Fête des prémices ou Jour du Jugement? Hag Habikourim ou Yom Hadin?

Caroline Elishéva REBOUH le 20.05.2020 41e jour du Ômer

Après la fête de Pessah, toutes les communautés d’Israël ont pour coutume à chaque shabbat se trouvant entre Pâque et Chavouoth de lire l’un des six chapitres du traité de Mishna intitulé : PIRKE AVOTH ou Maximes des Pères ou Traité des Principes.

La première mishna commence ainsi :
kol Israël yesh la’hem helek lé’ôlam haba כל ישראל יש להם חלק לעוולם הבא.
On a l’habitude d’aborder l’étude des pirké avoth en expliquant ce postulat de la manière suivante :
« kol » כ »ל sont les initiales de Cohen et Lévy. KOL SRAEL signifie donc : Cohen, Lévy et Israël : tous ont droit au Ôlam haba = au monde futur. MAIS on ne précise pas la taille de cette part au monde futur : chacun, selon les mérites qu’il aura amassés durant sa vie, aura droit à une part du gâteau plus ou moins grande et il faut entendre que même les réshayim (les impies, les mécréants) auront droit à une part au monde futur de manière à leur démontrer qu’ils ont eu tort de ne pas y croire !!!!

Dans le traité de Rosh Hashana se trouvent plusieurs enseignements mais, on relève la très étonnante mishna suivante :
בארבעה פרקים העולם נדון :בפסח על התבואה, בעצרת על פירות האילן, (בראש השנה) היוצר יחד כל באי העולם עוברין לפניו כבני מרון שנאמר בראש השנה המבין אל כל מעשיהם ונידונים על המים בחג.
Le monde est jugé sur 4 chapitres différents : pour Pessah, le monde est jugé pour sa production agricole, pour Chavouoth, le monde est jugé pour les fruits de l’arbre, pour Rosh HaShana les hommes sont jugés pour la vie, et pour Souccoth le monde est jugé pour l’eau.

Voici le sens de cette mishna : pour que tout ait un sens dans la vie il faut comprendre que les choses découlent les unes des autres. Pour que les moissons soient abondantes il faut présenter déjà le grain à Pessah (Ômer), pour que les récoltes de fruits soient abondantes il faut s’en souvenir à Shavouoth, pour que nos vies soient prolongées il faut s’en souvenir à Rosh Hashana et pour que les pluies soient abondantes il faut prier à Souccoth.

Cependant, il convient de préciser pour Chavouoth dont le thème nous préoccupe aujourd’hui que la mishna utilise une métaphore qui sera reprise différemment dans les Pirké Avoth et dont l’origine est dans la Torah (Devarim XX, 19) : כי האדם עץ השדה car l’homme est l’arbre des champs. (Ki HaAdam etz HaSadé).

La métaphore consiste à établir une comparaison entre l’homme et son rapport à l’étude de la Torah plus l’homme consacre de temps à l’étude et plus il sera solide et résistant et plus il consacrera de temps et plus il en aura à consacrer à la Torah et aux mitsvoth.

C’est donc à Chavouoth que l’homme sera jugé pour son étude qui deviendra encore plus solide et qu’il lui sera attribué encore d’avantage de mérites en Torah.

La nuit de Chavouoth a lieu une veillée d’études pendant laquelle seront lus les débuts et fins des chapitres de toute la Torah. Shavouoth est donc une célébration bien plus spirituelle que matérielle.

HaKadosh baroukh Hou a dit : Je me suis souvenu de Mon alliance avec Jacob et même de Mon alliance avec Isaac et même de Mon alliance avec Abraham (Lévitique XXVI, 42) La question est posée : pourquoi HaShem a-t-IL inversé l’ordre des Patriarches ?

Pourquoi a-t-IL placé Jacob avant Isaac et Abraham, l’une des raisons est que Jacob surnommé « ish ohalim » (l’homme des tentes = bergers) est un personnage qui fut un homme parfait qui s’adonna totalement à la Torah avant d’aller chez Lavan. Abraham a fait teshouva et c’est ainsi qu’il a acquis des droits mais la priorité donnée par Jacob à l’étude de la Torah est ce qui a prévalu.

Le peuple juif a « vécu » 3 galouyoth (exils) chacune de ces trois galouyoth fut rachetée par les mérites de chacun des trois patriarches.

La quatrième et dernière galouth sera rachetée par Moshé Rabbénou car l’un des mérites du prophète par excellence fut de descendre la Torah et de la transmettre (d’être l’agent de transmission) au peuple juif.

Cependant, le Ohr HaHayim hakadosh écrit que, d’après le Zohar, la dernière galouth sera délivrée par le mérite de Moshé Rabbénou uniquement si le peuple étudie la Torah qu’il a reçue d’HaShem et qu’il a transmise au peuple juif.

Le grand Hayim Benattar souligne que l’abandon de l’étude de la Torah est l’un des facteurs de cette attente prolongée de la Rédemption.

Le Zohar cite : « Rabbi Yossi ben Halafta était en compagnie de Rabbi Yitshak et lui a dit : Sais-tu pourquoi le Mashiah tarde à venir ? C’est parce que trop peu de gens étudient la Torah ! « 

HaShem a ordonné TORATI AL TA’AZOVOU : n’abandonnez pas Ma Torah ! Et à chaque fois qu’Israël s’est éloigné de la Torah ils ont été exilés.

L’étude de la Torah est comparée à l’huile d’olives vierge et pure qu’utilisait le Cohen Gadol pour allumer la Menorah du Temple dont la finalité était d’illuminer le monde tout comme la Torah illumine l’Univers.

De même que l’on frappe l’olive pour qu’elle sorte pure et qu’elle puisse illuminer, ainsi l’homme doit se donner entièrement à l’étude afin que tout son être puisse éclairer le monde par la Torah.

Le Ohr HaHayim hakadosh met l’accent sur le fait que l’HOMME (Adam en hébreu אדם) est constitué de essences de David HaMelekh et de Moshé Rabbénou aussi chacun devrait prendre sur lui d’étudier la Torah davantage pour pouvoir précipiter la Guéoula.

La Torah est un arbre de vie ainsi qu’il: est écrit : עץ חיים היא למחזיקים בה ותומכיה מאושר La Torah est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent et elle est une source de bonheur pour ceux qui la supportent (soutiennent).

CHAVOUOTH EST ELLE UNE FÊTE LACTÉE ?

Les usages sont variés et chaque communauté a sur quoi reposer ses actions. Il y a dans la littérature des minhaguim (coutumes) de nombreuses allusions au fait que plusieurs coutumes se regroupent autour du fait que la Torah est comparée au lait ou au miel.

Certains ne consomment que des mets lactés tout au long de la fête et d’autres partagent. Cependant, étant donné que les hommes doivent aller veiller toute la nuit pour étudier la Torah, on préconise pour le repas du soir (d’avant la veillée) de ne pas s’alourdir pour ne pas être enclin à sommeiller et donc de prendre le soir un repas lacté et laisser le repas carné pour le lendemain à midi….

Les repas carnés ont la préférence pour beaucoup car l’on associe au fait de manger de la viande et de boire du vin à un facteur d’apport de joie.

HAG SAMEAH

Caroline Elishéva REBOUH

MA Hebrew and Judaic Studies
Administrative Director of Eden Ohaley Yaacov

 

Un détail que vous ignorez (peut-être) à propos du Tikoun de Chavouot.

La nuit de Chavouot, de nombreux juifs ont l’habitude de rester éveillés toute la nuit afin d’étudier la Torah. Mais peu de gens ont connaissance de ses origines. Cette coutume est attestée pour la première fois dans les années 1530, dans les cercles mystiques du Arizal. Elle se répand ensuite rapidement dans les communautés juives de l’Empire Ottoman puis, nettement plus tard, dans les communautés ashkénazes.

Or, l’historien Elliott Horowitz a démontré qu’autre chose de bien plus prosaïque fait alors son apparition dans la région : le café! C’est au 16eme siècle également que le kahwa (café en arabe) devient disponible dans l’Empire Ottoman, ce qui révolutionne les possibilités de rester éveillé jusqu’au petit matin.

Comme quoi la religion, parfois, c’est une histoire de boisson. Emmanuel Bloch (facebook)

L’image contient peut-être : tasse de café

 

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