Avec la sidra CHeMoT nous commençons l’étude du deuxième livre du Pentateuque qui, en hébreu possède plusieurs noms dont CHEMOT (les noms) et en français l’EXODE puisqu’il est question ici des conditions qui ont favorisé la sortie d’Egypte et le début de cet exode qui durera 40 années, et la longueur de 4 volumes du Pentateuque….
Ainsi, nous commençons une période sérieuse de six semaines qui est surnommée les « shovavim » (en hébreu shovav signifie : espiègle) ici ce mot regroupe simplement les initiales des 6 sidrot : SHemoth, Vaéra, Bo, Beshalah, Ytro, Mishpatim.
A propos de ces six semaines le Maharal de Prague, enseigne que cette période – au cours de laquelle les communautés organisent des taânioth dibour (jeûnes de la parole) principalement les lundis et jeudis avec des journées d’études – est faite pour nous permettre de procéder à une séparation entre nous et la
matérialité.
Nous reviendrons, plus bas, sur cette notion de matérialité, car notre parasha commence par les mots « Veélé chemoth » : et voici les noms….. et de très nombreux commentateurs s’interrogent sur le fait que dans la section hebdomadaire que nous avons lue la semaine passée (Vayehi), la Torah a déjà abordé ce thème des noms de tribus qui sont descendues en Egypte.
Pour quel motif dans cette nouvelle péricope, la Torah prend-elle donc la peine de citer à nouveau les douze tribus ? Rashi, déclare que, d’après lui, cela signifie que, malgré les années de souffrance, loin de Canaan, après que Jacob ait disparu ainsi que Joseph et ses frères, ils ont conservé leurs noms, ils ne les ont pas adaptés à la mode égyptienne. Ils vivaient tous en terre de Goshen, terre qui avait été offerte à Sara par le roi d’Egypte qui l’avait enlevée. Les enfants d’Israël s’étaient installés là, sans discuter. Ils ont conservé leur langue, leur vêtement (façon de se vêtir comme avant, en Canaan) et surtout leurs noms… suivant avec piété les conseils prodigués par Joseph avant de mourir.
De même, tous les enfants de Jacob se sont faits enterrés en Israël, d’après la Torah et la littérature rabbinique, les enfants de Jacob ont été ensevelis chacun sur le territoire octroyé à sa tribu1.
La Torah aborde la question du nouveau roi qui s’est élevé sur l’Egypte et qui ne connut pas Joseph. Pourquoi s’est-il acharné contre les Enfants d’Israël ? Les Sages confient leur opinion : d’une part parce qu’ils apparaissaient comme une nation au milieu d’une autre nation, parce qu’ils s’exprimaient dans un autre idiome d’autre part, parce que leur apparence était différente, qu’ils n’étaient pas idolâtres et bien d’autres choses encore… Il y avait encore une raison d’importance : les hartoumim (devins) du Pharaon avaient dévoilé à leur souverain qu’un enfant mâle naîtrait chez les Hébreux et qu’il serait lié à l’élément « mayim » = eau et que cet enfant serait le Libérateur d’Israël.
La fureur du monarque fut telle qu’il décréta cette menace à la source en exterminant tous les bébés de sexe masculin en les jetant dans l’eau et, de manière à être certain que ce décret serait appliqué, il convoqua les sages-femmes juives et leur ordonna de tuer tous les petits garçons qui naîtraient dorénavant en leur indiquant comment les tuer par strangulation avant qu’ils ne poussent leur premier cri et faire en sorte ainsi que nul n’ait vent de l’affaire. Shifra et Pouah les deux sages-femmes en question n’étaient autres que Yokhéved et Myriam.
La Torah inscrit : Vayélekh ish mibeith Lévy vayikah …… (un homme de la tribu de Lévy alla et il prit une fille de chez Lévy). Pour comprendre ce que le texte sous-entend, il faut connaître la lexicographie rabbinique : Vayélekh signifie il est parti mais cela s’emploie dans un autre sens : c’est-à-dire il s’est séparé…. Beith Lévy = une épouse est appelée également « bayith » Vayikah =il a épousé….(Kli yakar).
Ce verset signifie donc qu’un homme de la tribu de Lévy a divorcé d’une femme de la tribu de Lévy puis, il a épousé une fille de Lévy. Les noms de ces personnes ne sont pas portés. Le midrash, comme très souvent, vient nous éclairer : devant le décret cruel de Pharaon, Amram qui était marié à Yokhéved, en a divorcé afin de ne plus procréer davantage. Myriam, jeune prophétesse, rétorque à cette décision paternelle en opposant ce raisonnement : Père, tu es encore plus féroce que Pharaon car lui veut faire mourir les garçons mais, toi, tu condamnes aussi les filles qui pourraient naître. Devant ce raisonnement implacable, Amram revint sur le guett et ré épousa Yokhéved. Ce remariage resta secret. Et, six mois plus tard naquit un garçon dans ce foyer.
Le texte fournit d’autres détails : lorsque le bébé naquit, la maison s’emplit de lumière et l’accouchée vit que son fils était « bon/bien »…. Elle le garda 3 mois..
Les commentaires fusent et la guemara2 conforte ces opinions de différentes manières : selon Sanhédrin la mère le trouva « bien » et il n’était donc que Moshiâ (sauveur) et non pas Mashiah. Pour d’autres elle le trouva bien, parce qu’il naquit circoncis. Au sujet de la lumière qui emplit la maison, Yokhéved comprit qu’il ne s’agissait pas de n’importe quelle lumière, mais de celle si particulière qui baigna le monde avant qu’Adam ne commit la première faute.3
Les Hébreux sont soumis à de très durs travaux et nombreux sont ceux qui s’interrogent : lorsqu’HaShem conclut une alliance avec Abraham (brith beyn habetarim : « l’alliance des morceaux ») et que l’Éternel avertit le patriarche : « sache que ta descendance sera exilée pendant 400 ans dans un pays qui ne sera pas leur » pourquoi l’homme sage que fut notre ancêtre ne se livra-t-il pas à un marchandage tel que celui qu’il mena pour les gens de Sodome ? Pourquoi, apparemment, accepta-t-il sans rien dire pour tout au moins diminuer ces 400 ans ?
Le Alshikh HaKadosh, le Megaleh Amoukoth et bien d’autres expliquent ce point à partir du songe de l’échelle de Jacob : pour la plupart des commentateurs, les 4 échelons de l’échelle concernent les 4 exils avec des durées différentes d’exil mais, il y a également un parallèle à tirer nous enseignent ces très grands sages : avant que ne parut Abraham 4 fautes (hatayim) furent commises par l’humanité en 4 générations : la génération d’Enosh, celle du déluge, celle de la Tour de Babel et celle des gens de Sodome.
Des allusions à ces fautes se trouvent dans les mots concernant l’échelle de Jacob : il est écrit הנה סולם מוצב ארצה : c’est-à-dire et voici l’échelle était fixée à terre mais, on remarquera que les lettres qui sont en caractères gras forment les initiales des quatre générations fauteuses de trouble : le Alef pour Enosh, le Mem pour Maboul (déluge), le Hé pour Haplaga (Tour de Babel) et le Samekh pour Sodome. Ces initiales se retrouvent en un seul mot que le roi David a utilisé dans l’un des 150 psaumes : psaume 6 verset 7 où il fait allusion au chagrin qu’il éprouve au regard des fautes commises : יגעתי באנחתי אשחה בכל לילה מיטתי ערשי אמסה.
Les fautes commises par les gens qui ont fauté, devaient être rachetées par leurs descendants avant que le peuple ne reçoive la Torah. Ainsi, ceux qui voulurent édifier une tour pour observer le Créateur n’ont pas voulu utiliser les pierres de la Création mais se sont mis à fabriquer des briques et ils furent punis par des briques qu’ils devaient fournir en quantité astronomique et perdre ainsi, éventuellement, leurs enfants s’ils n’arrivaient pas à fabriquer la quantité imposée….
Les descendants des gens de Sodome qui furent aveuglés moururent pendant la plaie des ténèbres et ainsi de suite. Les « avodoth parekh » (les très durs travaux d’esclavage) puisqu’ils travaillaient sans discontinuer ont pesé lourd dans la balance pour le « rachat » des fautes et c’est pourquoi nos ancêtres ne sont finalement pas restés 400 ans mais 210 ans pour avoir travaillé dur nuit et jour!
Le père de Moïse était un homme pur, qui ne comptait aucune infraction à son passif. Il était l’un des quatre personnages bibliques qui n’avait aucune faute. Tout comme Benjamin, fils de Jacob et Rahel, ou comme Jessé père de David et Kile’av fils de David.
Le Maharal de Prague affirme que, peu importe qui eût pu être son père ou sa mère, il devait naître dans la tribu de Lévy étant donné que le rôle qui allait être le sien exigeait d’être proche des « hautes sphères » et de se couper de toute la matérialité comme devaient l’être tout ressortissant de la tribu de prêtres. Comment sait-on cela s’interroge le grand penseur de Prague ? Car, en général, pour la naissance de ses enfants, Léa nomma elle-même ses fils : ותקרא שמו ראובן (genèse 29,32) or, pour la naissance de Lévy le texte change légèrement et il est écrit : עלכך, קראשמו לוי (genèse 29, 34) soit : « on l’appela Lévy » car énonce le Midrash : Avant de naître, Lévy « comparut » devant HaShem qui lui conféra tout ce qui devait devenir l’apanage des Léviyim et des Cohanim et c’est la raison pour laquelle il est écrit « on l’appela Lévy » et non pas elle l’appela Lévy… Cette tribu fut désignée pour ce rôle sacerdotal avant toute chose.
Lorsque Moïse fit paître les troupeaux de son beau-père Yitro, il était arrivé au pied du Mont Horeb/Sinaï et lorsqu’il aperçut le buisson qui ne brûlait pas, et, lorsqu’il s’approcha et qu’il perçut la Voix divine l’appelant, l’Eternel lui confia que s’IL S’était positionné en quelque sorte dans un buisson épineux et pas dans une autre sorte de buisson c’est parce que sachant que le Peuple souffrait, IL S’est posté en ce lieu (midrash).
Sur deux points particuliers nous allons nous arrêter le premier étant : l’appel de D à Moïse et le lien des chaussures avec ce lieu.
Dans le Tanakh tout entier, nous relèverons qu’HaShem ne S’est adressé, véritablement, qu’à quatre personnages : Abraham, Jacob, Moïse et Samuel le prophète qui fut consacré par sa mère bien avant sa conception. Les Sages remarquent que cet appel, s’il est le même pour Abraham, Jacob et Samuel, diffère toutefois pour Moïse car, en effet, pour les deux patriarches et le prophète, le nom du personnage apparaît deux fois avec une séparation qui se trouve être un signe de cantillation et qui se nomme « passka » qui indique à celui qui lit la Torah qu’il doit faire une légère pause entre les deux noms. Mais, au contraire, pour Moïse, les deux mots doivent être lus ensemble un peu comme si HaShem voulait signifier à Moïse que cet appel est urgent conte le Midrash. D’autres midrash font remarquer autre chose : c’est que si les patriarches et le prophète prophétisaient de temps à autres, au contraire, Moïse, dès le moment où il « accepta » sa mission, fut en « contact » – dirons-nous aujourd’hui- de manière constante avec HaShem et absolument, sans aucune interruption.
HaShem ordonne à Moïse de se délester de ses chaussures, car ce lieu est saint. Le Mont Sinaï est saint à tel point que, lorsque le temps approcha de recevoir la Torah, quiconque serait approché de la montagne eût été tué.
Lorsque Yehoshoua (Josué) succède à Moshé, il doit ôter une sandale. Pourquoi Moïse doit-il ôter ses deux chaussures ? Encore une fois, les textes midrashiques soulignent la différence existant entre Moïse et Josué : celui-ci vit/rencontra un Ange tandis que Moshé parlait avec D sans cesse et directement….
Quel est la raison pour laquelle dans un lieu saint il faut se déchausser (les léviim et les Cohanim évoluaient dans le Temple complètement déchaussés.
Le Shlah HaKadosh enseigne au nom de son Maître qu’il faut saisir en ceci une allusion au fait que l’homme (le genre humain), domine les autres domaines4 et c’est la raison pour laquelle, le minéral peut être utilisé par l’humain pour se chauffer par exemple, sur le végétal pour se nourrir et se vêtir par exemple et sur l’animal également pour se nourrir et pour se vêtir et/ou se chausser. La guemara berakhoth insiste sur le fait qu’en prononçant la bénédiction de « shéâssani kol tsorkhi » l’homme exprime sa gratitude au Créateur d’avoir mis à sa disposition toutes sortes de moyens pour lui permettre de dépasser toutes les difficultés matérielles qui peuvent se présenter à lui.
Rabbi Hayim de Vologine écrit que l’âme quin est contenue dans le corps humain n’est en réalité qu’une infime partie de l’âme qui se trouve dans le royaume des Cieux. Cette petite partie est contenue avons-nous dit, par le corps tout comme la jambe et le pied sont contenus par la chaussure et c’est ce qui nous permet de marcher et d’évoluer de par le monde.
Le célèbre philosophe souligne que tout peut faire l’objet d’une cession, tout peut-être hérité on peut hériter une maison, un compte en banque on peut même hériter d’un don mais deux choses ne peuvent faire l’objet d’un héritage : l’âme et les chaussures. Tout le monde peut comprendre que l’âme est strictement individuelle mais pourquoi les chaussures ? Sans doute parce que tout comme le corps soutient l’âme qui est spirituelle, la chaussure soutient le corps qui n’obéit qu’à des pulsions matérielles.
C’est ainsi que dès « l’entretien » au Mont Sinaï, Moïse ne se consacra qu’à ce rôle entièrement spirituel pour être constamment disponible pour le Saint béni soit-IL, et il entreprit de se couper entièrement de tout l’aspect matériel de la vie terrestre.
Le Rav Hayim Vital que nous avons cité souvent lors des commentaires précédents a souligné que l’homme, l’être humain est formé à partir de la terre (homer) mais, si le Créateur a prélevé du limon, du homer des 4 coins de la terre, il a été formé aussi des 4 éléments : terre (עפר), vent (רוח), eau (מים) et du feu (אש).
Les conseillers du Pharaon ont compris que de l’élément « eau » viendrait la rédemption du peuple juif car l’eau représente l’envie et les vices de tous ordres or, les eaux du déluge ont bien noyé tous les vices.
Bithya a nommé Moïse car dit-elle elle l’a sorti des eaux. On ne sait pas comment cela a été traduit en langage égyptien mais on sait comment il s’est appelé dans la Torah et en réalité Moshé signifie réellement qu’il a sorti de l’eau (Israël) sinon il aurait dû s’appeler Mashouy….
De même que Bereshit a conté les débuts de l’Humanité, Shemot raconte les fondements d’un peuple que Pharaon avait déjà cerné, étant donné qu’il désigna cette assemblée « am » : peuple…

Caroline Elishéva REBOUH

1 Ainsi, Réouven, Shimon, Lévy, Gad et leur sœur Dina ont une sépulture sur le Mont Arbel, Issakhar et Zevouloun à Tyr, Yehouda à Ohr Yehouda, Asher et Naftali en Galilée (du côté de la route 889) Dan près de Beith Shemesh, Joseph à Shekhem, Binyamine près de Kfar Saba.

2 Baba Batra, Sanhédrine, berakhoth….

3 Ohr haGanouz (la lumière qui fut cachée aux humains).

4 L’animal, le végétal, le minéral.

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