KI TISSA 5781 LES AROMATES POUR L’ENCENS

Cette sidra est longue et riche, puisqu’elle évoque plusieurs sujets importants au long de 139 versets ; il est en effet question du mahatsith hashekel (le demi-shekel qui doit être prélevé pour le fonctionnement du Tabernacle), du kior, ou sorte de cuve en cuivre contenant de l’eau pour les ablutions des cohanim (prêtres) et du lavabo y attenant, des aromates à brûler quotidiennement, de l’huile d’onction pour le prêtre. A la faute du veau d’or est consacré tout un chapitre (35 versets), soit le quart de la section hebdomadaire.

Puis, il est question de la Tente du Témoignage et de la Tente d’Assignation, du Shabbat et des fêtes qui se succèdent au long de l’année. ET, des nouvelles tables de pierre taillées, cette fois-ci, par Moshé et gravées par le « doigt de D ».

Parmi les ustensiles (kelim כלים) du Mishkan, se trouve une table (shoulhan שלחן) spéciale pour y faire brûler l’encens deux fois par jour chaque jour de l’année.

La Torah ici ne cite que 4 aromates, alors que dans la Beraïta et le Talmud, dans deux traités notamment, sont donnés de plus amples détails sur la présentation de l’encens, mais surtout, sur les différents ingrédients qui composent cette offrande quotidienne. En dehors de ces 4 aromates, le traité de Keritout donne des détails sur d’autres éléments : aromates et autres matières qui sont obligatoires pour que certaines épices soient présentées de manière optima, et qui sont indispensables pour que la consumation se fasse fidèlement aux instructions divines.

Les initiales des 4 épices nommées dans la section (chapitre 30 versets 34 à 36) forment le mot shoulhan שלחן : (shehéleth) ou ongle aromatique : שחלת il s’agit d’une plante aromatique, nous renseigne Rashi, dont la racine est employée, qui est lisse et brillante comme le sont les ongles ; puis l’oliban ou levona לבונה ; puis le galbanum ou helbana חלבנה qui est une essence dont l’odeur est tout-à-fait déplaisant ; et enfin, nataf, ou baume נטף.

La question est de savoir pour quelles raisons la Torah ne cite que 4 ingrédients parmi 11, et aussi pourquoi une essence dont la senteur est déplaisante ? Les exégètes s’entendent pour employer une métaphore : ces onze essences aromatiques représentent un ensemble de personnes. De même que les hommes ne se ressemblent pas, les plantes ne sont pas semblables non plus, et de même que dans un quorum il peut y avoir des gens bien, il peut y en avoir un qui le soit moins que les autres. En incluant un élément désagréable en plus de dix autres agréables, l’ensemble sera parfait, chacun contribuant avec ce qu’il a à parfaire un tout.

Ces 4 senteurs sont indissociables des sept autres, et chacune a un rôle, de même que la mouture des aromates se doit d’être très fine et que les mesures se doivent d’être exactes ; il est à remarquer que les onze essences se partagent en deux groupes de 4 et un de 3 : le premier groupe de 4 se présente avec une quantité de 70 « portions » pour chaque élément, le deuxième groupe de 4 est à 16 « portions » de chaque, et pour le troisième groupe, les quantités sont différentes : l’un est à 12, un autre à 3, et le dernier à 9….

En ajoutant toutes ces portions, nous arrivons au total de 368 portions, qui est exactement le poids nécessaire aux 365 jours de l’année, y compris les 3 poignées nécessaires à Yom Kippour. Les Cohanim se transforment en apothicaires, car ils doivent réduire en poudre extrêmement fine l’ensemble de ces ingrédients pour les mélanger et en faire de l’encens qui sera agréable à HaShem de sentir.

L’encens est composé donc de plusieurs essences qui se mixent fort bien, et il est interdit à l’homme d’en faire un similaire, et dans les mêmes proportions.
L’exemple du « ketoret » (encens) est là pour prouver que chaque individu possède ses propres qualités et ses propres défauts ; chacun présente des avantages et des défauts, mais chacun peut apporter du positif à la collectivité. A telle enseigne que le galbanum (helbana) qui est mal odorant mais intervient à la même proportion que l’oliban (levona) qui est un arôme délicat, et malgré tout, le galbanum est complémentaire des autres pour une senteur si agréable qu’elle fait ignorer les odeurs de l’abattage des animaux sacrifiés. De plus, nous conte la mishna, les effluves se répandaient jusqu’à Jéricho, et les femmes de Jérusalem n’avaient point besoin de se parfumer…

C’est ainsi que l’on peut prendre en compte que même quelqu’un qui n’étudie pas, ne prie pas, ne fait aucune mitsva peut apporter tout de même quelque chose de positif à l’ensemble du peuple, à l’instar des branches de saule qui sont adjointes au bouquet des quatre espèces.

L’encens a pour propriété d’éloigner les épidémies et la mort comme il en est question dans la Torah (section de Korah).
Alors que l’autel des sacrifices et tout ce qui concernait les sacrifices se trouvait à l’extérieur du Sanctuaire, l’autel des parfums et la menora se trouvaient à l’intérieur. Le Cohen devait allumer les lumières en deux temps, en intercalant l’allumage de l’encens, afin que soient mêlées les odeurs de l’huile d’olives et celles de l’encens.

En dehors de ces aromates, on se servait d’ingrédients divers pour embellir ou pour renforcer les différents aromates en les polissant ou en les affinant ; la girofle, par exemple, devait macérer dans du vin pour accentuer son parfum ; le borith karshina (soude) servait à polir l’ongle aromatique pour rendre cette racine plus brillante. Pour faire prendre feu, était utilisé un ingrédient désigné par les mots « ma’âlé âshan », ou quelque chose qui « fait s’élever la fumée ».

La guemara dit que pour cela peu importe ce qui sera employé. Cependant, il est utile de souligner qu’en ce temps, seuls les hommes de la famille Avtinos savaient exactement de quelle herbe il s’agissait, et que le secret était gardé jalousement dans cette famille. Cet ingrédient avait la particularité de faire s’élever la fumée dégagée par la combustion de l’encens en une colonne bien droite se dirigeant vers les cieux tout le temps de la consumation des aromates. Ce secret, comme beaucoup d’autres se perdirent après la destruction du deuxième Temple.

A Jérusalem, le MAKHON HAMIKDASH (Institut du Sanctuaire) qui travaille depuis des dizaines d’années à reconstituer les kélim (ustensiles) du Temple et tout ce qui concerne le travail des Cohanim (prêtres) au temps où le Temple existait a fait des recherches concernant ce « ma’âlé âshan », et ils seraient presque certains que l’herbe en question se nomme Leptadenia pyrotechnica. Cette plante, comme d’autres espèces aromatiques entrant dans la composition de l’encens, provenaient d’Asie et de pays divers.

Ainsi, se pose-t-on des questions sur ces espèces végétales et animales qui existaient au temps où le Temple existait, et qui sont introuvables aujourd’hui… Autant d’interrogations s’imposent en ce qui concernent certains ustensiles du Temple dont nous savons qu’ils n’ont pas été pris comme trophée de guerre, comme l’arche d’Alliance dans laquelle ont été enfermées les tables de pierre gravées du « doigt » de D. le pot contenant un échantillon de la manne céleste que nos ancêtres ont mangé quarante années durant dans le désert….

Parmi les légendes basées sur les relations entre le Roi Salomon et la Reine de Saba, il est une indication selon laquelle, le prince Ménélik, né des amours royales entre les deux souverains, après avoir été éduqué et reçu les préceptes judaïques sur lui, dut regagner l’Ethiopie accompagné de fils de Lévites, et enleva subrepticement l’Arche d’Alliance (Aron HaBrith ou Aron Ha’Edouth ou Arche du Témoignage) : ארון הברית או ארון העדות.

Il s’agit d’un coffret en bois entièrement recouvert d’or, qui, lorsque le Saint des Saints fut « terminé », trouva sa place en ce lieu d’une extrême sainteté.
D’après certaines indications, ce coffret se trouve donc en Ethiopie et fut « récupéré » par des prêtres qui l’enfermèrent dans une église.
Rien n’est perdu, et sans doute tout reprendra sa place au moment choisi de la Rédemption finale qui semble se rapprocher de plus en plus…

Caroline Elishéva REBOUH

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