L’oeil, cette fenêtre du cerveau©

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De gauche à droite : le Pr. Ygal Rotenstreich,Mme Nicole Kraemer, Vice-Présidente de la FAST, le Pr. Pierre Angel et le Dr. Sylvie Angel, Présidents de la FAST/Crédit photo FAST
Si les yeux sont le miroir de l’âme, on sait depuis longtemps qu’ils sont aussi une fenêtre du cerveau. Non pas tant comme reflet de nos émotions ou de notre caractère, mais surtout dans le sens où leur examen peut être une passerelle formidable pour accéder au cerveau, et à terme le soigner. C’est ce que nous a brillamment rappelé le Professeur israélien Ygal Rotenstreich,  invité de la dernière conférence organisée par la Fondation des Amis de l’Hôpital Sheba Tel Hashomer (F.A.S.T)*.

La Fondation F.A.S.T,  présidée par le Dr. Sylvie Angel, a pour objectif d’apporter un soutien à l’hôpital Sheba et aux actions de coopération entre des hôpitaux français et Sheba.

Rappelons l’importance qu’occupe aujourd’hui ce centre médical, dont la réputation a dépassé depuis longtemps les frontières d’Israël.

Bien qu’il n’ait été créé qu’en 1948, soit la même année que la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël, l’hôpital Sheba Tel Hashomer (situé à l’est de la ville de Ramat Gan) a acquis une renommée internationale, étant considéré à juste titre comme l’hôpital public le plus important et le plus complet du Moyen-Orient.

A l’origine fondé pour soigner les blessés de la Guerre d’Indépendance, le Centre Médical Sheba de Tel Hashomer est devenu non seulement le plus grand hôpital d’Israël mais aussi une plate-forme de recherches internationales incomparable.

Il comporte à ce jour 150 départements et cliniques, a une capacité d’accueil de 1700 lits, emploie quelque 7500 professionnels de santé et scientifiques, dont 1400 médecins et 2600 infirmières.

Il s’implique dans de nombreux projets au niveau régional. Il abrite :
• Le Centre National de Santé Publique et d’Épidémiologie,
• le Centre de simulation médicale MSR, renommé internationalement
• la banque nationale israélienne du sang, le Centre international de cardiopathies congénitales et le Centre national israélien du dépistage néonatal.
• Un Centre de recherches sur le Cancer.

Le Sheba Rehabilitation Hospital est l’un des plus grands hôpitaux de rééducation et des plus novateurs au monde.

Sheba traite de nombreux patients du Moyen-Orient, y compris de nombreux enfants palestiniens. Cet hôpital est engagé dans les efforts de secours internationaux et a envoyé de l’aide médicale au Kosovo, au Cambodge, au Rwanda, aux Philippines et en Haïti pour ne citer que quelques-unes des nombreuses missions.

Mais c’est surtout son activité de recherche qui en fait un joyau.

Le Professeur Rotenstreich en est un exemple.

Chef du service des Dystrophies Rétiniennes héréditaires et Électrophysiologie et Directeur de recherches au Goldschleger Eye Institute, du Sheba Medical Center, il est venu présenter lors de la conférence son étude actuelle “L’oeil, une fenêtre du cerveau – Innovations de l’imagerie et des tests neurologiques oculaires“, axée sur la possibilité de prévenir la maladie d’Alzheimer par des tests ophtalmologiques et neurologiques.

Pour introduire son propos, le Docteur Oudy Semoun, Médecin en Ophtalmologie à Créteil, est venu rappeler l’importance de la macula.

Dr Oudy SEMOUN

Appelée aussi tache jaune, la macula désigne une petite zone située au centre de la rétine au fond de l’œil, qui permet la vision centrale :  située près du nerf optique, c’est la zone la plus importante de l’œil, en concentrant 90 % des informations de ce dernier.

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D’où l’intérêt d’exploiter cette partie de la rétine,  pour détecter certaines maladies, dont celle d’Alzheimer.

Précisément, le postulat de départ des recherches actuelles du Professeur Rotenstreich est l’inexistence de traitements efficaces contre cette maladie d’Alzheimer (désignée dans le reste de l’article par les lettres AD), qui est la forme la plus commune de démence, et donc la nécessité de la prévention.

Mais pour cette prévention, les “biomarqueurs” précoces existants (imagerie cérébrale, IRM, Tomographie par Emission de Positions-TEP, et Liquide Cérébro-Spinal-LCS) ont le triple inconvénient d’être invasifs, chers, et au final peu probants à eux seuls.

 

D’où l’idée d’utiliser la rétine comme détecteur : la rétine est une membrane du système nerveux central provenant d’une excroissance du cerveau en développement, à moins de considérer à l’inverse que le cerveau est une excroissance de l’œil.

 

 

 

 

 

 

 

En effet, le potentiel des mesures de la rétine comme biomarqueurs précoces pour l’AD est plus grand :

la rétine est plus accessible que le cerveau,

les techniques sont peu coûteuses et non invasives pour la détection de caractéristiques rétiniennes fonctionnelles, structurales et vasculaires :

-pupillométrie Mulifocale Chromatiqye

-tomographie à cohérence optique de domaine spectral (SD-OCT)

-imagerie polychrome pour l’examen du fond de l’œil

-auto-fluorescence bleue

 

Or, l’on constate, dans le cas d’AD, une diminution de la couche de fibre du nerf rétinien et une atrophie du nerf optique. Des examens montrent ainsi chez les patients atteints d’AD des vaisseaux rétiniens plus rares et sinueux avec des veinules plus étroites.

 

 

 

 

 

 

 

Dès lors, l’étude du Professeur Rotenstreich a comme objectifs :

  • d’enquêter sur les mesures structurelles et vasculaires de la rétine chez les sujets participant au registre d’Israël pour la prévention de l’AD,

Cette étude longitudinale potentielle porte sur des descendants de patients AD âgés de 40-65 et un groupe de contrôle,

avec comme paramètres : le cognitif, l’imagerie cérébrale, le liquide céphalorachidien, la santé des sujets, leur mode de vie, et leur hérédité

  • étudier les relations entre les mesures structurelles et vasculaires de la rétine avec :

les caractéristiques cérébrales connues pour être altérées au début de l’AD : le volume du lobe temporal, la fonction MTL, la vascularisation cérébrale, les altérations de la fonction cognitive (mémoire différée, fonction exécutive et mémoire de travail)

  • avec pour objectif différé de réévaluer un an plus tard les sujets avec les scores cognitifs les plus bas et les plus élevés, afin d’établir la spécificité, la répétabilité et la sensibilité aux changements d’évaluations de la rétine.

Pour les profanes que nous sommes, l’intérêt de l’étude du Professeur Rotenstreich est évident et double : perfectionner le diagnostic précoce et non invasif de la maladie d’Alzheimer, en attendant que soient mis au point des traitements efficaces de cette pathologie, et améliorer l’exploration de la rétine comme outil de diagnostic en général.

Nous ne pouvons, dès lors, qu’inciter à soutenir ces travaux, comme ceux menés depuis près de 70 ans au sein de l’Hôpital Sheba Tel Hashomer.

Constamment en recherche de progrès, de traitements, cette structure non seulement favorise l’évolution des soins médicaux, mais est également une plate-forme essentielle avec le Moyen-Orient et l’Occident.

Nous avons cité plus haut des exemples d’intervention humanitaire de Sheba, qui, à sa manière, reflète l’état d’esprit d’Israël : un pays constamment maintenu en guerre par ses ennemis, mais qui ne cesse par ailleurs de tendre vers le progrès et de pratiquer au quotidien la main tendue,

Il faut soutenir Sheba.

Solange Hendi pour JForum 

 

* Pour en savoir plus sur la FAST et faire un don, nous vous invitons à cliquer sur le lien suivant : http://fast.fondationjudaisme.org/

Annexes :

 

 

 

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