Emmanuel Navon, Une histoire renversante d’Israël (3/3)

Emmanuel NAVON, L’étoile et le sceptre: Une histoire diplomatique d’Israël, Titre original: The Star and the Scepter : A Diplomatic History of Israel (2020), Préface d’I. Herzog, Traduit de l’anglais par C. Darmon, Paris, Éditions Hermann, 2022.

 

 

Israël occupe peu de place sur les atlas ; si l’on se bornait à sa géographie, on pourrait tenir la nation juive pour quantité négligeable. Mais dans l’histoire et dans le concert des nations, en Orient comme en Occident, ce peuple, minoritaire, même quand il fut dispersé et déconsidéré, a joué un rôle de premier plan dans l’histoire du monde. En effet, les relations que, dès sa naissance, il a nouées et entretenues avec l’ensemble des autres peuples ont toujours été variées, nombreuses et fécondes.
Ainsi, à qui veut comprendre le cours de l’histoire, – et particulièrement le monde global qui émergea des cendres de la ‘deuxième guerre de Trente Ans’ (1914-1945) et dans laquelle l’État hébreu naquit -, la connaissance de l’histoire diplomatique d’Israël est indispensable.
C’est le vaste et ambitieux projet d’Emmanuel Navon que d’en retracer le cours ; dans L’étoile et le sceptre : Une histoire diplomatique d’Israël, il se propose d’exposer rien moins qu’une histoire des relations « d’Israël » avec les nations, de l’Antiquité jusqu’à nos jours …

Israël et ses voisins : Le refus arabe

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la situation avait radicalement changé : l’Empire britannique avait vécu ou, du moins, « montrait des signes patents de désintégration » (p.137) et sa position était devenue intenable. L’affrontement entre les deux puissances dominantes du moment déterminait désormais le jeu des alliances.
« Dans le nouveau contexte international de la Guerre Froide, le sionisme tenta d’obtenir un soutien international à la création d’un État juif. Et, devenu indépendant, l’État d’Israël dut agencer sa diplomatie face aux intérêts contradictoires des superpuissances, ainsi que dans un Moyen-Orient hostile. », p.138.

Dans ce contexte inédit de l’après-guerre et de l’après Shoah, l’ONU était prête à proposer un partage et le fameux vote en sa faveur du 29 novembre 1947 fut un encouragement pour les Juifs même s’il fut condamné dans un monde arabe unanime et obstiné dans son rejet de tout partage. E. Navon rappelle que ce vote n’était pas contraignant, et aussi fort sur le plan émotionnel et symbolique qu’il fût, n’apportait aucune garantie à l’indépendance de l’État ; il ne reconnaissait aucune frontière : ainsi l’« idée très répandue selon laquelle l’ONU aurait « créé » l’État d’Israël en novembre 1947 est donc un mythe ». Ce vote en revanche, sonnait le glas de la présence britannique en Palestine mais aussi le tocsin de la guerre qui éclata le 15 mai 1948.
Car quand, la veille de ce jour, Ben Gourion proclama l’indépendance d’Israël, il savait que la guerre avec les voisins arabes était inéluctable et que seule la victoire militaire déciderait du sort du nouvel État. « L’histoire lui donna raison », même si Tsahal dut faire face à l’attaque simultanée des « forces armées égyptiennes, trans-jordaniennes, irakiennes, syriennes, libanaises et saoudiennes » (p.148), les arrêter et retourner la situation en sa faveur.
Une des conséquences de ce conflit fut de créer « un double phénomène de réfugiés » : une partie de la population arabe de l’ancien mandat britannique paniquée et, dans certaines villes, contrainte par Tsahal, gagna les pays arabes voisins ou ce qui « allait devenir en 1949 la Cisjordanie et la bande de Gaza », p.149.
Parallèlement, même si c’est dans une période plus étalée dans le temps, près de 900 000 Juifs durent quitter les pays arabes où ils étaient installés depuis des siècles et, dans certains cas, des millénaires.

Plan de partage proposé par l’ONU le 29 novembre 1947 ; les sionistes s’y rallient, les Arabes rejettent le plan qui ne sera jamais appliqué.

Les accords d’armistice, établis sur la base du plan de partage de 1947, « ne devinrent pas des accords de paix à cause des divergences irréconciliables entre les attentes et exigences israéliennes et arabes » : le sort des réfugiés, la question de la souveraineté sur Jérusalem, la détermination de frontières… Chacune de ces questions est la source de conflits permanents et donc de tensions récurrentes et inapaisées. Rien n’était réglé ; et sans doute rien ne saurait-il jamais être réglé tant que l’existence même d’un État juif sera ressenti comme une honte et une humiliation.

Israël tenta, pour se désenclaver sur le plan international, d’emprunter une voie de neutralité dans la Guerre Froide, mais dut rapidement se rendre à l’évidence : il lui fallut se résoudre à choisir le camp des États-Unis, même si l’administration Eisenhower (1953-1961) soucieuse de contrecarrer les avancées de l’URSS au Proche-Orient et par conséquent de s’assurer le soutien des puissances arabes, exerça maintes pressions sur Israël et agit en sa défaveur, notamment lors de crise de Suez (1956).
La victoire de 1948 avait bien permis la survie ; la paix n’était pas acquise pour autant. L’État hébreu demeurait fragile. Il devenait urgent pour lui de sortir de son isolement, de « contourner le Moyen-Orient arabe hostile » (p.163) et s’allier avec les ennemis de ses ennemis (notamment deux pays musulmans non arabes : l’Iran et la Turquie et un pays chrétien, l’Éthiopie et des minorités comme les Kurdes et les Chrétiens du Liban)… Cette stratégie de la périphérie, initiée par Ben Gourion, était féconde mais les alliés sur lesquels elle reposait principalement ne tardèrent pas à se muer en adversaires résolus : l’Éthiopie ralliée à l’URSS en 1974 (p.172), l’Iran en 1979 lors de l’avènement de Khomeiny (p.164-167) et la Turquie en 2002 avec sa tête Recep Tayyip Erdoğan (p.167-172) … Tout était à refaire.
Même la victoire foudroyante et incontestable remportée lors de la Guerre des Six Jours en 1967 ne permit pas de parvenir à une paix définitive ; bien au contraire ! Et il fallut attendre que l’Égypte, voyant à l’issue de la Guerre du Kippour qu’Israël était inexpugnable, renonçât à son alliance avec l’Union Soviétique et récupérât le Sinaï pour qu’un accord de paix durable fût signé, en 1979. Le grand adversaire égyptien, passé dans le camp des États-Unis, avait enfin désarmé.

Soldats israéliens devant le Mur des lamentations/Jérusalem/Durant la Guerre des Six Jours/1967/ Photographie de Gilles Caron

Israël avait tenu le sceptre fermement durant toute cette période, mais au prix de quelles pertes, quels compromis et de quels efforts…
Pourtant, un problème reste irrésolu, voire insoluble. E. Navon y consacre un chapitre entier : Israël et les Palestiniens (p.211-256). Il montre comment l’OLP mené par son charismatique chef Yasser Arafat a su transformer la question des réfugiés en revendication nationale et son organisation terroriste en représentant légitime de la cause palestinienne. L’intervention d’Israël dans la guerre civile libanaise en 1982 se solda par un cuisant échec : elle permit tout au plus de chasser l’OLP du Liban dont la place fut aussitôt occupée par la milice du Hezbollah, sous influence iranienne et affichant l’objectif déclaré est de chasser les Juifs de la région…
Yasser Arafat était isolé à Tunis, privé du soutien de l’Union Soviétique qui s’était disloqué, et discrédité sur la scène internationale par ses erreurs stratégiques lors de la Guerre du Golfe. Aussi, quand les États-Unis « au grand dam d’Israël » (p.256) lui proposèrent de signer un accord de principe de reconnaissance mutuelle stipulant qu’il renoncerait au terrorisme, il n’avait d’autre choix que de l’accepter.
« Le 28 septembre 1995, Israël et l’OLP signèrent les accords d’Oslo II à Washington en présence de Bill Clinton (…). Ces accords (…) transféraient le contrôle et la responsabilité des villes et villages palestiniens de Cisjordanie au gouvernement palestinien », p.223-224.

Bill Clinton Président des États-Unis, Yitzhak Rabin Premier Ministre Israël, Yasser Arafat chef de l’OLP, à la Maison Blanche/Septembre 1993

Mais très rapidement, le leader de l’OLP, peu disposé à tenir ses promesses « tergiversa, manœuvra, pour finalement revenir à la violence. », p. 256. Fort de détenir le contrôle de l’Autorité Palestinienne, il choisit, au détriment de son peuple, de tenir toute concession de l’adversaire pour une faiblesse et d’en prendre avantage. La paix n’a cessé de s’éloigner…
Et, depuis lors, tous les plans ont été rejetés par principe ou bien ont échoué successivement ; aucune tractation ou tentative de négociation n’a abouti.

Le « dossier palestinien » non seulement n’a pas trouvé de solution mais s’est alourdi et s’est même dédoublé : « À l’instar des deux Pakistan séparés géographiquement mais unis politiquement jusqu’en 1971, la Cisjordanie et la bande de Gaza constituent deux entités politiques séparées voire rivales depuis la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en 2007. (…) La solution des deux États, proposée pour la première fois en 1937, ne cesse de fonctionner en théorie et d’échouer en pratique. Défendable sur le papier, elle n’a jamais abouti dans le monde réel », p.254.
Aucune solution, en fait, n’est envisageable : ni l’annexion, ni le retrait unilatéral. « Le conflit israélo-palestinien demeure irrésolu », p.256.
Israël a pourtant, dans les deux premières décennies du XXIème siècle, noué, « des relations diplomatiques avec six pays arabes : l’Égypte, la Jordanie, Les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan » (p. 255), pour ne parler que des relations officielles… Les Accords d’Abraham confirment ce mouvement de pacification et collaboration dans les relations avec ses voisins arabes.

Les drapeaux des Etats-Unis, des Émirats arabes unis, d’Israël et de Bahreïn/ Photographie Jack Guez/AFP

 

Israël et les nations

E. Navon passe, dans la quatrième partie (« Israël sur la scène internationale », p.257-430) aux sujets centraux du livre et déploie le panorama des relations d’Israël avec des États ou des organismes internationaux, en ordonnant son développement en chapitres qui couvrent, l’une après l’autre, les les principales zones géographiques, par continents (Europe, Asie, l’Amérique Latine, les États-Unis, Afrique) en finissant par les relations avec l’ONU et les Juifs de la Diaspora. Un dernier chapitre, inattendu peut-être, mais frappant, sur la façon dont la production d’énergie, qui joua un rôle si néfaste dans les fortunes d’Israël à l’époque où les pays musulmans contrôlaient tant des ressources pétrolières, est devenu, grâce à des technologies israéliennes de pointe, très prisées dans le monde, et constitue un des points forts dans la politique internationale du pays.
Dans cette manière d’exposer la situation mondiale contemporaine, on pourrait discuter son choix de présentation : il prend en effet le parti de passer en revue les grandes aires géographiques ; ce qui l’oblige à des retours en arrière dans chaque chapitre. Mais certes, il est difficile d’imaginer comment faire autrement pour raconter clairement une histoire mouvante et si pleine de nombreux rebondissements. E. Navon s’en acquitte bien : il démêle, avec clarté et concision, l’écheveau complexe des relations internationales.

Rien n’est définitif: panorama

C’est sans aucun doute la partie la plus neuve et la plus originale et aussi celle qui permet le plus d’envisager des perspectives plus riantes.
Les amitiés entre États ne sont pas éternelles, mais les inimitiés ne sont pas non plus forcément définitives. Si la France, après une période de proximité avec le jeune État adopte une politique résolument pro-arabe (p.266-272), la Grande-Bretagne, ennemie acharnée du mouvement sioniste en Palestine, se décida à reconnaître « Israël de jure en 1950 » et les deux adversaires irréductibles ont fini par développer d’intenses échanges commerciaux (p.259-265).
L’Union Soviétique voyait au départ d’un bon œil le peuple qui tenait tête à la Grande-Bretagne, mais elle lui devint hostile en choisissant de soutenir les régimes autoritaires arabes qu’elle souhaitait faire entrer dans sa sphère d’influence (p.315-327). Les États-Unis étaient d’abord peu favorables à l’alliance à un État qui était pour eux un handicap car il menaçait de compromettre les intérêts américains au Proche-Orient ; mais avec l’administration Kennedy en 1962, ils « procédèrent à une réévaluation de leur politique moyenne-orientale » (p.298) et nouèrent même une « relation spéciale » avec l’État hébreu…

Même les stigmates de la guerre et les plaies vives de la Shoah n’empêchèrent pas la normalisation des relations avec l’Allemagne.
Israël, progressivement, lentement s’ouvre à l’Afrique (p.359-375), à l’Asie (p.329-357). Israël s’affirme, aux yeux des nations avec qui elle entretient commerce, comme un modèle à imiter. Et cela, en dépit même des efforts de l’ONU – organisme censé, en son principe, soutenir les efforts de paix et de conciliation-, pour discréditer la démocratie israélienne et la vouer à l’exécration des peuples (p. 389-401).

Israël en équilibre instable

Étant donné l’étendue du sujet qu’il traite, ce travail ne pouvait entrer dans trop de détails. L’étoile et le sceptre est d’abord une synthèse, qui permet aux lecteurs d’apercevoir l’ensemble du tableau.
Ce qui frappe quand on considère la totalité de l’aventure juive, ce sont les hauts et les bas dans la fortune (ou la providence ?) d’Israël dans ses relations avec tous les « autres », y compris avec les Juifs de la diaspora.
Quelles que soient les alliances que les Israéliens cherchent à contracter avec les autres nations du monde, ils se heurtent constamment aux grandes questions du moment : la Guerre Froide, la décolonisation et la montée du tiers-mondisme, le pétrole arabe … À la longue, tandis que les liens se nouent peu à peu avec des anciens adversaires des pays en voie de développement (Chine, Inde), les anciennes alliances ou amitiés se dénouent (la France dès les années 1960, l’ONU en 1975, l’Iran en 1979, la Turquie en 2010).
Les pièces se déplacent sans cesse sur l’échiquier mondial ; tout est toujours remis en cause et tous les renversements de situation sont possibles. Israël s’épanouit dans la communauté internationale en même temps que des mouvements hostiles – ainsi le BDS – gagnent du terrain en Europe parmi les professionnels de l’information (universitaires, journalistes).
En suivant les dérives des dirigeants européens vis-à-vis d’Israël, surtout la France et l’Angleterre, on a l’impression que l’État hébreu est soumis à un exercice d’équilibriste : de 1948 à 1960, les Britanniques sont contre lui à cause du pétrole, et par antisémitisme ; les Français lui sont favorables pour mettre en difficulté la Grande-Bretagne, et par attirance ou affinité idéologique. Après la fin de la Guerre d’Algérie (1962), en revanche, de Gaulle cherche l’amitié du monde arabe, et adopte un registre proprement anti-juif aussi bien qu’anti-américain. Entre temps, les Britanniques, suivant l’exemple des Américains, se rallient progressivement à Israël. Tout est toujours instable, rien n’est jamais acquis.

Une histoire renversante

L’histoire qu’E. Navon essaye de tracer est longue, compliquée, et pleine de retournements, de paradoxes et parfois d’énigmes.
En lisant ce maître-ouvrage consacré à la diplomatie d’Israël, on perçoit avec netteté se reproduire les clivages entre les politiques idéalistes – pro-israéliennes (celle du jeune Bonaparte, du jeune de Gaulle, de Churchill, de Thatcher, Pierre König, Guy Mollet, Harry Truman ou Lyndon Johnson), et une politique réaliste – pro-arabe -, promu énergiquement par les services d’État (Département d’État des États-Unis, Quai d’Orsay, British Foreign Office).
Et partout aussi, les émotions et les décisions passionnelles… Ainsi De Gaule rompt définitivement avec Israël après la Guerre de Six Jours (malgré leur emploi magnifique des Mirages français contre les MIGs soviétiques) car ils ont osé lui désobéir : « Je lui [Abba Eban] ai dit de ne pas faire la guerre – et nous fûmes désobéis », p. 256 ; on notera le pluriel de majesté…

Visite officielle de David Ben Gourion à Paris/Première rencontre avec le général de Gaulle/14 juin 1960/Collection de photographies/National Photo Collection of Israël

Israël, peut-être plus qu’aucun autre État, est marqué dès sa naissance par d’étroites, complexes et conflictuelles relations avec d’autres États, voisins ou éloignés. Son histoire déployée par E. Navon nous permet de discerner, sur de multiples fronts – Asie, Afrique, Europe, Amérique du Sud, du Nord, Proche Orient, ONU – le conflit dramatique entre une fidélité à des principes de justice, de bienveillance, en somme, tout ce qui permet à des relations fructueuses et pacifiques entre nations de s’épanouir dans l’intérêt de chacun. Ainsi, paradoxalement, à l’époque contemporaine, ce peuple qu’on a longtemps réputé « apatride » et « séparé », « fier de lui et dominateur » a formé la plus sociable des nations.

Les choix difficiles

On voit à travers les décisions, parfois pénibles, auxquelles sont contraints les dirigeants israéliens, quels choix difficiles ils devaient opérer, quand, par exemple, il fallait arbitrer la question de savoir si l’on devait accepter les réparations allemandes pour la Shoah. De même, la préservation des bonnes relations avec la Turquie a obligé Israël à taire le génocide arménien, même si, en fait, l’histoire de relations avec la puissance turque fait apparaître les avanies qu’Israël a dû supporter pour maintenir cette alliance (p. 158).
Souvent, E. Navon ponctue son propos de traits d’esprit, de répliques cinglantes ou d’anecdotes piquantes, qui rendent la lecture plus plaisante. Loin d’être un aride et sec manuel de diplomatie, ce livre savant tout en reposant sur une solide et rigoureuse culture historique offre le récit vivant d’un peuple vivant et survivant. En parlant de la politique pro-israélienne de Margaret Thatcher, il ajoute que sa fille avait passé un moment dans un kibboutz, et note entre parenthèses : « Thatcher avouait plus tard par boutade, qu’elle sera éternellement reconnaissante à Israël pour avoir vacciné sa fille contre le socialisme », p. 251. Ou, la fois où Nixon, faisant allusion à Henry Kissinger, fit remarquer à Golda Meir qu’ils avaient tous deux des ministres d’affaires étrangères juifs : « Oui, » répondit Golda, « mais le mien parle anglais sans accent », p. 277.
Des détails judicieusement choisis illustrent et éclairent les enjeux : en parlant du soutien de la France pour Israël, l’historien note par exemple que les premiers passeports Israéliens étaient en hébreu et en français, « l’anglais étant la langue du vilipendé Bevin [ministre des affaires étrangères britannique] », p. 254.

Te’oudate Massa’/Laissez-passer israélien/1950

L’histoire diplomatique des grandes puissances a été souvent faite ; elle nous instruit de l’état du monde. L’étoile et le sceptre raconte l’histoire d’un État-nation récent, faible à ses débuts et de taille réduite, né et mûri dans la nouvelle ère globale. Mais le fait qu’une petite nation qui couvre, dans ses frontières, moins de 2% du Moyen Orient, et moins de 2% de la population mondiale, puisse avoir acquis, en soixante quinze ans, partout dans le monde un tel prestige, atteste de la place qu’elle tient dans l’imaginaire et dans le réel de l’histoire.

Cette histoire est celle d’une nation, fondée sur des principes généreux, mais forcée par ses adversaires à une politique défensive qui ne pourra se détendre un jour que si ses adversaires renoncent à leurs vains désirs de gloriole et d’hégémonie. C’est alors que la prophétie d’Isaïe trouverait son accomplissement ; enfin le moment viendrait les nations pourraient compter Israël parmi eux, où la nation qui siégeait à part pouvait rejoindre les autres dans un monde dédié à la paix. Mais, comme le montre E. Navon dans son chapitre sur l’ONU et Israël (p.389-401), cette vision messianique est encore loin de s’être accomplie : les pays qui ne reconnaissent pas Israël, – pays gouvernés par des despotes -, ont fait cause commune contre ce peuple isolé plus que solitaire ; ils ont même par un détournement des objectifs de l’UNRWA, et finalement réalisant un renversement radical des valeurs qui créèrent l’ONU, accusant même d’être un régime d’apartheid (p. 395-398).

Le travail d’E. Navon pourrait constituer le début d’une révision essentielle des histoires idéologiques du conflit entre les Israéliens et leurs voisins, faisant d’Israël une puissance coloniale, comme il s’en élabore même dans certaines universités du monde occidental.
Cet ouvrage, écrit avec une clarté et une exigence intellectuelle remarquables, confirme la perspicacité de Jean-Jacques Rousseau qui dans l’Émile (Livre IV) : « Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs, qu’ils n’aient un État libre, des écoles, des universités, où ils puissent parler et disputer sans risque. Alors seulement nous pourrons savoir ce qu’ils ont à dire ».

Les lecteurs, enfin, qui découvrent le sujet, par le biais de cette ample introduction, auront à cœur d’approfondir leurs connaissances en lisant les ouvrages cités dans la bibliographie et pourront ainsi se faire une idée exacte des controverses acharnées qui accompagnent l’histoire diplomatique d’Israël à chaque tournant de son long et sinueux chemin dans le monde.

Par Richard Landes sifriatenou.com

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