La  légende des deux nations solitaires : Israël et le Kurdistan

 

Le référendum sur l’Indépendance du Kurdistan d’Irak se déroule le 25 septembre 2017

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Au Kurdistan irakien, les autorités du Gouvernement Régional du Kurdistan (GRK) autorisent les masses à se rassembler autour des deux drapeaux réunis du Kurdistan et d’Israël.

 

Les manifestations à travers le monde pour l’Indépendance du Kurdistan, auxquelles les Kurdes ont participé, venus des quatre coins du Kurdistan historique, témoignent d’un nombre sans précédent de drapeaux israéliens flottant aux côtés des drapeaux du Kurdistan. Depuis les capitales du monde, à Washington, Bruxelles, Stockholm et Cologne, jusqu’aux villes du Kurdistan irakien, à Dohuk, Akre, Zakho et la capitale Erbil, les nationalistes kurdes ont agité le drapeau bleu et blanc, alors qu’ils entonnaient des chants nationalistes appelant corps et âme à l’indépendance.

Au Kurdistan d’Irak, les autorités ne mettent aucune barrière, en permettant aux masses de se rassembler alors qu’ils lèvent bien haut le drapeau israélien, même lors du plus grand rassemblement qui s’est tenu à Dohuk, la semaine dernière, où le Président Massoud Barzani a prononcé un discours devant une foule de plus de 200.000 personnes. On doit souligner qu’aucun de ces drapeaux israéliens flottant lors de ces manifestations n’a été fabriqué sur place. Il semble qu’ils aient été importés, peut-on présumer, d’Israël et que certaines personnes attendaient véritablement le bon moment pour déployer une forme de Sionisme non-Juif extraordinairement intéressante.

En tant que Kurde qui a vécu en Israël durant environ 6 ans et qui ai rencontré probablement toutes les délégations kurdes non-officielles qui se sont rendues en Israël, je devrais admettre qu’il n’y a pas de relations solides entre Israël et le Kurdistan semi-autonome d’Irak, ou si peu. Cela dit, beaucoup de gens, des deux côtés, investissent des efforts conséquents et quotidiens pour contribuer à ce que cette relation évolue, en partant d’une relation d’amour platonique de ces deux nations solitaires du Moyen-Orient, vers une réelle coopération, que ce soit sous les radars (clandestinement) ou de façon plus officielle et ouverte.

Pour les Kurdes d’Irak, des relations ouvertes avec Israël déclencheront l’ire de leurs voisins hostiles dans la région, alors qu’Israël comprend et respecte les inquiétudes kurdes. Mais, en fait, aucun des deux gouvernements n’a jamais contraint ses citoyens à éviter d’évoquer publiquement leur sympathie mutuelle, profondément enracinée. Le Kurdistan irakien, où la langue kurde est la langue officielle inculquée à l’école, est la seule entité au Moyen-Orient animée par un sentiment d’antisémitisme zéro dans son curriculum. En Israël, les institutions universitaires et les musées font référence au nord de l’Irak comme s’appelant le Kurdistan, un nom pour lequel les Kurdes ont donné leurs vies. Le nombre de combattants sacrifiés s’élève à bien plus que la population d’autres pays, pour mériter de finir par être, un jour, reconnu officiellement comme indépendant.

Les interprétations d’une telle empathie, de la part des individus des deux côtés racontent une histoire encore plus intéressante. Un Kurde résidant en Syrie m’a dit, une fois, qu’il considère les affinités des Kurdes envers Israël comme ressemblant aux sentiments romantiques d’un jeune garçon qui hésite à frapper à la porte de sa bien-aimée, craignant que son père ne l’attrape.

Un autre ami kurde, occupant une position quelque peu officielle, me rappelait sa rencontre avec un responsable israélien important, lors d’une conférence internationale dans une capitale occidentale : « Je l’ai approché en silence, je suis resté debout près de lui pendant un certain temps, comme si j’étais en train d’écouter les autres. Puis j’ai murmuré à son oreille, sans que les autres n’entendent : « Nous vous aimons ». Après un moment étrangement calme, il m’a murmuré en retour : « Nous vous aimons aussi ». Aucun des autres invités n’a su ce que nous venions d’échanger. Nous ne nous sommes même pas souri de façon à ce que les autres ne soupçonnent rien ».

En 2013, alors que je prenais mon vol d’Erbil à Tel Aviv par Amman, une charmante femme-agent de sécurité à l’Aéroport International d’Erbil m’a dit avec un beau sourire, après avoir regardé mon billet d’embarquement : « Dites-leur que nous serons nous aussi bientôt libres, tout comme eux! ».

« Je le ferai », lui ai-je dit. « Je raconterai cette histoire autant que je le pourrai en Israël ».

En Israël, où la totalité de la population a appris le nom du Kurdistan grâce à la courtoisie des Juifs Kurdes, longtemps avant que les autres, tout autour du monde, en aient jamais entendu parler, des histoires identiques existent parallèlement. En novembre 2010, quelques jours après être arrivé à BeerSheva, j’ai demandé à un vieil homme au supermarché, lequel des paquets blancs contenait du yaourt, la nourriture nationale des Kurdes. Alors que nous entamions une petite conversation, il a appris que je venais du Kurdistan. Il m’a attrapé par le bras et s’est immédiatement tourné vers les autres personnes qui se tenaient autour de nous et leur a dit : « Regardez-le, il est Kurde. Nous avons des Kurdes qui font la guerre avec nous ».

« Ces types sont forts, regardez, il n’a même pas froid et ne porte qu’un tee-shirt à manches courtes! ». Une autre fois à BeerSheva, cela devait être en 2012, un tenancier de bar a demandé à mon ami israélien pourquoi nous parlions en anglais.

Il lui a répondu que j’étais Kurde. Après plusieurs minutes, le barman a commencé à distribuer des coups gratuits à tout le monde assis dans le bar (y compris à lui-même), a levé son verre et a crié : « Kurdistan Libre! ». Toutes les femmes et tous les hommes qui recevaient des boissons gratuites l’ont répété après lui, bien qu’aucun d’entre eux ne savait qu’un vrai Kurde était assis avec eux.

En effet, on peut en dire long sur ce potentiel d’une alliance forte judéo-kurde et à quel point cela pourrait aider les Kurdes à transférer facilement vers leur propre pays, l’expérience riche d’Israël dans de nombreux domaines, qui s’étendent de l’agriculture à l’éducation. Le Kurdistan, en retour, pourrait être l’unique nation amicale envers les Juifs au Moyen-Orient et avec son économie en plein essor, ouverte aux Israéliens, il pourrait jouer le rôle d’un allié économique fiable. Grâce à une amitié vraie, solide, développée et déclarée envers Israël, le Kurdistan pourrait aussi renforcer sa démocratie laïque.

Les étudiants kurdes et les professionnels embauchés dans les institutions israéliennes pourraient constituer des ponts culturels entre Israël et le Kurdistan, où l’histoire juive qui a traversé les âges attend encore d’être découverte et enseignée. Je suis tout-à-fait sûr que beaucoup de Kurdes, en lisant cet article sont plus intéressés par les F-16 d’Israël que par son agriculture. Mais oui, Israël pourrait aussi un jour vous enseigner comment faire voler un F-16.

Les relations judéo-kurdes nécessitent encore beaucoup de travail pour se transformer en coopération concrète et fière d’elle-même, entre les deux nations. Il y a quelques jours, l’ancien Premier Ministre notoirement sectaire, extrémiste et violent, Nouri Al Maliki a dénoncé le référendum, en déclarant que l’indépendance du Kurdistan serait la création d’un deuxième Israël et que les Arabes feraient absolument tout pour empêcher que ce rêve ne se concrétise.

En fait, ces remarques acerbes ont été faites en l’absence de véritables relations officielles entre Jérusalem et Erbil. La question, cependant, c’est que si vous êtes déjà désigné comme le Second Israël, même si vous ne l’êtes pas encore, pourquoi ne pas oser revendiquer cette désignation, alors que vos futurs pilotes sont prêts à s’entraîner réellement sur les F-16 du Premier Israël?

Par CENG SAGNIC

 

18 septembre 2017 22:04

L’auteur est  le coordinateur du Programme d’études kurdes au Centre Moshe Dayan d’Etudes africaines et moyen-orientales (MDC) à Tel Aviv.

Adaptation : Marc Brzustowski

8 Commentaires

  1. Ce sont les kurdes qui se sont le plus battu contre Daech, et il n’y a pas de raison qu’ils n’aient un pays indépendant, ils l’ont largement mérité.

  2. Admettre que les KURDES pourraient dans le temps gagner une autonomie certaine, puis une indépendance est tout à fait normal mais par simple mesure de sécurité, l’état d’Israël doit rester en permanence vigilent.

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