Le compte du Ômer: de Pessah à Chavouot (vidéo)

Adaptation Jforum 2019  manitou

 

Depuis le deuxième jour de Pessah, jeudi 9 avril, a débuté le compte du Ômer, soit une période de sept semaines qui durera jusqu’à la fête du Matan Torah, le Don de la Torah, fête de Chavouot.

Au fait, qu’est-ce que le ômer ? 

La récolte de l’orge se faisait en cette période et la mitsva était de présenter un ômer (mesure) d’orge au Temple  cependant cette période était une période de deuil car des faits regrettables ont marqué en cette longue période de 7 semaines.

La période « de Pessah à Atzeret » (Chavouot), au cours de laquelle la prescription s’applique la prescription du décompte, prend par ailleurs une connotation particulière: le Talmud rapporte par ailleurs que les vingt-quatre mille étudiants de Rabbi Akiva moururent d’une épidémie dans cet intervalle.

Des auteurs médiévaux rapportent également au nom de Haï Gaon la coutume de s’abstenir de réaliser quelque tâche que ce fût dès le coucher du soleil jusqu’au matin car c’est à ce moment que l’on enterrait les étudiants et l’on n’avait pas le cœur à travailler.

Quelques approches du Ômer

Analysant les versets bibliques relatifs à ces prescriptions, les rabbins en retirent que chacun doit réaliser le décompte à titre individuel, à partir du lendemain du jour faste de Pessah

L’ômer est, selon Rabbi Akiva, un tribut offert à Hachem après Pessah afin d’assurer une récolte abondante dans les champs au moment où celle-ci commence.

Selon le Midrash, l’homme rembourse au moyen de cette modeste mesure la manne, dont chaque Israélite avait consommé un omer par jour.

C’est par le mérite de cette prescription que Hachem aurait promis le pays de Canaan à Abraham, que les Israélites auraient été sauvés au temps de Midian au temps de Gédéon, des Assyriens au temps d’Ézéchias, des Babyloniens au temps d’Ézéchiel et des Amalécites au temps de Haman. C’est aussi par la vertu de l’omer que la paix reviendrait dans les ménages, puisque l’offrande de jalousie prescrite en Nombres 5:15 consiste en un dixième d’epha d’orge.

Le Zohar enseigne que les sept semaines qui séparent Pessah de Chavouot sont, à l’instar des sept jours qui suivent le flux d’une femme, un temps de purification de l’impureté dont les enfants d’Israël s’étaient chargés en Égypte avant de pouvoir s’unir avec Dieu et recevoir sa Torah.

Évoquant ensuite d’autres parallèles entre les sept semaines, les sept années du cycle de la terre et les sept cycles de sept ans qui annoncent le jubilé, il leur confère un rôle majeur dans l’harmonie de la création.

Par conséquent, qui ne s’acquitterait pas du devoir de compter n’annulerait pas seulement un commandement, il serait aussi appelé impur et ne serait pas digne d’avoir une part à la Torah.

Isaac Louria et ses disciples élaborent sur ces bases, insistant d’une part sur l’importance de réaliser au mieux la prescription et enseignant d’autre part ses vertus purificatrices : le décompte de l’omer pendant chaque jour des sept semaines permet de réparer le dommage causé aux sept vertus cultivées en ce monde par les sept « bergers fidèles » (Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph et David).

Ces vertus correspondent aux sept sefirot inférieures: hessed (grâce), gvoura (vaillance), tiferet (beauté), netzah (fermeté), hod (gloire), yessod (fondation) et malkhout (royauté). Chacune de ces vertus contenant les autres et étant contenues par elles, il faut une semaine pour réparer les dommages causés aux sept aspects d’une vertu, à raison d’un jour par aspect (la grâce, la vaillance qu’il y a dans la grâce, la beauté qu’il y a dans la grâce etc.).

MANITOU

Le Ômer selon Manitou

 

 

 

 

 

La polémique du Ômer

C’est dans la paracha d’Emor que la Torah énonce la mitsva du décompte de l’omer.

Ce commandement, qui consiste en substance à relier la fête de Pessa’h à celle de Chavouot par une supputation quotidienne, s’avéra être dès l’époque du Temple au cœur d’une discussion farouche opposant les Sages de la Michna à la secte des Saducéens.

Les origines du saducéisme : Au fil des siècles, les sectes et religions qui prirent racine dans le judaïsme pour s’égarer dans des croyances aussi diverses qu’hétéroclites sont en fait légion ! Parmi elles, l’une des plus anciennes est sans nul doute celle des Saducéens, à laquelle on affilie souvent aussi la secte dite des « Boëthusiens ».

Très méconnues des historiens, leurs origines se retrouvent dans nos sources traditionnelles dans un enseignement des Pirké Avot (Chapitre 1, 3), qui remonte au temps d’Antignos, disciple fidèle de Shimon le Juste – lui-même élève du prophète Ezra – qui vécut dans les toutes premieres années du Second Temple (vers 350 ans avant l’ère commune).

Dans sa maxime très notoire, ce Sage énonçait comme principe : « Ne soyez pas [dans votre service du Créateur] comme des esclaves qui servent leur maître dans l’attente d’une récompense, mais comme des esclaves qui servent leur maître sans désir de percevoir de récompense ».

Autrement dit, servir D.ieu ne se résume pas à obéir à Ses injonctions comme un travail rémunéré par un salaire, puisque l’homme est tenu d’agir par amour pur et désintéressé dans la seule intention de réaliser la volonté de son Créateur.

Mais regrettablement, deux élèves de ce Maître de la Tradition interprétèrent mal son propos.

En effet, ainsi que le rapporte Maïmonide dans son commentaire sur cette michna, « ce Sage avait deux élèves, l’un du nom de Tzadok et le second du nom de Baytouss. Lorsqu’ils entendirent cet enseignement de la bouche du maître, l’un dit au second : ‘Voici, le maître a clairement énoncé que l’homme ne méritait aucune récompense ni aucune punition pour ses actes, et que tout espoir futur était exclu’ – car ils n’avaient pas saisi le sens véritable de ses paroles. Ils prirent appui l’un sur l’autre, s’écartèrent de la communauté et renoncèrent à la Torah. Autour de chacun d’eux se formèrent des sectes que nos Sages désignèrent par Tsdoukim et Baytoussim ».

A l’origine, poursuit le Rambam, la doctrine de ces élèves dissidents n’était qu’une contestation pure et dure de tous les enseignements de la Torah écrite et orale.

Néanmoins, constatant que leurs adeptes potentiels « les lyncheraient plutôt que contester la Torah », ils se résolurent ensuite à prêcher la foi en la Torah et à rejeter la tradition orale qui, selon eux, manquait d’« authenticité ».

De la sorte, ces hommes purent se dispenser en toute légitimité des préceptes transmis par tradition, des décrets rabbiniques ainsi que de leurs institutions, et s’arroger, ce faisant, la liberté d’interpréter la Torah comme bon leur semblait !

Désignées à l’ère talmudique comme appartenant au courant « saducéen », conclut le Rambam, ces sectes donnèrent jour par la suite en Égypte à la sinistrement notoire secte des caraïtes qui connut une grande expansion au début du Xe siècle de l’ère commune.

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Yonathan BENDENNOUNE (Source : ‘Hamodia-Edition Française)

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