Haazinou: “Que s’infiltre mon enseignement comme la pluie”

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A propos du deuxième verset de la paracha Haazinou (traduction littérale) :

« Que s’infiltre mon enseignement comme la pluie, que coule ma parole comme la rosée, comme des averses sur la verdure, et comme des ondées sur l’herbe », en hébreu : yaarof kamatar lik’hi tizal katal imrati kis’irim alé déché vékhirvivim alé essev.

Ce verset parle de la façon dont le maître invite l’élève à goûter aux eaux de la Torah.

1- Yaarof kamatar lik’hi : lik’hi désigne « mon enseignement ». Il s’agit de la Torah appelée dans le livre des Proverbes léka’h tov, un bon enseignement : « Je vous ai donné un bon enseignement, n’abandonnez pas Ma Torah ! ».

Dans le verset, il n’est pas dit que la Torah doit être dispensée avec violence et de manière forcée. Bien au contraire, on parle de pénétration de la connaissance de la Torah de manière douce.

A propos du mot yaarof « que s’infiltre », Rachi dit qu’il s’agit d’un mot évoquant un « goutte à goutte ».

Ainsi, mon enseignement devra toucher les esprits doucement et très progressivement, goutte après goutte, connaissance après connaissance, à l’instar d’une pluie bienfaitrice.

C’est ainsi que la Torah pénètre en l’homme qui a su devenir, par sa maîtrise de la patience, un récipient ou kéli adéquat pour sa réception. Ainsi les initiales des trois mots Yaarof Kamatar Lik’hi, forment le mot Kéli.

Cette connaissance ne doit pas rester l’apanage d’une élite, mais elle doit s’étendre à toutes les composantes du peuple, à savoir Kohen, Lévi, Israël, dont les initiales forment le mot Kéli.

C’est de cette manière qu’avec un arrosage doux et progressif, il est possible de faire pousser de beaux fruits à travers notre étude de la Torah. Une allusion à cela se trouve dans les lettres finales de yaaroF kamataR lik’hI qui forment le mot Péri, fruit.

C’est notre éloignement des valeurs de la Torah qui nous a conduits à contracter une maladie dans notre âme. Ceci rappelle qu’un malade doit être alimenté d’abord au compte- goutte, puis quand il commence à reprendre des forces, il est possible d’augmenter progressivement la dose.

Ainsi, dans le verset, la Torah parle d’abord de yaarof, une délivrance du liquide qui se fait au goutte à goutte.

2 -Tizal katal imrati
C’est seulement ensuite que la Torah poursuit en employant le verbe tizal, (lié à nozal s’écouler), relatif à un liquide qui s’écoule sans interruption : tizal katal imrati, que coule ma parole comme la rosée.
La place des deux verbes semble étonnante.

En effet, puisqu’au départ, la Torah emploie le verbe yaarof, lié au goutte à goutte, elle aurait dû comparer cela à la rosée (on parle bien des gouttes de rosée).

Pourtant, elle évoque matar, la pluie qui semble s’écouler avec plus de force que la rosée. De plus, lorsqu’il s’agit d’évoquer la rosée, elle emploie le verbe tizal, lié à l’écoulement (a priori sans interruption comme un jet d’eau, et cela ne concerne pas la rosée !). Essayons de résoudre cette difficulté.

a. Lik’hi : littéralement, cela signifie « ma prise », léka’h étant lié au verbe laka’hat, prendre. L’homme au départ souhaite s’emparer de la Torah : il pense naïvement pouvoir la saisir, la prendre comme il le ferait pour n’importe quel objet …

A celui qui agit de cette manière, le maître répond : yaarof, c’est-à-dire que la Torah s’apprend progressivement, au compte- goutte. Cependant, sache que si tu sais apprendre dans l’ordre, étape après étape, alors, tu auras droit à une réception plus grande de la Torah : kamatar, comme la pluie qui s’écoule et revivifie tout l’être, ainsi l’étude de la Torah te transformera. Mais pour cela, il faut d’abord la recevoir à petite dose.

b. Mais la Torah s’appelle aussi imrati, ma parole. Sache que même si tu n’en comprends qu’une très faible partie, (ne serait-ce qu’une parole), à l’instar du volume d’une goutte de rosée (katal), malgré tout, si tu t’attaches avec persévérance à Ma Parole, imrati, alors, elle finira par s’épancher sur toi dans un écoulement continu (tizal).

3. Kis’irim alé déché : comme des averses sur la verdure.

Le targoum onkelos (rapporté par Rachi) traduit kis’irim par des vents de pluie. Ces vents qui amènent la pluie avec eux renforcent la végétation.
Cela fait allusion à l’étude en groupe, en particulier l’étude de la Torah orale, dans la « tempête » ou le tumulte de la maison d’étude, le beit hamidrach.

Car au départ, l’homme ne pouvait recevoir la Torah qu’au compte-goutte (yaarof kamatar lik’hi). Puis dans son apprentissage de la Torah, il fut en butte à difficultés de compréhension : il voulait goûter à la pluie matar, mais il ne goûta qu’à la rosée tal.

Cependant, en persévérant, il reçut des forces pour que la Parole divine s’écoule sur lui sans discontinuer (tizal), ce qui lui valut l’accès aux vents de pluie, l’agitation bruyante de la maison d’étude (kis’irim alé déché). Cela lui permit d’avoir une connaissance générale de la Torah : déché, la verdure désigne un terme générique où les éléments végétaux ne sont pas différenciés.

4. Kirvivim alé essev

Mais c’est en demeurant au beit hamidrach qu’il en vint à découvrir la beauté insondable de la Torah : kirvivim alé éssev, comme des ondées sur l’herbe …

C’est-à-dire qu’il découvre des multitudes d’enseignements (kirvivim de la racine ribev multiplier par myriades) sur chaque détail, chaque « brin d’herbe » de la Torah.

Telle était dès le départ la finalité de l’enseignement prodigué par le maître : faire goûter à l’élève les eaux de la Torah, tout d’abord progressivement, puis dans une cadence plus accrue, afin de finalement lui offrir la possibilité de découvrir à son tour la richesse extraordinaire de la Torah dans ses multiples facettes.

Et la téchouva et le pardon des fautes passent essentiellement par l’étude de la Torah. Car l’étude de la Torah répare énormément. Ainsi, comme il serait bon de prendre des décisions en ce début de nouvelle année, afin d’amplifier notre étude ? Chacun selon son niveau, et de façon progressive, auprès d’un maître de la Torah qui saurait susciter en nous l’amour de son étude. Que H’ nous aide à revenir à lui de tout notre cœur.

Shavoua tov et que le jeûne de Kippour se passe dans les meilleures conditions.

Shmouel Darmon

 

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