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Non, Rokhaya Diallo, la laïcité n’opprime pas les musulmans!

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Non, Rokhaya Diallo, la laïcité n’opprime pas les musulmans!

 

… mais elle les émancipe


Alors que les Marocaines comme tant d’autres sont confrontées à des pressions croissantes pour les contraindre à porter le voile islamique, Rokhaya Diallo, la directrice du CCIF et leurs alliées se fendent d’une tribune soutenant le port du voile et accusant la laïcité d’être islamophobe.


Primo, à force de dire que la laïcité pose plus de problèmes à l’islam qu’à n’importe quelle autre religion, Mme Diallo ne fait in fine qu’accuser l’islam d’être structurellement incompatible avec les valeurs de la République.

Misère du décolonialisme

Passons aussi sur la proximité des combats « décoloniaux » avec les revendications de l’islam politique. Houria Bouteldja a écrit dans son livre manifeste Les Blancs, les Juifs et nous que la réconciliation entre les « races » ne pourrait selon elle se faire que par une islamisation généralisée : « Changez de Panthéon, c’est ainsi que nous ferons Histoire et Avenir ensemble. » « Alors, commençons par le commencement. Répétons-le autant que nécessaire : Allahou akbar ! » Rokhaya Diallo pouvant difficilement ignorer que les textes fondateurs de l’islam tout comme la législation de la quasi-totalité des pays musulmans bafouent les valeurs qu’elle prétend défendre, on ne que soupçonner que sa cause est surtout un masque soit de la haine de l’Occident, soit de l’islamisme.

Au moins cette tribune reconnaît-elle que le voile est un signe religieux, et ne tente pas de le faire passer pour un simple « marqueur de féminité » au même titre que la mini-jupe, ce qui était jusqu’ici la position défendue par Rokhaya Diallo.

Là où elle écrit : « La neutralité demeure bien entendu un principe clé de nos sociétés. On ne peut néanmoins pas déconnecter son usage actuel ainsi que ces politiques restrictives du contexte de suspicion généralisée envers les musulmans…. » on pourrait répondre que « la liberté de choisir ses vêtements demeure bien entendu un principe clé de nos sociétés. On ne peut néanmoins pas déconnecter son usage actuel, ainsi que ces actions de défense du port du voile islamique, du contexte d’offensive généralisée de l’islam politique contre les sociétés ouvertes et les droits des femmes. » Souad Ayada en parle de façon éclairante, avec un recul historique bienvenu.

L’impasse du « féminisme » voilé

Lorsque l’on prétend défendre les droits des femmes, peut-on faire semblant d’ignorer ce que l’islam et plus encore l’islam politique enseignent à leur sujet ? Une femme portant le voile est comme une femme qui arborerait un t-shirt sur lequel serait écrit, sans ironie, « Les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes. » Cela ne poserait-il aucun problème, en particulier dans les services publics ou pour encadrer des enfants ?

Il est temps d’ailleurs de nous interroger sur la neutralité de l’État. L’objectivité de l’État est indispensable, mais sa neutralité ne finit-elle pas par devenir le paravent de la lâcheté ? Faut-il interdire tous les T-shirt arborant des slogans pour éviter que quelqu’un s’exhibe avec un T-shirt vantant la soumission des femmes ? Les mots magiques « c’est religieux » doivent-ils interdire de distinguer une idéologie qui respecte les valeurs de la République d’une idéologie qui les combat ? Ou ne vaudrait-il pas mieux assumer que notre société repose sur une grande liberté mais aussi sur des principes non négociables, d’ailleurs garants de cette liberté, et que s’il est parfaitement légal d’être en désaccord avec ces principes, l’afficher ostensiblement n’a pas à être autorisé partout ni tout le temps ?

Triste révélateur marocain

Au Maroc, pour pousser les hommes à obliger les femmes à se voiler, certains utilisent des arguments révélateurs : « Soyez un homme et ne les laissez pas porter une robe honteuse qui séduit les musulmans et rend difficile le fait de leur tourner le dos. » ou « Ne les laissez pas porter une robe honteuse qui séduit les musulmans et les rend en colère ». J’ignorais que « les musulmans » avaient tant de mal à refréner leurs pulsions, ou étaient incapables de voir qu’une femme est désirable tout en la considérant comme une personne, et je crois plutôt que les promoteurs de cette campagne projettent leur propre immaturité sur leurs coreligionnaires – même si, hélas, une grande majorité de marocains (72%) et plus encore de marocaines (78%) estimeraient qu’une « femme habillée de façon provocante mérite d’être harcelée ».

Reste que nous devons nous aussi balayer devant notre porte. Chaque fois que nous qualifions un vêtement féminin de « provocant », les droits des femmes régressent, tout comme l’image des hommes supposés avoir moins de maîtrise d’eux-mêmes que la plupart des animaux sociaux. Qu’une femme soit belle et le laisse voir au point qu’il me soit « difficile de lui tourner le dos » ne me donne aucun droit sur elle.

Si elles ne sont pas des viols et n’en ont pas la gravité (de même qu’une blessure volontaire n’a pas la gravité d’un meurtre), les agressions du soir de la finale sont odieuses. L’ambiance du moment ne saurait leur servir d’excuse, renoncer à être un individu pour s’abandonner aux mouvements d’une populace est un choix qu’il faut assumer. Pas d’excuse non plus en évoquant des tenues que d’aucuns jugeraient trop légères.

Le désir est légitime, pas la convoitise avide 

Puis-je m’emparer de toute œuvre d’art que je vois ? Bien sûr que non. Que la beauté se montre ne me donne nullement le droit de prétendre user d’elle à ma guise. Que la magnificence des étoiles me fasse don de sa splendeur ne justifierait pas que j’aie l’arrogance de posséder les astres. Qu’une femme montre sa beauté fait de cette beauté un don que grâce à elle nous recevons du monde, mais ne nous donne aucun droit sur elle – et ne la réduit pas à cette beauté, pour merveilleuse qu’elle puisse être. Plutarque s’émerveillait déjà de la capacité de la beauté à élever l’âme1[1]. N’est-il pas fantastique qu’elle soit magnifiée par une personnalité, une présence qui l’habite, en même temps qu’elle rend perceptible à nos sens la plénitude de cette présence de l’autre ?

François Cheng, qui parle magnifiquement de la beauté, écrit – en le lisant, je pense aux portraits que réalise Matthieu Ricard, ou à ces iraniennes cheveux au vent, ces femmes toutes sublimes car toutes sublimées par leur courage et leur amour de la liberté et de la joie : « Tout visage humain, quand il est habité par la bonté, est beau. […] La bonté est garante de la qualité de la beauté ; la beauté, elle, irradie la bonté et la rend désirable. […] Notre regard qui perçoit la beauté et notre cœur qui s’émeut de la beauté donnent un sens à ce que l’univers offre comme beauté, et, du même coup, l’univers prend sens et nous prenons sens avec lui. »2

Que la même beauté puisse à la fois donner sens à l’infini du ciel et toucher les entrailles de notre animalité, n’est-ce pas un miracle ? Unir en nous l’ange et la bête en un même saisissement à la fois spirituel et charnel, une même admiration, un même désir.

Le désir est légitime, la convoitise avide ne l’est pas. Au contraire même, le désir oblige ceux – ou celles – qui l’éprouvent. Il est lui-même un don, il fait se sentir pleinement vivant, et si on ne peut ni ne doit essayer de le maîtriser, on peut et on doit maîtriser ce que l’on fait sous son influence.

La tyrannie du désir conduit au pire

Il est dangereux et absurde de dévaloriser le désir, en l’assimilant à certains des comportements qu’il peut inspirer : on en vient à nier la conscience, le libre-arbitre et le choix.

Pas plus que les femmes n’ont à se laisser définir par le désir et les attentes des hommes, les hommes n’ont à se laisser définir, ni à laisser définir leurs désirs, par le désir et les attentes des femmes. Évidemment, si l’on n’est pas désirable il ne faut pas s’étonner de ne pas être désiré…. Mais si une femme est une personne, si faire d’elle l’objet du désir ne doit jamais conduire à la traiter comme un objet, il en va de même d’un homme, dont une femme ne peut pas légitimement attendre que sa masculinité, sa virilité, ne s’éveille que sur commande (éveillé ne voulant pas dire débridé…). S’il existe des jouets pour adultes disposant d’un bouton on/off, les êtres humains n’en font pas partie.

Toute liberté s’accompagnant de responsabilité, il faut mettre autant de passion et de détermination à maîtriser son comportement qu’à revendiquer la liberté de son désir.

Et tout comme je suis libre de désirer, l’autre est libre de susciter mon désir, je ne saurais lui en faire grief. Et, pour ma part, je ne saurais rester sans réagir lorsque certains osent prétendre soutenir les femmes en revendiquant le « droit » de leur reprocher d’être belles et de les obliger à le cacher.

Mieux vaudrait, et de loin, œuvrer pour qu’elles puissent le montrer en toute sécurité et en toute sérénité !

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