Tazria-Metsora: “Quand une femme met au monde un garçon”

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Aucun fait, aucun événement de la vie humaine ne va de soi au titre de « lois de la nature » s’assimilant à l’on ne sait quel ensemble de processus quasiment mécaniques.

L’engendrement et la naissance doivent  être inscrits sans tarder dans une Loi, au sens  vital, marquant la relation de l’Humain avec un sens transcendant qui fasse du nouveau- né autre chose qu’un bout de chair.

C’est pourquoi  cette Loi dispose : «Lorsqu’une femme ayant  » ensemencé  » (tazriâ) et engendré un enfant mâle (zakhar) elle sera impure durant huit jours, période d’indisposition (nidda) à cause de cette période d’impureté  pulsionnelle (dota titma). Et le huitième jour la chair de son excroissance sera ( re) tranchée ( ymol bassar ôrlato) ».

Il peut paraître étrange que les  faits  physiologiques de l’ovulation et de l’engendrement ne soient pas considérés comme purement « naturels »  et entérinés en tant que tels ; qu’il faille aussitôt et une fois de plus les insérer dans l’ordre d’une temporalité particulière, en trois phases, dont on examinera la troisième un peu plus loin.

Durant les sept jours qui suivent immédiatement la naissance d’un garçon, la mère est considérée comme si elle se trouvait dans sa période menstruelle. Par suite, elle ne peut pas avoir de rapports sexuels.

Une distance, un intervalle sont ainsi immédiatement constitués dont la durée: sept jours, est significative déjà au premier degré puisqu’elle évoque la séquence intégrale de la création cosmique: les six «jours» de création active puis le septième, celui de la réflexion, de la pensée redevenue possible.

Ces sept jours-là ne se rapportent pas à une «simple»  période de séparation, durant laquelle la femme serait« taboue». A l’évidence, il faut aussi qu’après le travail de la gestation puis de l’enfantement elle ait la possibilité de reprendre souffle, si l’on peut dire, et de se consacrer au nouveau- né qui se trouve dans une totale impotence et une complète dépendance.

Cependant, une autre dimension apparaît selon laquelle la  femme créatrice, loin de se renfermer sur elle même, de se considérer comme un monde en soi, doit se relier à la Création en général dont elle intériorise, sans tarder non plus,  les étapes et les rythmes.

D’où l’acte de symbolisation qui se tient le huitième jour et qui ne peut être accompli que ce jour là: la mila . Nul n’ignore l’amas de stéréotypes et d’idées parfois délirantes proliférant à ce sujet dans le sens commun qui n’épargne pas les esprits les plus cultivés. La mila n’est ni une amputation locale, ni une castration bio-psychique. Pour la Loi d’Israël, même la castration d’un animal  est prohibée.

Néanmoins, toutes les images de corps impliquent une certaine conception de la mesure, de la proportion, de l’harmonie, quand ce n’est pas du fameux « Nombre d’or » cher aux peintres et aux architectes.

Pour la pensée juive, lorsqu’un garçon naît le prépuce qui tout à la fois allonge fallacieusement son sexe mais le dissimule est bel et bien une ex-croissance, le signe d’une dis- proportion, d’un excès que l’humain lui même doit ramener à sa dimension intrinsèque et visible.

D’où le double geste de son ablation, aussitôt suivi du dévoilement décisif du gland, avant que ne soient prononcées les paroles d’insertion dans l’Alliance d’Abraham. Par ce geste, le mohel, devient le porte -fort, au sens juridique, de l’enfançon qu’il insère dans l’ordre vivant du langage, du parl’être, avant même que la conscience n’en naisse, et comme une condition de son apparition et de  sa confortation.

Par là même, le porte – fort affirme le primat d’une responsabilité qui  conduise le nouveau né, totalement dépendant, du stade de la naissance ponctuelle à celui de la viabilité durable.

Comme la fille n’est pas dotée d’un prépuce au sens anatomique, les durées de rétention puis d’indisposition de la mère seront alors respectivement de deux semaines et de soixante six jours, chiffres qui comportent également leur projection corporelle et leur coefficient symbolique.

Et c’est pourquoi, dans les deux cas,  la  femme, mère devenue ou redevenue, doit se rendre enfin au Temple et s’acquitter de deux korbanot, au sens indiqué dans les parachiot précédentes.

En premier lieu un mouton (kévess) qui se trouve dans sa première année: liturgie d’élévation, de transcendance et de futurition,  laquelle se rapporte certainement au bélier qui se substitua à Isaac lors de sa ligature, de sa âkéda, par son propre père; puis une colombe ou une tourterelle  comme propitiatoire, comme h’atat.

Le mouton symbolise le monde d’en-bas et la colombe le monde d’en-haut, une nouvelle fois conjoints. Ces liturgies corrélées doivent être accomplies en lien avec le cohen d’une part, et d’autre part à l’entrée (pétah’) de la Tente de la rencontre.

C’est de la sorte que l’enfant qui vient de naître entre ouvertement dans l’existence, à partir de l’huis corporel maternel, au sein d’un peuple qui a fait de la vie le choix déterminant.

Par Raphaël Draï Zal

 

 

L’importance de la parole par C- E Rebouh

A première vue, il n’existerait aucun lien entre ces thèmes, si les Hazal n’avaient découvert le thème qui lie l’ensemble.

En effet, nous apprennent les Sages à travers les âges, le fil conducteur vient du mot Pessah PE signifiant la bouche, organe par lequel l’être humain exprime ses remerciements à D. et récite des louanges, des prières à son Créateur, organe par lequel l’homme transmet la tradition, organe qui sert à se nourrir, à bénir et aussi à maudire…

Nous avons vu ces dernières semaines que certaines fautes, très graves, ont pu être rachetées plusieurs générations plus tard telle la faute de la médisance de Joseph sur ses frères et la médisance est une faute sanctionnée par la lèpre (צרעת) dont il sera question dans la deuxième partie de la sidra.

La péricope s’intéresse à la femme qui accouche d’un garçon ; suivent toutes les considérations concernant la période d’impureté de l’accouchée et de la façon dont elle devra remercier l’Eternel de l’avoir secourue lors de cet acte de don de la vie : elle devra apporter au Temple un sacrifice. Cependant, si elle n’avait pas les moyens de faire un sacrifice important, il est prévu que la jeune-femme puisse offrir un sacrifice bien plus modeste.

Les Sages ont évoqué plusieurs raisons au fait que la parasha commence par des problèmes d’accouchement ou parce que l’accouchement est suivi par les problèmes de lèpre dans toutes ses acceptions.

Le Maharal souligne que pendant les 9 mois où le fœtus séjourne dans la matrice maternelle, un Ange enseigne au futur enfant tout ce que renferme la Torah et, au moment de naître, le bébé reçoit un coup sur sa lèvre supérieure qui lui fait oublier tout ce qu’il avait appris pendant les neuf mois de grossesse.

Dès le moment où il commence son existence terrestre il pourra comprendre que la vie ou la mort seront en son pouvoir ainsi qu’il est écrit : ומוות וחיים ביד הלשון (Proverbes – mishlé XVIII, 21) La mort ou la vie sont au pouvoir de la langue. En grandissant, le bébé comprendra qu’il aura intérêt à savoir comment préserver sa bouche de la médisance.

En regardant du côté du Midrash Raba, le lien entre le sacrifice apporté par l’accouchée et la lèpre apparaît beaucoup plus évident et voici pourquoi : en demandant à l’accouchée de présenter un sacrifice, il se peut que le mari accepte de bon cœur d’offrir les bêtes demandées mais il est possible aussi que le mari refuse en prétextant que c’est au-dessus de ses moyens.

Il se pourrait fort bien que la conjoncture oblige cet homme à montrer qu’il a menti à cause de sa mesquinerie ou de son avarice. Auquel cas, il pourrait être amené à vivre un certain temps à l’écart et à devoir offrir un autre sacrifice.

La lèpre biblique est différente de la lèpre qui s’attaque à d’autres peuples et qui est non seulement une affection grave mais très contagieuse. La tsaraât צרעת, n’est pas une maladie et elle n’est pas contagieuse. Elle peut tout d’abord attaquer les murs d’une maison, les vêtements et finalement la peau de la personne.

Il existe 72 sortes de marques que le Cohen doit observer avant de déclarer que les signes examinés sont bien des signes de tsaraât ou pas et il est du devoir du Cohen de déclarer à voix haute “impur” ou “pur”.

Les instructions sont très détaillées concernant les marques et les teintes laissées par l’affection cutanée et, par exemple il est écrit que si le Cohen ne s’y entend pas, il peut demander le concours d’un spécialiste qui lui dira si la tâche est pure ou impure.

De même, un Cohen qui n’aurait pas la permission de bénir le peuple en raison d’un défaut physique ou d’une imperfection pourra affirmer “pur” ou non. En revanche, un aveugle, ne pourra accomplir ce devoir car il est écrit que le Cohen doit voir.

Le Cohen Gadol est revêtu d’un “méîl” manteau dont le bas est garni de 72 clochettes (36 devant et autant derrière). Le chiffre 72 est en rapport avec les 72 apparences de la lèpre.

Le mot “tsaraât” par sa première syllabe donne une impression d’étroitesse, comme l’expression “tsarout âyin” (צרות עין) ou mesquinerie. Les Sages ajoutent que ce vocable vient en fait de la contraction de deux mots metso-râ ou “qui sort du mal” en expliquant ceci de la manière suivante : en pratiquant le “lashon harâ”, on provoque du mal à la personne sur laquelle on a dit du mal.

Dans le Zohar, les Rabbins commentent ainsi le lashon harâ : la médisance atteint la “ahdouth Israël” si gravement qu’elle la divise en trois au lieu de la laisser en une unité absolue : kedousha berikh Hou (HaKadosh Baroukh Hou), Oraïta (Torah) et Israël.

C’est un peu pour cela que la mort des 24,000 élèves de Rabbi Aquiba pendant la période de l’Omer nous interpelle car, ils n’avaient pas de considération l’un pour l’autre et cette indifférence ressentie par chacun d’eux vis-à-vis de son semblable a atteint des sommets tels que ces disciples sont arrivés à mettre en péril les règles les plus basiques de la société qui requièrent la prudence la plus absolue dans la médisance, juges les gens favorablement, être bon, donner de soi, aider et pratiquer la charité.

C’est à propos de mesquinerie que Noé a maudit son petit-fils Canaân : en effet, lorsque Ham, le fils de Noé comprit que celui-ci avait sans doute l’intention de procréer à nouveau, et d’avoir un quatrième enfant, que Ham décida de castrer son père. Et par cause à effet, Noé proféra une malédiction sur le quatrième fils de Ham !

Lorsqu’un homme est atteint de tsaraât, il doit raser tous les poils de son corps en particulier sa chevelure (symbole d’orgueil), sa barbe (qui entoure la bouche et donc qui embellirait la médisance) et ses sourcils (témoins du regard de l’homme).

Au contraire, l’aîné des enfants d’Amram et Yokhéved, Aharon le Cohen, n’avait qu’un œil bienveillant ; ainsi, lorsqu’il apprit que son “jeune” frère était choisi par HaShem pour exercer une fonction supérieure à la sienne, il l’accueillit d’un bon œil.

Caroline Elishéva REBOUH

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