Stefan Zweig ou la fin des idéaux- vidéo

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Stefan Zweig (1881–1942), 1931; écrivain autrichien. Crédits : Trude Fleischmann (1895–1990)

Il y a toujours un mystère inexpugnable dans les raisons pour lesquelles un être décide de se donner la mort. Pourquoi Zweig a-t-il décidé de se donner la mort, à 58 ans, au Brésil, le 11 février 1942, entraînant avec lui sa jeune épouse, Lotte ? 

Peu de temps avant sa disparition, il avait rencontré un autre écrivain, Georges Bernanos, lui aussi réfugié au Brésil. Même si Bernanos se situait aux antipodes de Zweig dans ses références culturelles comme dans ses prises de positions politiques, il avait cherché les mots pour faire reprendre espoir à l’autrichien.

Peine perdue… quelques jours plus tard, Zweig décidait d’avaler des barbituriques en compagnie de sa femme. Les clés de son suicide se trouvent peut-être dans le livre qui peut passer aujourd’hui pour son testament, Le Monde d’hier – la certitude de voir une double fin – fin du monde que l’on aimait, fin aussi des certitudes que l’on pouvait avoir au sujet de ce monde.

Comme l’écrivait Zweig, “il ne m’a été d’aucune aide d’avoir entraîné mon cœur durant presque un demi-siècle à battre au rythme universel d’un citoyen du monde. Non, le jour où l’on m’a retiré mon passeport, j’ai découvert qu’à 58 ans, qu’en perdant ma patrie, on perd bien davantage qu’un petit coin de terre délimité par des frontières”. 

Dans la lettre qu’il laisse derrière lui, il explique qu’il ne se reconnaît plus dans ce monde-là, un monde où la destruction prédomine, où l’humanisme n’est plus qu’un mot vague sans contenu. Mais ce n’est pas seulement le désespoir qui l’a tué.

 

Certes, il croyait en la victoire définitive du Reich. Lorsque Zweig a débarqué à New-York en 1940, assailli par les journalistes, il se garda de faire le moindre commentaire sur l’avenir de l’Europe.

En réalité, il était persuadé qu’Hitler était là pour 1 000 ans. Et cette victoire marquait sa défaite, sa défaite pas seulement en tant qu’homme et démocrate, mais aussi sa défaite en tant que penseur.

Jusqu’au bout Zweig s’est rêvé universaliste et pacifiste. C’est ainsi qu’il ne s’est jamais pensé comme juif – l’idée d’un état juif lui paraissait étrange, aussi n’a-t-il jamais été sioniste. Pour lui, être juif c’était nécessairement vivre en diaspora, donc avoir épousé l’universel.

Le monde qui avait été le sien était celui de l’empire austro-hongrois, le seul empire qui n’avait jamais véritablement été impérialiste, le seul lieu qui était aussi de partout, qui lui permettait d’être citoyen du monde. C’est cette illusion qui se défaisait sous ses yeux…

Lorsque les Etats-Unis entrent dans la guerre, le partisan aurait pu reprendre espoir, mais c’est le pacifiste en lui qui se désespère. Il achève Le Joueur d’échecs, roman publié à titre posthume, mettant en scène un exilé autrichien que les nazis poussent aux frontières de la folie.

Mais c’est peut-être aussi dans une œuvre de jeunesse que l’on trouve l’une des raisons de son suicide… Jérémie, pièce de théâtre achevée en 1917 – “Pourquoi s’intéresser au prophète Jérémie ? Parce qu’il est notre prophète… Il n’a pu qu’annoncer et pleurer les ruines. Il n’a rien empêché. Ainsi de nous”.

Et maintenant bonne journée puisque vous n’êtes pas Stefan Zweig.

www.franceculture.fr

 

 

 

 

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