Vaera: le sens des miracles en Egypte par Rav Y. Jessurun

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Vaera: le sens des miracles en Egypte par Rav Y. Jessurun

Et Hachem parla à Moché et à Aharon et Il leur donna l’ordre concernant les Enfants d’Israël (Chemot).

Comment comprendre ce texte ? (réponse : à travers un texte des Proverbes 🙂 « Chaque peine (investissement) produit un résultat mais les paroles des lèvres sont (souvent) en vain (Michlé 14/23). »

Cela s’applique à Moché : Au départ il convenait que la parole (de D.) s’adresserait à lui seul. Mais parce qu’il a dit : « Envoie par celui que Tu désireras » (chala’h beyad techala’h – c’est-à-dire par quelqu’un d’autre que moi), D. lui a répondu : «  Alors, Aharon ton frère (sera avec toi). Et ici aussi (quand Moché dit): « Voici les Enfants d’Israël ne m’écouteront pas etc.» Tous les miracles auraient du s’effectuer par Moché (seul) mais à cause de ceci, la parole s’est adressée à lui et à Aharon, comme c’est écrit : Et D. parla à Moché et à Aharon. » [ Chemot Raba 7/1 ]

Le refus de Moché

Ce midrach relève donc un refus obstiné de Moché d’accepter la mission divine d’être l’intermédiaire pour délivrer les Enfants d’Israël d’Egypte. En effet, le midrach, dans le paragraphe suivant, constate que Moché réitéra son refus par au moins trois langages différents :

« Ils ne me feront pas confiance » (Chemot 4/1)

« Je ne suis pas un homme de paroles. » (4/10)

« S’il Te plait, envoie quelqu’un d’autre. » (4/13)

C’est alors que le midrach qualifie toutes ces paroles de Moché comme étant en trop, inutiles et en vain. Le maître Moché aurait dû se contenter d’une action d’investissement sans proférer ces paroles en vain.

D’autre part notre midrach relève encore que, suite au refus de Moché, celui-ci fut « sanctionné » par le fait que D. associa son frère à la mission.

Ce fait soulève immédiatement une question, à savoir comment ceci était une sanction ? A première vue, c’est plutôt ce que Moche souhaita : ne pas être l’émissaire pour cette tâche qui lui semblait démesurée. Et si, toutefois, il ne fut pas dispensé de cette charge, maintenant, au moins il la partagea avec son frère.  Cela n’a pas que lui convenir de ne plus être seul devant cette mission.

Par ailleurs, nous trouvons dès le début de cette paracha une autre confrontation  entre Hachem et Moché :

Et Elokim (D.) parla à Moché et lui dit : « Je suis Hachem (l’Eternel). »

Et Je Me suis montré à Avraham, à Yitshak et Ya’akov par (le nom de) Kel Chakai et par Mon nom Hachem, Je ne fus pas connu  par eux. » [ Chemot 6/2-3 ]

Hélas ! Comme Je regrette ceux qui sont absents qui ne sont plus parmi nous. (en parlant d’ Avraham, Yitshak  et Ya’akov) [ Chemot Raba 6/4 ]

D’une manière ou une autre l’enjeu ici était de savoir si le nom essentiel de D. était « Hachem » ou « Elokim ». Hachem indiquant la conduite par la qualité de miséricorde et de générosité et Elokim relevant du caractère de la rectitude et la rigueur. D. assura alors Moché, que, malgré le fait que les patriarches ne l’avaient jamais connu en tant que tel, dans son essence Il était Hachem, un D. de générosité.

Nous pouvons comprendre l’enjeu plus profondément en nous penchant sur les miracles que D. fit en Egypte.

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Les plaies en Egypte

Rabénou Be’hayé, comme d’autres commentaires, fournit des raisons élaborées pour chacune des dix plaies que subirent les Égyptiens.

Le fil conducteur de cette explication est que même si ces plaies avaient comme but de sanctionner les Egyptiens, chaque plaie avait un intérêt supplémentaire qui était d’une importance majeure pour les Enfants d’Israël. Par exemple, lors de la première plaie, D. ne frappa pas seulement la rivière le Nil, mais toutes les eaux d’Egypte furent transformées en sang imbuvable.

Toutes les eaux, c’est-à-dire avec l’exception toutefois des eaux dans les maisons des Juifs. Dès lors, les Égyptiens étaient contraints de venir acheter le liquide vital chez eux avaient l’idée de se l’approprier de force, elle aussi se transformait aussitôt en sang… Cela bouleversait complètement les relations sociales établies entre le peuple dominateur et la population d’esclaves…

D’une part c’était une toute première étape de réhabilitation des Hébreux et en même temps cela leur conféra un minimum d’autonomie matérielle !

Pareillement, dans la dernière plaie, celles des ténèbres, les Hébreux maintenaient la faculté de la vue, même dans l’obscurité la plus totale qui régnait partout dans le pays. Par ce biais, ils ont pu découvrir toutes les richesses exposées dans les maisons des Egyptiens et ils ont pu les réclamer avant de sortir d’Egypte. (voir texte)

Cela nous permet de poser la question d’une façon plus générale : au fond quelle était la finalité des plaies en Egypte. A qui étaient-elles adressées ? Certes dans un premier temps, de même que dans l’apparence, elles étaient là pour sanctionner les Égyptiens de tous les abus commis envers les Hébreux.

C’est la conduite d’un D . du nom de « Elokim », un D. de rigueur, qui est préoccupé par la justice sur terre et qui applique une loi de rigueur.

Cependant, comme nous venons de le voir ces plaies contenaient une générosité majeure envers les Enfants d’Israël. On cherchait maintenant à comprendre si le but principale fut de sanctionner l’Egypte, car D. dans son essence est un D. rigueur (midat hadine) ou si l’essentiel de ces plaies fut la réhabilitation du Peuple Juif car l’Eternel est un D. de miséricorde (midat ha’hessed). Et alors on appelle D. par le Tétragramme : Hachem.

  1. a promis de faire sortir le Peuple Juif d’Egypte et par la suite de rester son D. « personnalisé ». Mais, on se demande à quel D. on aura alors à faire, à un D. de rigueur ou un D. de miséricorde.

La question pourra être reformulée encore différemment : Lorsque D. sanctionne le malfaiteur, est-ce que cela est une finalité en soi ?  Est-ce que Hachem s’intéresse vraiment au méchant au point de lui infliger des punitions ou est-ce que D. n’est pas intéressé uniquement par le bien et par le bienfaiteur : néanmoins, Il doit la sanction envers le méchant par justice envers les pieux !

Le serpent était l’avocat par excellence du mal dans ce monde. D. lui retira ses pattes et Se désintéressa de lui. Ensuite Il lui dit qu’il se nourrira du sable de la terre. Les commentaires s’étonnent sur cette punition. Ne signifie cela-t-il a pas que le serpent avait toujours sa nourriture à porté de main sans jamais avoir besoin de lever les yeux pour prier Hachem pour se nourrir ? Mais où était la punition ? Ils répondent qu’en effet, la pire des sanctions est que D. accorde tout à un être mais désormais se désintéresse complètement de lui. Le serpent, le malfaiteur champion, sera par cela définitivement déconnecté d’Hachem.

De faire la découverte terrible à cent vingt ans que l’on soit passé à côté de tout semble déjà le pire des sanctions ; pourquoi encore s’intéresser nominalement à chaque méchant ? Or, la façon dont laquelle D. agit en Egypte suggéra qu’avant tout Il chercha à régler des comptes avec les oppresseurs et que les Enfants d’Israël ne venaient que sur une deuxième plan.

A moins que cela était uniquement en apparence et que la finalité de toutes les agitations en Egypte était d’une manière ou une autre à l’intention des Enfants d’Israël.

Et le Peuple Juif était en doute : était-Il Hachem, un D. de miséricorde préoccupé par le bien et le bien-être du juste ou était-Il Elokim, un D. de droit, intéressé principalement par l’ordre et le bon déroulement du monde qu’Il avait créé.

La réponse de D..

La réponse de D. se fit en deux temps. D’abord le verset précise : Et Elokim (D.) parla à Moché et lui dit : « Je suis Hachem (l’Eternel) ». On remarque que le texte change d’Elokim à Hachem. C’est comme pour dire : Vous Me voyez actuellement comme Elokim, comme un D. de rigueur, préoccupé à sanctionner l’injustice sociale des Egyptiens. Mais, rassurez-vous. Cela n’est que l’apparence ; dans l’essence Je suis Hachem et derrière la partie visible de rigueur, ma préoccupation réelle est par le bien du Peuple Juif, du peuple qui envisage de vivre ce monde dans son sens véritable.

Mais, D. y ajouta une remarque :: « Hélas ! Comme Je regrette ceux qui sont absents qui ne sont plus parmi nous. » (‘haval ‘al deavdoun) Avraham, Yitshak et Ya’akov ne se sont jamais posé cette question et puisqu’ils n’ont jamais connu la fin de l’histoire, ils n’ont jamais eu de réponse à cette question non formulée. Aussi, ils n’ont jamais pu Me découvrir comme D. de miséricorde. Ce n’est pas juste qu’il sont resté sans réponse. Ce n’est non plus qu’il leur manquait la curiosité pour poser une telle question pertinente.

  1. fit savoir à Moché que la question était foncièrement erronée.

Dans certaines religions, il existe la science de D. : cela est appelé la théologie. Ce phénomène consiste à chercher à savoir tout ce qui est possible de D.. C’est la philosophie du divin. L’existence même de telle attitude est révélatrice de la distance qu’il implique entre D. et Ses fidèles. On se sent loin de Lui, et alors on philosophe sur Sa nature. Cette attitude est étrangère au concept juif. Dans l ‘ensemble les commentaires juifs se sont tous éloignés d’une telle démarche.

  1. n’entend pas rester un être déconnecté et distant de Ses créatures. Il entend avant tout être « avinou chebachamaym », notre Père dans le ciel. Un enfant ne cherche pas à analyser son père. Dans un lien de proximité, on vit sans intellectualiser la relation ! D., en tant que père de l’homme, entend qu’on L’accepte en toute simplicité, pour que la relation soit saine et riche.

 

Rav Yitshak JESSURUN

 

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