Emmanuel Navon, Une histoire diplomatique d’Israël (2/3)

Emmanuel NAVON, L’étoile et le sceptre: Une histoire diplomatique d’Israël, Titre original: The Star and the Scepter : A Diplomatic History of Israel (2020), Préface d’I. Herzog, Traduit de l’anglais par C. Darmon, Paris, Éditions Hermann, 2022.

 

 

L’exil

Dans la deuxième partie de son ouvrage (p. 55-134), E. Navon expose comment, même sans État, la « diplomatie juive », de l’Antiquité jusqu’à la modernité, se poursuit.
L’exil et les débuts de diaspora relancent la dynamique et féconde tension entre Jacob et Israël, entre le sceptre (perdu) et l’étoile d’apaisement : comme des roseaux au bord d’un fleuve, les Juifs se plient devant ceux qui détiennent le pouvoir : l’empire babylonien, la Grèce, Rome…
Ils finissent même par perdre la souveraineté qu’ils ont exercée durant environ un millénaire et sont tolérés plus qu’admis dans les pays où ils séjournent : « Exilés dans l’Empire romain et au-delà, les Juifs devinrent des hôtes en pays chrétiens ou musulmans. Pour la chrétienté, les Juifs étaient la preuve vivante de l’annulation de l’alliance du Sinaï et de son remplacement par une nouvelle alliance (le Nouveau Testament). La survie des Juifs était tolérée tant que leur détresse prouvait la véracité de la foi chrétienne. Pour l’islam, qui affirme avoir succédé et au judaïsme et au christianisme, les Juifs étaient coupables de ne pas accepter la prophétie de Mahomet. Puisqu’ils avaient refusé de se joindre au Dar-al-islam (la maison de l’islam), ils appartenaient au Dar al-harb (le territoire de la guerre) et constituaient une cible légitime du djihad », p.69.
Et même alors, dispersés, vilipendés, expulsés, persécutés, jamais ils ne perdent leur foi, leur Torah. Ils ont perdu le sceptre mais l’étoile continue de briller.
La confiante espérance du « retour à Sion et (de) la restauration du royaume juif » (p.81) demeura même si fortement enracinée dans peuple juif qu’elle le conduisit, à espérer une intervention divine pour la voir se réaliser… au risque de se figer dans une attente perpétuelle.
Selon E. Navon, « ce mélange de passivité consacrée par la religion et de suspicion justifiée par l’histoire fut remis en cause au XIXème siècle… », p.82. La persistance, voire l’intensification des pogroms (en Russie particulièrement) et surtout la déconvenue causée par les promesses non tenues de l’émancipation en Europe ont suscité un mouvement politique qui s’appliquerait à réaliser ce vieux rêve : le sionisme.
Même si l’idée d’une renaissance nationale juive avait déjà été énoncée, élaborée et promue par maints penseurs (Moses Hess, Léon Pinsker…), il appartient au journaliste viennois Theodor Herzl de lui avoir donné corps. Cet Occidental fut témoin dans son pays mais aussi en France – le grand pays de la Révolution, la patrie des Droits de l’homme et du citoyen ! – de la persistance de l’antisémitisme. Il comprit qu’il « n’était plus possible de compter sur les promesses des Lumières ; les Juifs devaient donc tirer les conclusions concrètes de cette désillusion historique », p.84. Il a fait entrer le sionisme dans l’arène de la diplomatie mondiale et, même si, lorsqu’il meurt prématurément, en 1904, il y a loin de la coupe aux lèvres, le sionisme était devenu « un mouvement politique établi, avec ses institutions, son financement » et avait acquis « la sympathie du plus grand empire mondial, la Grande-Bretagne » (p.89), qui se concrétisa par la fameuse Déclaration Balfour en 1917.

T. Herzl salue Guillaume II/Photographie censée avoir été prise le 28 octobre 1898 à Mikvé Israël, la première école d’agriculture fondée en 1880, près de l’actuel Holon.

E. Navon suit alors les tournants idéologiques et historiques que prend cet élan vers la souveraineté recouvrée ; et aussi les résistances que lui opposent non seulement les « nations » mais aussi les Juifs – religieux ou assimilationnistes. Il décrit avec finesse les ambiguïtés de la politique britannique qui, à l’issue de la Première Guerre mondiale, apporte son soutien à la cause juive en Palestine tout en ménageant ses intérêts auprès des dirigeants arabes. Les débats parmi les dirigeants sionistes, plus que jamais, divisés furent vifs : fallait-il se révolter, mener le combat contre la tutelle britannique ou accepter les conditions drastiques et les limitations imposées à la souveraineté juive et même à l’émigration des Juifs vers la Palestine ? Les décisions à prendre furent d’autant plus difficiles que la Grande-Bretagne était devenue, à partir de 1939, la principale puissance européenne à s’opposer au déferlement du nazisme… Pourtant, « des dilemmes posés par le Mandat britannique émergea un leadership juif réaliste et résolu qui allait mener le Yishouv à l’indépendance », p.134.

A suivre…
Par Richard Landes sifriatenou.com

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