Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik © Radio France

Boris Cyrulnik: “Après chaque catastrophe, il y a un changement de culture”

mercredi 25 mars 2020 par Léa Salamé

“Le prix sera élevé” pour nos sociétés, assure Boris Cyrulnik. Notamment le fait de ne pas pouvoir organiser des obsèques “comme avant”. _”_Depuis que les êtres humains sont sur Terre, ils font des sépultures, ils font des rituels du deuil. Toutes les cultures en ont, et là on sera obligés de ne plus en faire. Donc ça va provoquer des angoisses et de grands malaises parmi les survivants, pendant les mois et les années qui suivent. Il y aura des culpabilités, pas toujours conscientes, avec des comportements d’auto-punition : rater un examen, rater un rendez-vous important… On n’a pas le droit d’être heureux quand on a laissé nos parents mourir tout seuls, on s’abîme nous-mêmes, on se punit.”

Il estime toutefois qu’on peut “limiter la casse en inventant chez soi des rituels du deuil, avec des photos, des prières si l’on est croyant, en parlant du défunt dans les semaines et les mois qui viennent”.

Courrier et mysticisme

Comment garder le contact notamment avec nos anciens qui sont dans des EHPAD désormais fermés au public ? “Il faut retrouver la boîte postale, le courrier d’antan, leur envoyer des lettres. Peut-être que quelqu’un dans l’EHPAD leur lira. Ça permet de maintenir des substituts de liens.”

Pour Boris Cyrulnik, l’autre phénomène qu’on pourrait observer, c’est un retour en force des croyances : “Quand les gens sont très anxieux, très coupables, _il y a ensuite un rebond de mysticisme_, comme on l’a vu à Haïti ou en Amérique du Sud. Dans beaucoup de cultures, quand le rituel du deuil est mal fait, ou bien les gens se sentent très mal pendant longtemps, ou bien il y a un rebond de mysticisme.”

Vers un renversement des valeurs ?

Le neuropsychiatre en est persuadé, il y aura un avant et un après Covid-19. “J’entends parler de crise, mais la définition de la crise c’est qu’après, ça repart comme avant. Là, c’est une catastrophe, pas une crise : ça repartira, mais pas comme avant. On va voir des règlements de comptes, des gens qui auront manifesté leur courage et d’autres qui auront participé à la diffusion du virus, comme ça s’est passé pendant toutes les épidémies, la peste noire ou le choléra.”

D’ailleurs, pour lui, on assiste déjà à un bouleversement : “Actuellement, on est en train de massacrer l’argent, la rentabilité pour sauver des vies humaines, alors que jusqu’à présent on se résignait. _Pour la première fois dans l’Histoire humaine, on fait passer la vie des individus avant l’économie_.”

“Après chaque catastrophe, il y a un changement de culture”, promet le neuropsychiatre. “Il y a eu beaucoup de catastrophes, des guerres, des catastrophes naturelles… Après chacune, la vie reprend, mais pas comme avant. Et on voit une hiérarchie des valeurs sociales complètement métamorphosée. Les politiciens vont nous dire : on peut repartir comme avant. Mais si on repart comme avant, on va remettre en place les mêmes conditions que celles qui ont mené à la catastrophe.”

L’intégralité de cette interview est à écouter ci-dessous :

 

Les invités

2 Commentaires

  1. A quoi sert un bel enterrement ?? A l’heure de la mort , ce n’est pas à l’époux, à l’épouse ou les enfants qu’il faut faire appel !! Il faut être prêt pour être reçu par notre DIEU qui nous a accompagné toute notre vie !!! Un Croyant , un fidèle à son DIEU ne mourra pas seul !!!
    ” Quand je marche dans l’ombre de la Vallée de la Mort , je ne crains rien , car tu es avec moi ” !!! Psaume 25

  2. L’humanité ne voyait t’elle pas où elle s’engouffrait dans la bêtise, la méchanceté. Beaucoup criaient “écologie” mais à Bruxelles, au départ des fêtes carnavalesques, il y avait plus de 75.000 départs( et retours) à l’aéroport pour des pays où les cultures et l’hygiène sont totalement différentes des pays occidentaux. Je ne suis pas un devin mais il y a longtemps que je prévenais mes enfants que quelque chose allait se produire. La plupart des gens ne pensent plus qu’aux vacances, à l’amusement et à dépenser sans compter et souvent au détriment des enfants et de ce qui se trouve sur la table aux repas. Pendant la dernière guerre, tout manquait et pourtant personne ne se plaignait, les églises étaient remplies et tout le monde se parlait. Aujourd’hui tout est déserté et voyez nos enfants qui ne sont plus jamais contents car il leur faut de plus en plus. Oui, c’est vrai qu’après cette pandémie le monde sera différent. Et je l’espère en mieux.

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