8 mars: droits des femmes? Quels droits?

De la  « Journée féminine » (sic) aux ateliers de maquillage, la Journée des Droits de la femme sera célébrée comme il se doit au Consistoire. Droits des femmes, quels droits des femmes ? Le droit surtout de « rester à leur place » sous peine non pas d’être menacée d’exclusion mais d’être exclue, d’être désignée à l’opprobre générale, diffamation en plus, avec menaces de poursuites judiciaires pour agrémenter. Il y a ceux qui ont refusé la candidature d’une candidate au motif que  « les conditions de sa candidatures n’étaient pas prévues par les statuts » mais qui ont sans problème fermé les yeux pendant un an et demi sur le candidat qui violait les statuts en allant au-delà des ses trois mandats statutaires déjà effectués. Mais comment comparer, alors que dans un cas il s’agit d’une femme aux demandes exorbitantes et, dans l’autre, d’un homme et « ce n’est pas si grave ». Un temps qui, de surcroît, lui a permis de faire des tours de passe-passe avec quelques millions. D’ailleurs, il n’y aura pas d’audit, le trésorier s’étant offusqué « vous mettez en doute ce que nous avons fait », on ne va pas lui faire de peine. Bref, le rappel s’impose de quelques problèmes toujours en cours et bien sûr, en premier lieu le Guett, mais pas seulement : la bombe à retardement qui accompagne le Guett. Ni rabbin, ni Docteur en droit, mais écouter la souffrance permet de voir

Guett : mieux vaut être un homme

Episodiquement, au gré des difficultés rencontrées, resurgit le problème du Guett. Un problème et  non une question, puisque ses conséquences sont multiples et lourdes.  Le Guett doit être donné par le mari à la femme qui doit le recevoir devant un Beth Din. La loi en France prévoit que le Guett ne précède pas, mais suit le divorce civil ce que rappelle le Consistoire sur son site dans les termes suivants : « En France, cette démarche religieuse sera précédée du divorce civil ». Or, régulièrement il est question de femmes enchaînées, Agounot, qui attendent avec désespoir que le mari, qui ne peut être contraint selon la Halakha, leur donne le Guett. Il n’y a aucun recensement annuel diffusé des cas en attente. Au regard du Guett, la situation est fort différente selon qu’on est homme ou femme.

Une asymétrie radicale

Dans une situation complexe avant le divorce religieux, l’homme peut avoir des enfants, ce n’est pas formidable, mais c’est possible. Du côté femmes, la situation est carrément très grave : en l’absence de Guett et dans son attente, aussi longue soit-elle, en raison notamment de l’horloge biologique qui tourne inéluctablement, si elle avait un enfant avec un homme juif, cet enfant serait déclaré Mamzer, une catastrophe pour lui, pour ses enfants pour les enfants de ses enfants et au-delà, puisqu’il ne peut plus se marier religieusement, sauf si l’épouse est, elle-même, dans la même situation. Et ceci est irréparable et se transmet, sauf à faire annuler le mariage des parents, on imagine les difficultés. En revanche avec un homme non-juif, les enfants, puisqu’elle est juive, seront juifs. C’est bien sûr un raccourci de l’analyse fine de telles situations, mais les conséquences sont là, brutales, sans appel.  Or, nous ne savons pas combien il y a eu de femmes en attente de Guett et ce depuis  des dizaines d’années. Si un Guett obtenu après vingt ans d’attente est considéré comme une « victoire », le pire n’est pas loin. Comment nos anciens s’en sortaient-il? A l’intérieur des communautés où chacun connaissait la vie de son voisin, le mari qui refusait de donner le Guett se faisait…tabasser, méthode forte mais qui avait pour objectif de ne pas compromettre l’équilibre de ces micro-sociétés.

Des conséquences très graves

Nous ne savons pas du tout quel est le nombre d’enfants nés dans des conditions de mamzer, seule une chose est sûre : c’est une bombe à retardement qui n’explose qu’au bout de plusieurs années, au moment de la Bar Mitsvah ou du mariage. De surcroît, ici ne sont pas évoquées les femmes qui, refusant de se soumettre à ce qui trop souvent ressemble à un marchandage – on se souvient du « scandale du Guett » –  pour modifier les dispositions du divorce civil, n’entreprennent aucune démarche pour obtenir le Guett. Est-ce pour éviter ces conséquences funestes que, ne faisant pas ce qui est écrit, le Beth Din préconise désormais de faire le Guett avant le divorce civil et, disent-ils, de garder le Guett au fond d’un coffre fort scellé dans un mur. Ce qui permet, de préférence aux hommes, de pouvoir envisager refonder une famille. Triste conséquence d’une situation où la voix des femmes reste étouffée, perdue dans des couloirs, dans des appels téléphoniques vains, dans des démarches désespérées et désespérantes. Qu’a prévu le Consistoire pour faire face à ces drames humains, celui des femmes mais surtout celui des enfants, que, volontairement ou non, par la durée d’attente, ils ont partiellement contribué à fabriquer. Accusation très lourde, mais qui tient compte du fait que depuis quelques années des solutions existent, mises en place aux Etats-Unis et en Israël dans des communautés orthodoxes. Où en est le Consistoire sur le sujet de l’accord pré-nuptial?  L’accord pré-nuptial, dont la rédaction a été approuvée par des autorités rabbiniques orthodoxes  en Israël et aux Etats-Unis, se trouve désormais signé au moment du mariage. En ne mettant pas ce sujet à l’ordre du jour des priorités, le Consistoire se voit condamné à assumer  les conséquences de son inertie. Tant que cet accord pré-nuptial ne sera pas mis en place, le pire reste possible, alors qu’on peut l’éviter. Incompétence ou irresponsabilité, le choix est ouvert. Asymétrie du début à la fin de l’opération, pour le Guett, en France aujourd’hui, dans l’environnement consistorial, il vaut vraiment mieux être un homme. D’autres courants du judaïsme ont établi que six mois après le divorce, le Guett est établi. La Halakha s’accommode-t-elle mieux de cette décision ou de possibles mamzerim?

Et qu’en est-il de M. Agoun ?

Mais survient toujours quelqu’un pour expliquer qu’il connaît un homme dont la femme  refuse de recevoir le Guett et transforme ainsi son malheureux mari en Agoun. Avec, sans le préciser, quelques différences notables : l’horloge biologique ne tourne pas du tout à la même vitesse que chez une femme, et surtout, le fait que même s’il a des enfants, ils ne seront pas Mamzer. Différence gigantesque, différence de nature. Un homme Agoun peut pleurer, une femme Agouna est enchaînée. Par ailleurs, l’homme Agoun peut compter sur la sollicitude et la solidarité de ses nombreux collègues et autres compagnons qui tenteront de l’aider, par tous les moyens. Témoignages plus ou moins vrais, menaces sur l’épouse, harcèlement en multipliant les procédures de Guett devant plusieurs Beth Din, etc… Bien sûr, si la femme résiste, ou pire, met cela sur la place publique, l’exclusion la guette. Car, ne l’oublions pas, une «  femme doit rester à sa place » celle qui lui a été assignée, comme si elle était une mineure sous tutelle. La Journée des « Droits des femmes » n’a pas sa place au Consistoire.

Evelyne Gougenheim

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