Simone Veil, in memoriam, par M-R.Hayoun©

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Simone Veil, in memoriam

Je n’ai appris la disparition de cette grande dame qu’il y a quelques heures. Et toutes les radios ont organisé des éditions spéciales pour être à la juste mesure de cet événement : une grande dame, une rescapée de la Shoah, une ancienne ministre, membre de l’académie française, une mère, une épouse et une grand-mère, a quitté ce monde.

Il est rare qu’ une personnalité politique, surtout si controversée de son vivant, fasse l’unanimité à droite comme à gauche.

Simone Veil a eu un destin, mais pas dans le sens où on le subit, tout au contraire, au sens où elle a marqué son temps et laissé une trace profonde derrière elle.

Née Jacob, d’un père juriste, juif mais entièrement assimilé et ne retenant du corpus doctrinal juif que l’aspect humaniste et culturel, Simone Veil (après son mariage avec Antoine Veil) n’était nullement destinée à mener la vie qu’elle a menée ni à livrer les combats qu’elle a dû livrer.

C’est dans ce sens qu’il faut parler de destin. Et d’abord ses origines juives qui vont exercer une influence déterminante sur sa vie, celle de ses parents et de ses sœurs.  N’était cette ascendance juive, la seconde Guerre Mondiale n’aurait pas pesé de toute sa force sur l’avenir d’une adolescente de seize ans, déportée dans un camp de concentration où elle découvrira à bout portant ce qu’une autre grande femme juive, Hannah Arendt appellera (à la suite du philosophe allemand Kant) le mal radical et sa banalité.

Après cette expérience indélébile de la Shoah, la jeune fille rentre en France et entame des études, notamment à la faculté de droit et à la fondation des sciences politiques. Nommée magistrat, elle mènera une vie normale, mais que d’autres comme Françoise Giroud qualifieront de mondaine. Dans son autobiographie intitulée les Taches de léopard elle écrira : « à cette époque, les Veil étaient très déployés dans Paris… », allusion probable à une rivalité naissante entre ce qu’on appelle des femmes d’influence.

En tout état de cause, même si Giroud sera, elle, une éphémère secrétaire d’Etat, Simone Veil attira le regard du président Giscard d’Estaing qui la nomma au ministère de la santé car les hauts magistrats de la chancellerie avaient fait grise mine en apprenant qu’elle pourrait devenir leur ministre.


Simone Veil va être appelée à modifier en profondeur la vie de millions de femmes en leur rendant l’absolue souveraineté sur leur corps.
Je m’abstiens de citer les critiques, les accusations, les bassesses dont cette courageuse femme fut la cible. Qu’on soit pour ou contre l’avortement, on ne peut pas nier qu’une telle loi a mis la France au même niveau que les autres démocraties européennes.

Là encore, la Providence a tracé la voie et préparé le terrain puisque Simone Veil va être appelée à modifier en profondeur la vie de millions de femmes en leur rendant l’absolue souveraineté sur leur corps.

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Je m’abstiens de citer les critiques, les accusations, les bassesses dont cette courageuse femme fut la cible. Qu’on soit pour ou contre l’avortement, on ne peut pas nier qu’une telle loi a mis la France au même niveau que les autres démocraties européennes.


Je trouve cependant qu’il y a quelque injustice à lier exclusivement le nom de Simone Veil avec cette loi qui fit l’objet de tant de controverses, comparables par leur violence et leur déchaînement, à l’affaire Dreyfus.
Ce qu’il faut dire de cette grande dame, c’est qu’elle a animé tant en France qu’en Europe un certain humanisme dont on avait perdu la trace, surtout après les atrocités du nazisme dont elle fut directement victime.

Je trouve cependant qu’il y a quelque injustice à lier exclusivement le nom de Simone Veil avec cette loi qui fit l’objet de tant de controverses, comparables par leur violence et leur déchaînement, à l’affaire Dreyfus.

Ce qu’il faut dire de cette grande dame, c’est qu’elle a animé tant en France qu’en Europe un certain humanisme dont on avait perdu la trace, surtout après les atrocités du nazisme dont elle fut directement victime.Résultat de recherche d'images pour "simone veil"

La première fois que j’ai croisé cette femme, ce fut dans un avion d’Air Inter, lors du parcours Strasbourg-Paris. J’étais abonné car je me rendais chaque semaine par avion dans la capitale alsacienne puisque j’étais professeur à l’université de la ville ; je voyageais donc à l’avant de l’appareil. Et je me souviens que ce jour là, la dame était assise à côté de moi, près du hublot. A l’hôtesse elle commanda un tonic, mais celle-ci avait compris : un Gin tonic. Elle apporta donc cet alcool à la présidente du parlement européen, qui le lui rendit en ces termes : je ne vais pas me mettre à boire dès 11 heures…

J’échangeai quelques mots avec elle et je dois dire que ce vol est resté gravé dans ma mémoire.

J’ai revu Simone Veil une seconde fois, bien des années plus tard, lors d’une grande réception dans la résidence de l’Ambassadeur d’Allemagne à Paris, à l’hôtel de Beauharnais.

Elle était toujours aussi gracieuse et charismatique, elle posait un doux regard sur ceux qui l’entouraient, les traits de son visage étaient toujours aussi lisses et lui conféraient un air apaisé. Malheureusement, je décelai tout de même un amaigrissement suspect … J’appris par la suite qu’elle souffrait d’une maladie touchant le plus souvent les personnes âgées.


Cette femme a mené de durs combats, sans jamais blesser inutilement ses adversaires car elle ne les considérait pas comme des ennemis.
Au camp où elle fut déportée avec ses sœurs, elle apprit à connaître les
dures réalités de l’existence. Dans cet univers concentrationnaire où règne un climat équivoque, tant dans le clan des tortionnaires que dans la masse des déportés, elle apprit à découvrir les ressorts les plus intimes de l’âme humaine.

Cette femme a mené de durs combats, sans jamais blesser inutilement ses adversaires car elle ne les considérait pas comme des ennemis. Au camp où elle fut déportée avec ses sœurs, elle apprit à connaître les
dures réalités de l’existence. Dans cet univers concentrationnaire où règne un climat équivoque, tant dans le clan des tortionnaires que dans la masse des déportés, elle apprit à découvrir les ressorts les plus intimes de l’âme humaine.

Est ce que sa naissance dans une famille juive a déterminé sa personnalité la plus intime ? Il faudrait être aveugle pour l’ignorer ou le nier. Mais est ce que cela a déterminé son action politique ou sociale ? Je ne le pense guère. Cela ressortit à la manière qu’avaient les Israélites français de vivre leur judaïsme, voire leur identité juive, dans l’entre-deux-guerres : l’affaire Dreyfus n’était pas très loin, l’antisémitisme diffus au sein de la société et l’antijudaïsme théologique de l’église catholique contribuaient à inciter les Israélites  à opter pour la discrétion.

Quand les choses changeront, il restera encore des attaques antisémites ; certains iront jusqu’à parler de la «revenant Simone Veil», d’autres, en plein débat au Palais Bourbon compareront la loi qui porte son nom aux crimes  de la barbarie nazie. C’était trop !

Pourtant, cette femme au caractère trempé a toujours figuré en tête des personnalités préférées des Français.

Pour finir, je dirai  que cette femme a humanisé la politique, réputée par sa violence congénitale et son intransigeance partisane.

Curieusement, celle qui a toujours fait partie de gouvernements de droite ne s’est jamais vu reprocher une telle appartenance : ce midi, les premiers hommages émanaient de gens de gauche, y compris la maire de Paris qui entend donner le nom de Simonne Veil à un lieu historique de Paris.

Et puisqu’on parle d’hommage, je tiens à souligner que Marine Le Pen, contrairement à son père, a salué comme il convient la mémoire d’une grande dame et rendu hommage à son action. Hommage tardif à une action passée ? Non point.

Dans son traité populaire intitulé Pirké Avot (Principe des pères) le talmud nous adresse une mise en garde : al ta’amin al atsmékha ‘ad yom motekha : on n’est sûr de soi qu’au jour de sa mort…

Nous l’attestons, ici comme ailleurs, devant le ciel comme sur terre, cette femme a été une personne morale et vertueuse.

Une échét hayil dont parle le chapitre XXXI du livre des Proverbes…

Maurice-Ruben HAYOUN

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Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève

2 COMMENTS

  1. Madame Simone Veil a aussi témoigné de compassion à l’égard des enfants de Gaza. Mais on ne l’a jamais entendu faire part de la même sollicitude à l’égard des enfants de Sderot.

    • Etant donné qu’il y a, concernant les liens viscéraux entre Simone Veil et Israël, bien plus de témoignages nombreux d’une action discrète, mais efficace, que le contraire, comme vous l’insinuez sur des impressions purement subjectives (elle n’aurait pas pleuré sur les enfants de Sderot? Mais comment vous le savez?), on retiendra qu’elle a largement fait preuve de plus que de la simple « compassion » pour ses coreligionnaires d’outre-Méditerranée. Tant pis pour les esprits chagrins qui s’expriment surtout librement quand les gens sont morts. Un peu bizarre comme besoin de se défouler sur la tombe d’autrui. Espérons que nos propres tombes seront protégées contre cette passion morbide du dénigrement.Connaissez-vous ce souhait certes un peu « confortable », voire « petit-bourgeois » : « mourir en paix »? Surtout quand on a connu Auschwitz-Birkenau…

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