Les lois de pureté familiale à l’heure du 2.0

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Rivkah Bloom a grandi à Charlotte, en Caroline du Nord. Dans l’établissement où elle a été scolarisée jusqu’en 4e, elle était la seule élève juive de sa promotion. A l’époque, elle ne connaissait pas grand-chose à la religion. Inquiets face à la perspective que leur fille ne devienne une adulte complètement déconnectée de ses racines, ses parents l’ont alors envoyée dans un camp d’été juif.

Le déclic pour Rivkah. « J’ai été happée par ce que j’ai vu dans cette colonie de vacances. Tout me paraissait beau. » C’est ainsi que la jeune fille s’est peu à peu rapprochée de la Torah.

Rivkah était particulièrement douée dans les matières scientifiques. Elle a étudié les maths à un très haut niveau, dans des classes remplies de garçons. Cependant, il lui était difficile d’être la seule élève à respecter le chabbat, dans un milieu où tout le monde assistait à des matchs de football le vendredi soir.

Avec l’entier soutien de sa famille, elle a donc décidé de s’inscrire dans un lycée juif de Pittsburgh. A mesure que sa pratique religieuse se renforçait, celle de ses parents et de ses quatre frères et sœurs s’est aussi développée. Afin de maintenir son niveau en sciences alors qu’elle étudiait dans une école de filles chabad, Rivkah a reçu la permission d’assister à des cours dans un lycée de filles à proximité, et passait ses étés dans des camps dédiés aux maths et aux sciences. A ce moment-là, son identité juive était suffisamment affirmée. « Je savais vraiment qui j’étais désormais. J’étais certes différente, mais sûre de moi ».

Une fois le lycée terminé, elle a étudié pendant un an au Mahon Shoshanat Yeroushalaim, juste avant d’entrer au prestigieux MIT, l’Institut technologique du Massachussets. Elle s’y est spécialisée en informatique et en ingénierie électrique, puis a obtenu un master en informatique. Rivkah s’y est sentie comme un poisson dans l’eau. Les quelques étudiants juifs religieux résidaient au même étage et disposaient d’une cuisine cachère. Par la suite, la jeune femme s’est mariée et a déménagé à New York, où elle a commencé à travailler dans le domaine exigeant du conseil financier.

Puis elle a accouché de son premier enfant, atteint de problèmes de santé. « J’ai alors décidé de quitter mon travail. Grâce à Dieu, son cœur s’est finalement remis tout seul. Mais avec cette expérience, je suis passée d’une femme carriériste, à une mère qui a fait de sa famille sa priorité », dit-elle. Lorsque son mari s’est vu proposer un poste de rabbin en Floride, la famille a déménagé.

La parfaite combinaison

Lors d’un chabbat en 2005, Rivkah a reçu une femme de 37 ans qui venait d’opérer un retour à la religion. En évoquant les lois de pureté familiale, celle-ci lui a dit combien elle trouvait compliqués les calculs liés au cycle menstruel.

L’idée est alors venue à Rivkah de créer un calendrier de mikvé en ligne. « J’étais très excitée par ce projet qui combinait mes aptitudes en maths et en sciences, avec mon amour pour la Torah ! », explique la jeune femme. Elle a commencé par contacter un certain nombre de rabbins pour connaître leur avis, mais ces derniers n’ont pas montré un grand enthousiasme. Jusqu’à ce que le rav Fishel Jacobs, un expert en lois de pureté familiale, lui dise : « Non seulement nous pouvons, mais nous devons le faire ! ».

Rivkah s’est alors associée à un ancien camarade du MIT, avec lequel elle a commencé à travailler sur l’actuel MikvahCalendar.com. Leurs objectifs étaient simples : ils souhaitaient mettre au point un algorithme fiable à 100 %, mais aussi que le programme soit simple d’utilisation et accessible à toutes les femmes, indépendamment de leurs coutumes.

Le calendrier a finalement été lancé en 2009, après avoir passé une série de tests minutieux, de façon à s’assurer que les calculs soient toujours corrects. Une exigence qui a payé, puisqu’aucune utilisatrice n’a jamais dénoncé de défaillance. Aujourd’hui, le calendrier compte 65 000 utilisatrices, dont 15 000 qui vivent en Israël. Le programme, disponible en anglais, hébreu, espagnol, français et russe, est capable d’envoyer des sms dans la langue de l’utilisateur, à chaque étape relative aux lois du mikvé.

« Chaque jour de nouvelles utilisatrices s’inscrivent sur le site », constate fièrement Rivkah. « Les personnes chargées d’enseigner les lois de pureté aux futures mariées conseillent même d’utiliser notre calendrier car il est plus fiable que les calculs manuels. » En 2011, MikvahCalendar.com est devenu une application disponible pour Android et IPhone. Rivkah passe au moins trois heures par jour à guider les utilisatrices et à améliorer son produit en y ajoutant des fonctionnalités et des langues, en fonction des demandes.

Pratique facilitée

En parallèle, un nouveau site sera lancé cet été, dont l’inspiration a également pour origine une conversation à la table du chabbat. Cette fois, c’est un couple de jeunes mariés que Rivkah avait invité, dont l’homme et la femme avaient chacun grandi dans une famille religieuse, avant de s’éloigner de la pratique. En se mariant, ils se sont engagés à respecter de nouveau le chabbat, la cacherout et les lois de pureté familiale. Ils ont confié à leur hôte qu’ils percevaient comme une limite infranchissable le fait de faire vérifier les taches menstruelles douteuses par un rabbin ; ils avaient donc cherché un rav qui accepte de rendre un avis en se basant sur des photos. « Les gens sont tellement mal à l’aise avec le fait de montrer ces taches qu’ils finissent par statuer par eux-mêmes. Ce couple m’a demandé s’il y aurait une possibilité de créer une application qui permette de conserver l’anonymat lors de cette démarche, tout en recevant des réponses précises », relate Rivkah. L’idée de Tahorapp était née.

Depuis le début de cette aventure, il était clair pour la jeune femme qu’elle désirait travailler avec des rabbins orthodoxes, pour s’assurer que les réponses seraient données en fonction d’une application stricte de la loi juive. Ainsi, en utilisant l’application pour iPhone, qui possède de multiples dispositifs pour s’assurer de la qualité de l’image, une femme a la possibilité d’envoyer à un rav une photo de la tache en question de façon anonyme. L’application est gratuite et chaque question est traitée comme un achat « in-app », tandis que l’utilisatrice et le rav communiquent par des messages envoyés à travers la base de données.

RIVKAH LAMBERT ADLER

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