La Russie a déclaré qu’elle se retirait des négociations avec le Japon visant à signer un traité de paix officiel de la Seconde Guerre mondiale en raison de la position ferme de Tokyo contre l’invasion de l’Ukraine par Moscou.

« La partie russe, dans les conditions actuelles, n’a pas l’intention de poursuivre les pourparlers avec le Japon sur le traité de paix », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué le 21 mars. La Russie et le Japon n’ont jamais signé de traité de paix pour mettre officiellement fin à la Seconde Guerre mondiale. L’un des principaux problèmes concerne les revendications concurrentes sur les droits territoriaux sur les îles Kouriles, que Tokyo appelle ses territoires du Nord. Les troupes soviétiques les ont saisies au Japon à la fin de la guerre, et la Russie occupe toujours le groupe d’îles.

Rupture des pourparlers

Suite à l’invasion brutale de l’Ukraine par la Russie, les autorités de Tokyo ont exprimé leur ferme condamnation et se sont jointes à leurs partenaires occidentaux pour imposer des sanctions à Moscou. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré avoir interrompu les pourparlers « en raison de l’impossibilité de discuter du document de base sur les relations bilatérales avec un pays qui a adopté une position ouvertement hostile et s’efforce de nuire aux intérêts de notre pays ». Le communiqué indique également que la Russie mettait fin à un régime sans visa pour les Japonais souhaitant visiter les îles contestées. De nombreux japonais avaient voyagé pour visiter les tombes de leurs ancêtres.

En l’absence de traité de paix, la Russie et le Japon toujours en guerre

L’archipel des Kouriles est une chaîne insulaire discontinue qui s’étend de la pointe Nord de l’île d’Hokkaidō à la pointe sud de la péninsule russe du Kamtchatka et qui marque la séparation entre la mer d’Okhotsk et l’océan Pacifique. Les Kouriles comprennent quarante îles et couvrent une distance de près de 1 300 kilomètres. Elles sont habitées par une petite quantité de Russes qui restent cependant majoritaires, et sont administrées par Moscou depuis 1945. Ce différend territorial trouve son origine dans la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et dans la Seconde Guerre mondiale. En raison de l’absence de Traité de paix liant la Fédération de Russie à l’État japonais à ce jour, les deux pays restent formellement toujours en guerre, ce qui ne les empêche pas, dans les faits, d’entretenir d’étroites relations diplomatiques.

Les îles de la discorde

Passées de main en main entre l’actuel Japon et l’actuelle Russie depuis la fin du XIXe siècle, les îles Kouriles (et Sakhaline) ont été l’objet de nombreux rebondissements. Le litige porte aujourd’hui uniquement sur les Kouriles du Sud, sous contrôle effectif de la Fédération de Russie depuis 1945 et revendiquées par le Japon qui les nomme les « Territoires du Nord«  (Hoppō Ryōdo). Cette zone géographique regroupe les îles Itouroup ou Etorofu-tō, Kounachir ou Kunashiri-tō, Chikotan ou Shikotan-tō et le groupe d’îles d’Habomai ou Habomai-shotō.

De laborieuses tractations

Les autorités japonaises sont claires concernant la paternité revendiquée des îles. Le site internet du ministère des Affaires étrangères japonais affiche que les quatre îles sont « une partie inhérente du territoire du Japon, jamais détenue par un pays étranger ». Tokyo s’appuie la présence du clan Matsumae qui a administré les îles les plus proches d’Hokkaidō durant la période Tokugawa et invoque souvent le Traité de Shimoda qui reconnaît que les Territoires du Nord font partie intégrante du Japon. Pour ce qui est de la clause de renonciation des îles Kouriles par Tokyo figurant dans le Traité San Francisco, le pays du Soleil-Levant affirme qu’il n’a jamais estimé que les Territoires du Nord faisaient partie des Kouriles. En 1981, la Japon proclame le 7 février comme étant le « jour des territoires du Nord ». En 2008, le gouvernement nippon fait introduire dans les manuels scolaires que ces territoires appartiennent au Japon. Pour la diplomatie nipponne, la question territoriale prime puisque cette « restitution » est la condition préalable de la signature d’un Traité de paix avec son voisin russe. En d’autres termes, Tokyo ne souhaite conclure la paix qu’après le transfert officiel des Territoires du Nord. La Russie ne voit pas les choses du même œil puisqu’elle propose le contraire : discuter des Kouriles du Sud uniquement après la conclusion d’un Traité de paix. Moscou se targue du fait que les Kouriles du Sud faisaient partie intégrante du territoire de l’Union soviétique lors de la fin de la Seconde guerre mondiale et que la souveraineté russe serait donc « incontestable » et « conforme au droit international ». Ensuite, la Déclaration soviéto-japonaise, postérieure au traité bilatéral de Shimoda, a entériné la volonté des Russes et des Japonais à transférer uniquement les îles d’Habomai et Shikotan-tō sous le giron nippon en cas de « conclusion d’un Traité de paix ».

JForum – RadioFreeEurope – Japanization

1 COMMENTAIRE

  1. Le Monde change, et les accords de Yalta, que subissait De Gaulle et dont se plaignait Mitterrand, ne seront bientôt plus que du passé. Avec 142 millions d’habitants et en déclin démographique grave, la Russie ne pourra plus tenir un territoire de 17 millions de km carrés. L’affaire ukrainienne révèle la faiblesse grave de son armée. Les russes craignent manifestement le Japon et demandent un traité de paix avant de rendre les Kouriles, que profitant des frappes nucléaires américaines de 1945, ils se sont empressés de voler dans les jours qui suivaient.

    Si, comme le souhaitent les américains, la Russie s’effondre, les Chinois annexeront l’Extrême-Orient russe et la Sibérie, qu’ils ont largement de quoi peupler et exploiter, et le Japon reprendra les Kouriles et peut-être Sakhaline. C’est la marche, et la répétition de l’Histoire, rien de nouveau sous le soleil comme disait Qohelet.

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