orient, réveilla Celui dont la justice accompagne les pas ? Il livra les nations devant lui, et lui soumit les rois ; il les livra à son épée comme de la poussière, et à son arc comme du chaume chassé [par le vent] » (Isaïe 41, 2).

Ce verset, selon beaucoup de commentateurs comme Rachi et Radaq , désigne Abraham, que ses pérégrinations depuis Ur-en-Chaldée jusqu’en terre de Canaan ont mené depuis l’Orient jusqu’en Occident, d’où peut-être le choix de ce passage comme haftara de la parachath Lekh lekha .

Mais ce verset vise aussi, selon d’autres comme Ibn Ezra, Cyrus, fondateur de l’empire perse.

Venu du lointain Orient, il a détruit l’empire babylonien fondé par Nabuchodonosor, le destructeur du premier Temple de Jérusalem.

C’est Cyrus, en qui certains ont vu le fils d’Assuérus et d’Esther, qui a autorisé les Judéens exilés à Babylone à retourner en Erets Yisraël et à y reconstruire le Temple.

Cyrus a toujours été tenu en haute extime par la tradition juive, et il a même été appelé « oint (משיח) de Hachem » par le prophète Isaïe (45, 1).

Jacques Kohn zal

A propos d’un verset de la paracha Lekh Lekha (Gen 12,8) : « il se transporta de là vers la montagne à l’orient de Beith E-l, il y dressa sa tente. Beith E-l vers la mer et Ha’aï vers l’orient, il érigea là un autel à H’, il appela le nom de D. ».
En hébreu : « Vaya’tek micham hahara mikedem léveit e-l vayet aholo beit e-l miyam véha’ai mikedem vayiven cham mizbéa’h laH’ vayikra béchem H’ ».
Commentaire :
Vaya’tek micham : il se transporta de là-bas.
Ce terme désigne un passage d’un lieu à l’autre. L’homme s’arrache à sa condition première vaya’tek, en se libérant du poids d’un certain vieillissement … En effet, quand l’homme entre dans une certaine routine, sans être à même d’y amener du renouvellement, il court le risque de devenir « vieux » ‘atik (même racine que vaya’tek).
Alors il lui faut s’arracher à cette situation qui n’est pas en harmonie avec son moi profond. L’homme s’arrache micham, au là-bas, à cet état qui n’est pas réellement moi, mais que j’endosse par la force de l’habitude …
Ce déplacement interne passe par le son du chofar qui nous aide à nous reconnecter à notre vrai moi, à notre âme, à notre véritable existence : le mot vaya’tek a la même valeur numérique que chofar (586).
Une fois que l’homme a su se mettre en mouvement, il lui faut ensuite prendre la direction de la montagne : hahara … Il s’agit de la direction du mont Sinaï, c’est-à-dire se reconnecter à notre si riche héritage, notre sainte Torah.
Et cette sagesse extraordinaire existait bien avant le monde : le terme mikedem, traduit par l’orient, possède également une connotation de temps : à l’origine, antérieurement au monde.
Voici que l’homme retrouve son âme (vaya’tek micham) en empruntant le chemin qui le mène à la Torah (hahara mikedem), mais il lui faut un endroit, un cadre dans lequel il va étudier : ce lieu n’est autre que Beit E-l, la maison de D., autrement dit la maison d’étude et la synagogue. Les deux mentions de beit E-l dans ce verset font allusion à ces sites.

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L’homme qui a appris à se détacher du monde illusoire parce qu’il le considère maintenant comme détaché de son essence profonde, le monde du là-bas, va à présent s’implanter dans un nouvel endroit. Il s’agit ici de créer une demeure pour la Présence divine : le verset nous dit vayet aholo où la lettre finale de aholo est un Hé marque du féminin, alors que le sujet de la phrase, c’est Avraham ! Ainsi Rachi zatsal nous enseigne qu’Avraham a commencé par planter la tente de son épouse avant la sienne.
La tente de sa femme ? La Torah est appelée fiancée et épouse de l’homme, comme nos maîtres nous l’enseignent à propos du verset : Torah tsiva lanou moché … ne lis pas moracha (héritage) mais méorassa, fiancée (lié à éroussin, les fiançailles)…
Déployer la tente de la Torah, cela signifie faire preuve de foi, car il est écrit dans le psaume 119 : kol mitsvotékha émouna, toutes tes mitsvot son émouna ! Ainsi le mot vayet, il dressa (sa tente) a la valeur numérique de 25, soit le nombre de lettres de la phrase du Chéma Israël qui proclame notre foi en D.
Car la Torah toute entière ne tient que sur la foi, comme le sous- entend cet enseignement du traité makot qui explique que la quintessence de la Torah se résume à un principe : tsadik béémounato yi’hié : le juste vivra dans sa foi. Où la tente de la Torah est-elle plantée ?
La suite du verset nous l’enseigne : beit e-l vers la mer et ha’aï à l’orient … La montagne a beit e-l à l’ouest et haaï à l’est.
La sagesse de la Torah est la tente qu’Avraham déploie au pied de la montagne, entre Beit E-l et Haaï … Et cette sagesse de la Torah s’exprime à travers la sainteté des lettres hébraïques : Beit E-l : c’est ale(ph) beit, l’alphabet … Quant à Haaï, la Torah nous rappelle qu’elle en possède 70 facettes (lettre Aïn du mot haaï) qui ne sont l’expression que d’une seule et unique réalité, le nom divin écrit avec les lettres yod, et hé, et vav : tel est le sens de véhaaï (et Haaï) : vav – hé – aïn – yod.
De plus il s’agit ici d’une allusion au nombre de fois où le Nom divin apparaît dans la Torah : 1820 fois, ce qui n’est autre que le produit de 70 (valeur numérique de la lettre Aïn) par 26 (le Nom divin de 4 lettres composé des trois lettres Yod, et Hé, et Vav). Toute cette sagesse de la Torah, bien que conçue par H’ avant le monde : véhaaï mikedem, et la ville de Haaï antèrieurement (soit avant le monde), a pour finalité d’être dévoilée.
Si mikedem l’orient désigne aussi l’antériorité, miyam, du côté de la mer (israel a la mer pour côté occidental d’où le terme de la mer yam pour désigner l’occident), est relié au futur, suivant le sens de la prophétie de Isaïe : et la terre sera pleine de la connaissance de D., comme l’eau abonde dans le lit des mers …
C’est cette sagesse-là qui sera dévoilée dans les temps à venir par le Machiah, comme le fait remarquer le Baal Chem Tov dans son commentaire sur la Torah : quand le Machiah viendra il expliquera la Torah selon les combinaisons de lettres de chaque mot …

Vayiven cham : il bâtit là-bas … Le terme de bâtir livnot est relié à l’idée de bina, intelligence ou compréhension. Vayiven cham : Avraham a compris que la Torah de la montagne investit aussi le monde du là-bas, cham. Au départ, il s’en était écarté : vaya’tek micham, mais finalement, vayiven cham, il comprend le sens du cham, le sens du là-bas … Car dans ce qui est en apparence éloigné de la spiritualité se dissimule une splendeur sublime, qui n’est autre qu’une étincelle de sainteté qui attend d’être éveillée, pour faire retour à D.
Ainsi, vayiven cham a la valeur numérique que « néchama e’had » soit l’âme de l’Unité, ou bien « néchama ahava », l’âme de l’amour … Cela signifie qu’en méditant sur le sens profond de l’existence, auprès de la montagne de la sagesse de la Torah, Avraham a compris que l’univers tout entier n’était qu’une seule âme qui vibrait au son d’un amour infini, celui que voue le Créateur pour Sa création.
C’est ainsi que le service d’Avraham devint tel un autel, un mizbéah laH’, pour D., car Avraham comprit que toute sa vie ne devait être consacrée qu’au service de D., en ramenant le cœur des créatures vers leur Créateur … Mais cette prise de conscience vayiven, il bâtit/il comprit ne pouvait pas rester de l’ordre de l’intellect … Il fallait que ce ressenti s’exprime à travers la parole et la proclamation de l’existence de D. : vayikra béchem H : il appela le nom de D.
Cet appel n’est pas une simple proclamation, elle invite tout homme porteur du nom divin, (car tout être humain porte en lui l’image de D. c’est-à-dire son Nom) à faire résonner cet appel en lui, puis à son tour, de le transmettre en le faisant résonner autour de lui, et ainsi de suite, afin qu’un jour, toute l’humanité puisse proclamer à l’unisson le Nom divin, pour l’éternité. 
Ce cours est dédié à la Mémoire de Gérard Benyamin HAÏOUN Z’l qui nous a quittés brutalement le 6 Hechvan 5775

Shmouel  DARMON

 

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