Sarah Halimi : ou sacrifier les Juifs pour avoir la paix©

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"Run J'accuse pour Sarah Halimi"/crédit photo Alain Azria

On a avancé beaucoup de raisons, toutes assez pertinentes et hélas vraies, pour tenter d’expliquer le silence des médias, suivi du désintérêt des Français, sur l’affaire Sarah Halimi. Sur l’assassinat de cette Française le 4 avril 2017, torturée puis défenestrée par son voisin islamiste en raison de sa judéité. L’une d’entre elles, l’une de celles qui me perturbe le plus en réalité, a sans doute été avancée, mais à mon sens négligée.

Une raison qui traduit une de mes craintes les plus profondes en tant que juive française, car je la sais inévitable.

En période de crise, de guerre, lorsqu’un clan, un village, se voit menacé par un ennemi extérieur, un ennemi qui parmi ses revendications met en avant la prétendue responsabilité d’une partie de la communauté dans le conflit, un réflexe humain tend à “sacrifier” les leurs dans l’espoir de calmer le monstre et de dévier son intérêt vers d’autres victimes.

Ce réflexe s’est déjà vérifié pour les Juifs de France. Plus précisément, sans que j’ai besoin de l’entendre, ni de le lire, je sais pertinemment que nombre de Français se disent, consciemment ou non, bon sang, ces musulmans qui nous font la guerre, qui commettent des attentats chez nous, en fait c’est aux juifs qu’ils en veulent.

Faut les comprendre ! Ils ont vu leurs terres volées par les israéliens.

Il paraît qu’un musulman a tué une juive ? bah, laissons-les régler cela entre eux. Au fond, ça ne nous regarde pas.

Suis-je en train de fantasmer ? D’exagérer ?

Serais-je paranoiaque ?

Hélas, je ne le crois pas.

Je suis intimement convaincue que cette conviction enterrée ou avouée que les Juifs sont responsables des attentats qui sévissent en France et ailleurs – et l’espoir qui en découle qu’en laissant tomber les juifs victimes de musulmans on aura la paix est partagée depuis déjà depuis plusieurs années en France.

Inutile de dire qu’elle ira en se renforçant tant qu’en haut de l’Etat, on continuera à tenir un discours plus qu’ambigu et schizophrène sur le conflit israélo-palestinien.

Ambigu, car, à l’égal du tabou qui malgré tout est ancré et qui consiste à condamner officiellemnt et fermemnt toute manifestation d’antisémitisme venant de l’extrême-droite, la France – et hélas partie des Juifs – préfère s’investir verablement et physiquemennt dans les commémorations de la Shoah que dans les dénonciations de l’antisémitisme musulman.

Il est vrai que le discours du Président de la République Emmanuel Macron, lors de la commémoration du Vel d’Hiv de cette année, tranche après toutes ces années d’ambiguité et de tabou.

Lorsqu’il évoque Sarah Halimi et appelle à une condamnation de l’antisémitisme qui l’a tuée, un pas énorme est franchi dans l’admission officielle de l’antisémitisme musulman.

Pour autant, et ce tant que le vocabulaire qui tue, et qui consiste à désigner les israéliens comme des colonisateurs, plombera la portée de la condamnation, tant que ne seront pas interdites les manifestations en faveur des terroristes arabes, nous ne serons pas sortis d’affaire.

D’autant qu’on le sait, diverses communes françaises se font le relais depuis plusieurs années des revendications palestinennes.

Bref, nous savons tout cela.

Revenons à l’assassinat de Sarah Halimi.

Rappelons, une enième fois, que Sarah Attal Lucie Halimi, a été assassinée dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, à son domicile, à Paris, par son voisin Kobili Traoré, un musulman religieux.

Que ce meurtre s’est accompli dans des circonstances particulièrement horribles.

Kobili Traoré a en effet battu sa victime pendant près de 40 minutes, avant de la défenestrer.

Les coups qu’il infligeait à Sarah halimi étaient entrecoupés de sourates du Coran, et reprenaient de plus belle dès qu’il réalisait que sa victime avait repris connaissance.

On a dit et redit que pendant tout ce temps la police et les voisins non seulement étaient en mesure d’entendre les cris de Kobili Traoré et de Sarah, mais qu’en plus ils les ont entendus.

Qu’arrivées à 4h28 sur les lieux, les forces de police, et ce bien qu’elles aient reçu du renfort à deux reprises, ne sont intervenus que près d’une heure plus tard.

Qu’entre-temps Sarah Halimi avait été défenestrée.

Que la mort légale de Sarah halimi a été établie à 5 h10.

Bref, nous savons et depuis plusieurs mois, que tant Kobili Traoré que les forces de police sollicitées cette nuit sont responsables de la mort de Sarah Halimi.

Car les avaocats des parties civiles (falille de Sarah Halimi, CRIF, Consistoire et BNVCA) ont rassemblé quasiment depuis le début des éléments accablants, et qui sont allés en s’étoffant au cours de la procédure.

Elements qui établissent :

-l’existence d’actes de tortures par Kobili Traoré sur Sarah Halimi,

-l’antisémitisme comme cause de l’assassinat de Sarah Halimi,

-la préméditation de l’assassinat de Sarah Halimi,

-le discernement de Kobili Traoré lorsqu’il a assassiné Sarah Halimi,

-l’inaction cooupable des forces de police pendant que Sarah Halimi était torturée puis tuée.

Malgré cela,

-tant à l’ouverture de l’instruction que lors de la mise en examen de Kobili Traoré, les chefs d’inculpation retenus ont été simplement : séquestration (non de Sarah Halimi, mais de la famille malienne dont Kobili Traoré avait emprunté l’appartement quelques minutes le temps d’accèder à celui de sa victime) et homicide volontaire (donc sans retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme, ni les actes de tortures, ni la prémédiattion…)

-dès l’arrestation de Kobili Traoré, ce dernier fut interné en centre psychiatrique, ayant réussi à faire croire qu’il avait agi dans un moment de folie

-encore à ce jour, aucune réponse n’a été apportée sur la non-intervention des forces de l’ordre.

Ce marasme judiciaire a été marqué par de nombreuses déceptions : ouverture d’instruction et mise en examen pour des motifs sans rapport avec la réalité des faits, et, en dernier lieu, le fameux rapport du Docteur Daniel Zagury, expert judiciaire, qui avait été mandaté le 22 mai pour juger de l’état de discernement de Kobili Traoré.

Déception, car, et bien qu’il ait pris son temps (puisqu’en rendant ses conclusions la semaine dernière il dépassait largement le délai de 3 mois qui lui avait été imparti), l’expert a conclu en estimant que le jugement de Kobili Traoré avait été en parti aboli, car il aurait agi sous l’emprise d’une bouffée délirante, tout en estimant, il est vrai, que cette irresponsabilité partielle n’était pas incompatible avec l’antisémitisme.

On peut s’estimer heureux des progrès accomplis par le Docteur Zagury, quand on sait que ce dernier avait jugé que le discernement de l’assassin du jeune DJ Sébastien Sellam était aboli au moment des faits.

Rappelons que Sébastien Sellam a été assassiné le 20 novembre 2003, défiguré à coups de couteau et de fourchette par son voisin de palier et ami d’enfance, qui avait précisé « J’ai tué un juif, j’irai au paradis ». La justice n’a pas retenu la thèse de l’acte antisémite mais celle de la folie.

Occasion de rappeler que l’affaire Sellam était, après l’attentat de Copernic, et avant l’assassinat d’Ilan Halimi, douloureusement annonciatrice du déni judiciaire, médiatique, intellectuel et sociétal de la France sur cet antisémitisme musulman.

Déni encore plus violent, choquant et révoltant quand on se souvient, grâce à Marc Lévy, délégué du CRIF en Israël et avocat de la LICRA dans le procès de Reynald Leykens, que ce dernier avait été jugé coupable d’un assassinat antisémite à l’encontre d’Henriette Cerf, en août 1984.

Et ce pour la bonne raison que les policiers avaient retrouvé une collection d’armes blanches et des photographies faisant l’apologie de l’Allemagne nazie.

Preuve supplémentaire que l’antisémitisme d’extrême droite est reconnu avec beaucoup plus de facilité que celui des musulmans. (Source : Blog du CRIF)

Bref, revenons au rapport du Dr Zagury, analysé par Maître Alexandre Buchinger, l’un des avocats des parties civiles dans l’affaire Sarah Halimi.

Ce dernier, on l’a déjà dit, rappelle les points positifs : le discernement n’étant pas jugé entièrement aboli, Kobili Traoré sera donc jugé.(lire notre article : L’assassin de Sarah Halimi aurait agi suite à une « bouffée délirante »©)

Par ailleurs, si le Dr Zagury évoque des troubles psychiatriques, il énonce que ces troubles ont été accentués par une consommation massive de cannabis : ceci est un acte volontaire et constitue donc une circonstance accentuant sa responsabilité.

Enfin, mais cela dans des conditions qui viennent quelque peu atténuer cette reconnaissance, le Dr Zagury admet la compatibilité de la bouffée délirante de Kobili Traoré avec l’antisémitisme.

-dans la conclusion : il y est dit de manière générale ‘on peut avoir une bouffée délirante et commettre un acte antisémite’.

– à la page 54, le crime de Kobili Traoré est défini comme un acte délirant et antisémite.

En revanche, la question de la préméditation, comme celle des actes de barbarie, est complètement obérée.

Quoi qu’il en soit, la balle est désormais dans le camp des juges.


“Le Parquet estime que la “bouffée délirante aiguë” qui a saisi le principal suspect n’était “pas incompatible avec une dimension antisémite”.


A ce sujet, on vient d’apprendre que le Parquet avait sollicité que le caractère antisémite soit reconnu.

“Le Parquet estime que la “bouffée délirante aiguë” qui a saisi le principal suspect n’était “pas incompatible avec une dimension antisémite”.

Le parquet de Paris a demandé mercredi à la juge chargée de l’enquête sur le meurtre de Sarah Halimi, juive défenestrée en avril à Paris, que le caractère antisémite soit retenu dans cette affaire qui a provoqué une vive émotion.

Le parquet a fait cette demande au vu de “l’expertise psychiatrique” rendue début septembre et “des premiers éléments de la commission rogatoire remis par les enquêteurs”, a-t-il précisé. Selon cette expertise, le trouble dont souffrait le meurtrier Kobili Traoré, pris d’une “bouffée délirante aiguë” après une forte consommation de cannabis, n’était “pas incompatible avec une dimension antisémite”.” (Source : Europe 1)

Décision saluée par le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme :

“Le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme accueille avec satisfaction l’information selon laquelle le Parquet demande que le caractère antisémite soit retenu dans l’affaire de l’assassinat de Madame Sarah Halimi.

Nous rappelons que le 4 avril 2017, madame Sarah HALIMI, née ATTAL, a été agressée à son domicile de Paris 11ème par son voisin KOBILI TRAORE, musulman d’origine malienne, qui l’a torturée parce que juive, et défenestrée aux cris répétés de ALLAH OUAKBAR.
Pour le BNVCA la circonstance aggravante d’antisémitisme n’a jamais fait aucun doute.
Le rapport d’expertise psychiatrique établi à la requête de la Juge d’Instruction a fini par spécifier que l’auteur “souffrait d’une bouffée délirante qui n’était pas incompatible avec une sanction pénale, et la circonstance aggravante d’antisémitisme”.
Le BNVCA demande à son conseil Maître Alex Buchinger de nous constituer partie civile dans cette dramatique affaire qui a soulevé l’inquiétude de la communauté juive, une forte émotion légitime et une grande préoccupation.
Le BNVCA salue cette décision attendue du Procureur de la République de Paris.
Le BNVCA attend que la juge d’Instruction décide de suivre les réquisitions du Parquet et prononce la mise en examen de l’assassin.”

On ne peut qu’espérer que cette demande soit suivie d’effet.

Et que les autres points reçoivent réponse.

En attendant, nous ne devons rien lâcher, et devons rester vigilants et mobilisés.

Jonathan Behar l’a bien compris.

C’est ce qui l’a poussé à organiser deux “runs” ou défilés de motos, coureurs et cyclistes à travers Paris, depuis Neuilly jusque Place du Châtelet, les 29 juin et ce dimanche 17 septembre.(Lire notre article : Assassinat de Sarah Halimi : « J’accuse »©)

A ce deuxième Run appelé “J’accuse pour Sarah Halimi”, et auquel s’étaient joints notamment le Collectif Haverim, le CRIF et l’UEJF, a été comme la première fois digne tout en faisant du “bruit”.


Nous voulons que ce procès ne soit pas seulement celui d’un homme, d’un assassin, mais qu’il soit celui de l’antisémitisme qui tue dans notre pays.

Francis Kalifat, président du CRIF


 

Car “assez de tergiversations“, a déclaré Laurent Pariente du Collectif Haverim, “il s’agit d’un acte antisémite, il s’agit d’un acte terroriste. Nous sommes ici car nous avons le droit à la vérité, le droit à la justice.”

Pour Francis Kalifat, président du CRIF, il faut continuer la mobilisation, car il faut au moins retenir du rapport d’expertise “qu’il y aura un procès, même si l’altération du discernement de l’assassin a été partiellement retenue…

Nous voulons que ce procès ne soit pas seulement celui d’un homme, d’un assassin, mais qu’il soit celui de l’antisémitisme qui tue dans notre pays. Il faut continuer, et le rapport le permet”, tant pour la circonstance aggravante d’antisémitisme que pour celle de préméditation.

“Il faut arrêter de trouver des excuses, il faut arrêter d’appeler les gens des déséquilibrés, il faut garder la tête haute. L’heure n’est plus de se faire passer pour des victimes, on ne veut plus être des victimes. Il faut qu’on soit des combattants.

Je m’adresse à toute la société, à toutes les personnes qui ont perdu des proches, aux policiers, aux proches des victimes du Bataclan. Les combattants, ce n’est pas que la police, c’est vous tous.”, a précisé Jonathan Behar.

Il faut qu’on soit des combattants. Et surtout ne pas nous rendormir après cette bienvenue annonce du Parquet.

Car tout est à faire.

 

©Solange Hendi pour JForum

Vidéo Solange Hendi

Photo de groupe d’une partie des participants au “Run J’accuse pour Sarah Halimi”, Crédit photo Alain Azria
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“Run J’accuse pour Sarah Halimi” Crédit photo Stéphane Assuline
“Run J’accuse pour Sarah Halimi”, Crédit photo Alain Azria

8 COMMENTS

  1. En cette veille de Kippour , nous devrions pardonner ,mais comment y parvenir? l’assassin de Sarah , . ces attaques contre nos frères et soeurs Juifs ,je ne suis pas assez forte pour pardonner ces crimes odieux

  2. Heureusement que les français considerent les juifs comme des tortionnaires des pauvres enfants palestiniens ! Sinon a quoi servirait les tresors de propagande pro arabe que deploie en permanence le systeme mediatique aux ordres des dirigeants français ? A quoi servirait l emprise antisioniste sur l education nationale a travers des livres de classe pro arabe ? Et les votes scelerats a l onu , et l attitude ignoble du consulat de Jerusalem ? Enfin merde ! Tout cet argent est depensé avec un objectif clair , seul le crif ne l a pas compris

  3. Nous savons très bien que les policiers présents derrière la porte de Sarah Halimi, pendant qu elle se faisait torturée ,obeissaient à un ordre de non interventions, qui a donné cet ordre?!

  4. C est vrai pour le sacrifice et notamment des Juifs. L on assiste aussi pour le sacrifice d Israel malgré les pseudos démonstrations d Amitié . Vivement la fin du pétrole!!!!!!!!!!!!!! Mais malgré cela Israel est fort et avanceTrop de mensonges et d inventions a tout va pour ce pays humaniste et altruiste

  5. J’ai lu cette article, je le trouve excellent. Je ferais quelque remarques, les policiers ont peur (de la bavure) . Lors des attentats du Bataclan un commissaire a eu lui le courage d’intervenir avec son chauffeur. Les juifs n’intéressent pas le gouvernement ou les partis politique. Ils peuvent quitter la France à condition de ne pas aller en Israël (à chaque fois on nous répète que 30% des juifs partis en Israël en Israël sont revenus). La magistrature est remplie de gauchiste (voir le mur des “cons”) et les journalistes sont achetés par le quatar. alheureusement je ne vois qu’une solution : tirer sa révérence. Il y avait une blague en 1933 en Allemagne pour les juifs : Quel est la différence entre un juif optimiste et un juif pessimiste : l’un est à New York (le pessimiste) l’autre à Dachau (l’optimiste)

  6. Tous les membres de ISIS souffrent de bouffées de délire aigue! Cela est le résultat direct du conditionnement Islamic intense. Dès lors c’est un aspect de l’ Islam (et les individus responsables les “clérics” en particulier) qui doit etre mis au banc des accusés.

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