Portrait de la figure de Joseph par G. Hausmann-Isserles

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Diego Velázquez, Jacob recevant la tunique de Joseph, huile sur toile, 1630, musée du monastère de l’Escurial.

Portrait de la figure de Joseph,
Inspiré par sa lecture personnelle et par d’importants commentaires traditionnels juifs.

L’histoire de Joseph est présentée dans les quatre dernières sidrot du livre de la Genèse : Vayèchev, Mikets, Vayigache et Vaye’hi. Il s’agit d’un tournant dans l’histoire, du passage de maasse avot à maasse banim, de la fonction des patriarches à celle des tribus. Le texte s’exprime en ces termes : « Voici l’histoire (ou les générations) de Jacob, Joseph, âgé de dix-sept ans… » (Genèse 37 : 2).

La transition se fait par le biais de Joseph, aîné de Rachel, chéri par Jacob, dont les traits du visage sont les mêmes que ceux de Jacob et dont la destinée rappelle celle de son père.

C’est dans la vallée de Hebron que fut vendu Joseph et c’est en ce lieu que fut conclue l’alliance entre le Seigneur et Abram – brit ben habetarim- lors de laquelle, D. annonça à Abram que « ses descendants seraient étrangers sur une terre qui ne sera point à eux… » (Genèse 15 : 13 et suivants) et qu’ils hériteraient de la Terre Sainte.

Par la vente de Joseph s’amorce l’exil égyptien (la galut de l’Egypte) : Il y a concrétisation du brit ben habetarim. La Galout de l’Egypte est le modèle des autres exils; de même que la Geoula de l’Egypte (délivrance de l’Egypte) est la base des délivrances futures, bien que non identiques.

La galout est une étape nécessaire au bon service de D. et à la cohésion du peuple, c’est un précurseur de la Gueoula de par son rôle formateur, d’où le rôle des tribus désormais lié à la Galout (exil) et à la Gueoula (délivrance).

La destinée de Joseph est extraordinaire, surnaturelle même, puisque la main du Seigneur y est dissimulée. Joseph était l’enfant préféré de Jacob et les frères le prirent en haine.

A 17 ans, Joseph suite à ses songes fut vendu à des marchands qui le descendirent en Egypte.

Pendant un an, il fut serviteur auprès de Potiphar, lequel lui donna l’entière responsabilité de sa maison. Puis, suite à des manigances de la femme de son maître, il fut jeté en prison où il resta captif pendant 12 ans.

Dans la dixième année de son emprisonnement, il expliqua les rêves à deux détenus, le maître-échanson et le maître-panetier qui se concrétisèrent après 3 jours. Il fut finalement nommé, à l’âge de 30 ans, à la tête de l’Egypte, secondant le Pharaon, conséquemment à l’interprétation du rêve de ce dernier.

Après 22 ans de séparation, Joseph retrouva son père. La famille fut réunie et s’installa en Egypte, dans les terres de Goschen.

Les rêves de Joseph sont le fruit d’une vision du projet de la Providence divine, lequel est transmis à Joseph à travers l’image. Il s’agit de l’annonce de la royauté de Joseph, royauté jusque dans les temps messianiques (machia’h ben Yossef).

Le récit des rêves attisa l’indignation des frères de Joseph : « Quoi ! régnerais-tu sur nous ? deviendrais-tu notre maître ? (Genèse 37 : 8)”

Selon une opinion rabbinique, les frères tentèrent d’en empêcher la réalisation, car ils considéraient que la royauté devait revenir à Judas et c’est pourquoi les frères envisagèrent tout d’abord de tuer Joseph, l’ayant considéré comme un usurpateur, mais ils décidèrent de le jeter dans une citerne, puis le vendirent. Finalement, le projet divin se réalisa selon le rêve et son explication.

Joseph sombra dans son malheur à cause de ses songes et il dut également sa prodigieuse ascension à des rêves ; il possédait la clef des rêves, l’intelligence (la ‘Hokhma Elokit) nécessaire au décryptage et à la compréhension du message divin contenu dans le rêve.

Chez Potiphar, Joseph fut un homme réussissant tout (ich matzlia’h), il avait la main heureuse car le Seigneur était avec lui, la présence divine (Chekhina) l’accompagnait, il portait le nom du Tout-Puissant sur ses lèvres et le louait en toute occasion de sorte que Potiphar, bien qu’idolâtre «  vit que D. était avec lui et que D. faisait prospérer en ses mains tout ce qu’il entreprenait ». (Genèse 39 : 3)

Cependant, si D. fut avec Joseph, il ne put en être ainsi que parce que Joseph était avec D. . Potiphar mit Joseph à la tête de sa maison et lui confia tout son avoir.

Puis, lorsque Joseph fut emprisonné, il reçut là aussi une grande responsabilité : «  Le gouverneur mit sous la main de Joseph tous les prisonniers de la prison; et tout ce qu’on faisait, c’était lui qui le dirigeait. » (Genèse 40 : 22)

Cependant, la situation de Joseph au service de Potiphar est différente de celle de la prison, aussi l’intervention de D. est-elle différente.

Chez Potiphar, il était serviteur et parallèlement, il était un « eved Hachem », un serviteur de D., c’est-à-dire qu’il était soumis en premier lieu au Maître du Monde et suivait Sa volonté.

Ses actions reflétaient cette attitude d’eved Hachem. Aussi le succès de Joseph n’était pas parce qu’il avait de la «chance » et réussissait, mais parce que D. mettait la réussite en ses mains.

En prison par contre, la personnalité de Joseph était réduite à celle d’un prisonnier, son action était limitée. Dans cette situation particulière, l’attitude de Joseph devant le Seigneur ne fut plus celle d’un serviteur, d’un eved, mais un comportement d’effacement de sa personne devant le Seigneur (bitoul), étant donné que la volonté de Joseph en tant que prisonnier n’avait aucun poids. Il était ainsi entièrement soumis à D. et dépendait de Lui entièrement.

La réussite de Joseph n’était pas entre ses mains et dépendait uniquement de D. « Le gouverneur ne vérifiait rien de ce qui passait par sa main, parce que le Seigneur était avec lui et ce qu’il entreprenait, le Seigneur le faisait réussir. » (Genèse 39 : 23)

Concernant sa libération de prison, Joseph dut s’en remettre entièrement à la Providence divine, car « le maître-échanson ne se souvint plus de Joseph, il oublia. » (Genèse 40 : 23) Le Rabbi de Loubavitch explique qu’une Gueoula (libération) ne peut pas être complète lorsqu’elle est obtenue par une lutte humaine et qu’elle ne peut être complète que par l’intervention divine.

Ainsi, Joseph, qui espérait peut-être que le maître-échanson allait intervenir en sa faveur auprès du Pharaon, dut attendre deux années entières jusqu’à ce que D. envoie un rêve troublant Pharaon, «  mais nul ne put lui en expliquer le sens ». (Genèse 41 :8) Cela réveilla chez le maître-échanson le souvenir de Joseph, seule personne capable de décoder le songe du Pharaon.

De prisonnier, il devint second du Pharaon : Cette montée en grade est fascinante, époustouflante. Joseph fut un visionnaire, un organisateur de premier ordre, un homme d’action et d’ingéniosité sans pareil. Il érigea un plan d’approvisionnement pour parer à la famine et nourrir toute l’Egypte.

Aux Égyptiens affamés, il leur proposa la brit mila, la circoncision. Ces derniers se rendirent en criant chez le Pharaon qui leur dit : « Allez à Joseph ; ce qu’il vous dira, vous le ferez. » (Genèse 41 :55)

Envers ses frères, il les amena aux regrets de leur action passée, en les déroutant lorsque ces derniers se rendirent en Egypte pour acheter des provisions. Il ne dévoila son identité devant Benjamin, son frère cadet qu’après avoir éprouvé ses frères et s’être assuré que la haine et jalousie de ceux-ci était tombée.

Les retrouvailles furent pleines d’émotions. Joseph tomba au cou de Benjamin. Dans le texte hébraïque, le terme cou est au pluriel, dit Rashi (célèbre commentateur de la torah), Joseph pleura sur les deux Sanctuaires qui allaient se trouver dans le territoire de Benjamin et qui allaient être détruits. Joseph prophète, visionnaire garda lors de son séjour en Egypte toutes les valeurs apprises dans la maison patriarcale.

C’est-à-dire qu’il garda son intégrité, sa morale et conserva les traditions familiales, y compris le Chabbat qu’il préparait en avance. Joseph revit son père après vingt-deux ans de séparation, durant laquelle le fait que Joseph était encore vivant lui avait été dissimulé. Durant ce temps, Joseph prépara la descente en Egypte de la famille de Jacob.

La vie de Joseph fut celle d’un Tsaddik, son parcours fut celui d’un Pieux, d’un Juste. Durant son chemin de vie, il a progressé et évolué sur de nombreux plans. Dans sa jeunesse, son attitude fut immature et ses « erreurs de jeunesse » lui causèrent bien des malheurs, mais finalement les événements s’enchaînèrent selon le Plan du Seigneur, annoncé jadis à Abraham dans le brit ben habetarim.

Joseph sut saisir la signification des rêves et par-là comprendre les desseins de la Providence divine qui avaient été révélées dans les songes. La réussite de Joseph fut surnaturelle. Il prépara la galout en faisant venir en Egypte Jacob et sa famille, et, en un premier temps l’allégea.

Il montra de la générosité et de la compréhension vis-à-vis de ses frères, puisqu’il leur pardonna entièrement leur méfait. Il ne se vengea point, mais les nourrit et les aida à survivre la rude famine.

La maison de Jacob alla en exil, car finalement, l’exil en Egypte devait précéder la gueoulah ! La vie de Joseph aura un impact important sur la destinée du peuple d’Israël. Son rôle continue au-delà de son vivant. Son mérite, son intégrité sont exemplaires.

De par son mérite, la Mer Rouge s’ouvrit pour laisser passer les Hébreux poursuivis par les Égyptiens, raconte le midrash. De Joseph, nous avons beaucoup à apprendre, surtout dans les temps actuels où les épreuves de la galut sévissent fortement.

L’histoire de Joseph nous fournit les clefs et les astuces permettant d’alléger la galut et d’avoir du succès même dans des situations difficiles. De sa descendance, par Ephraim, sortira le messie, appelé machia’h ben Yosef, messie fils de Joseph, qui précédera celle du messie fils de David, du machia’h ben David, dont l’avènement instaurera le royaume de D. sur la terre.

Gila Hausmann-Isserles

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