Les Juifs souffrent de « Fake News » depuis 2000 ans©

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Les Juifs souffrent de fausse Nouvelle (« post-vérité ») depuis 2000 ans

 

Ces dernières années, le concept de « post-vérité » est devenu un terme très à la mode. Cependant, depuis plus de 2.000 ans avant que cette expression ne soit connue, les Juifs ont largement eu l’occasion d’éprouver les dangers de ce genre de phénomènes. Ce nouveau terme est devenu le « mot de l’année » 2016 pour le Dictionnaire d’Oxford, à la fois aux Etats-Unis et au Royaume-Uni[1]. La Post-Vérité (où l’après-vérité) se définit comme des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence dans le façonnage de l’opinion publique que les appels à l’émotion[2].

Il y a environ deux mille ans, le message en forme de »fausse nouvelle » (Fake-News ») le plus efficace de toute l’histoire a été de dire que les Juifs ont tué Jésus. Pieter van der Horst, un universitaire international dominant du Christianisme primitif et du Judaïsme et membre de la très exclusive Académie Royale néerlandais, a attesté de cette contre-vérité. Il certifie que sous le joug romain,les Juifs n’étaient pas en mesure d’exécuter qui que ce soit. C’était, en effet, la prérogative unique des Romains[3].

Quand Jésus a été, de plus en plus, représenté comme un dieu, cet environnement « formation alternative » et de post-vérité s’est renforcé. Le mensonge fondamental disant que les Juifs ont tué Jésus les transformait maintenant en parangon du Mal Absolu, puisque rien de pire ne peut être concevable en monde chrétien que d’avoir « tué D.ieu ». Cet appel ultime au sentiment antijuif a débouché sur les pogroms, des meurtres, une discrimination extrême, des expropriations et des expulsions, au cours des siècles, à travers le monde. A l’ère nazie, cette version de la « post-vérité » s’est transformée en une autre incarnation du Mal Absolu : les Juifs ont été décrits comme génétiquement inférieurs et promis à l’extermination dans la Shoah.

Matthieu a inventé une autre « légende » alternative dans son évangile. Selon lui, les tueurs juifs de Jésus auraient dit : « Que son sang retombe sur nos têtes et sur celle de nos enfants[4]« . Ce qui a ensuite été interprété comme : « Nous prenons la responsabilité de la mort de Jésus ». Van Der Horst déclare : « Pourquoi alors Matthieu a t-il voulu disculper les Romains de la mort de Jésus? Ce texte doit être interprété dans le contexte de son époque, autour des années 80 du premier siècle. Au milieu des années 60 de l’ère ordinaire, sous l’Empereur Néron, les premières persécutions de Chrétiens ont débuté. On a des indications montrant qu’après cette période, on note de nouvelles persécutions supplémentaires à un niveau local. Cela effrayait les Chrétiens.

« Pour des raisons politiques, Matthieu souhaitait que ses écrits puissent donner aux Romains l’impression que les Chrétiens  ne constituaient pas un danger pour l’Empire. Si une personne hautement placée comme Pilate dit de Jésus : « Cet homme est complètement innocent », cela implique que le Christianisme n’est pas un phénomène ou un mouvement que les Romains doivent craindre. Ceci, en retour, a débouche sur le récit selon lequel les Juifs sont seuls supposés crier : « Que son sang nous retombe dessus » ce qui signifie : « Nous en prenons la responsabilité ». Transmettre la responsabilité de la mort de Jésus au peuple Juif est à l’opposé de ce que Matthieu déclare dans les premières parties de son évangile, en prétendant que Jésus bénéficiait d’une immense popularité auprès des masses, ce qui revient à dire la majorité du peuple juif ordinaire ». [5]. Voilà où se situe le fait alternatif politiquement opportun.

Plus tard, les nouvelles bidonnées à propos du meurtre de Jésus par les Juifs s’est propagé à d’autres informations aussi dangereuses que fallacieuses, de la réalité générée par la « post-vérité ». Par exemple, il n’y a, tout au plus, qu’un pourcentage insignifiant de Juif vivant en Terre sainte qui auraient pu être présents lors de la crucifixion de Jésus. Pourtant leurs ennemis Chrétiens ont introduit la notion de culpabilité collective de tous les Juifs pour un acte qu’ils n’ont pas commis. A cela, on a encore ajouté une diffamation encore pire que les précédentes : Les Juifs seraient éternellement tenus pour responsables de ce que leurs ancêtres [n’]ont [pas] fait. Si une telle responsabilité devait s’appliquer aux Allemands, qui ont bel et bien commis les atrocités massives dont ils sont accusés, la responsabilité allemande pour les crimes nazis devrait ainsi durer à tout jamais.

L’effet à long terme des « fake news » (informations brodées de toute pièce) peut avoir un impact énorme. Un sondage de la LDA en Europe a demandé si les Juifs sont ou non responsables de la mort de Jésus. 19% de Belges, 21% de Danois et 19% de Suisses ont répondu affirmativement[6]. Le sondage de l’ADL de 2012 a reposé la même question. On a trouvé que, parmi les sondés, 18% d’Autrichiens, 14% d’Allemands, 38% de Hongrois, 15% d’Italiens, 16% de Hollandais, 19% de Norvégiens, 46% de Polonais, 21% d’Espagnols et 18% de Britanniques croient dur comme fer en ce mensonge institué. Dans un sondage ADL de 2011 en Argentine, 22% des sondés croient aussi que les Juifs ont tué Jésus[8]. Être d’accord avec une telle allégation est un exemple stéréotypé d’antisémitisme.

Alors que la « post-vérité » est devenue un phénomène populaire, l’histoire de l’accusation antisémite chrétienne de déicide peut illustrer à quel point son impact peut être dangereux et durable. Cela devrait servir d’avertissement contre les « fake news », les faits alternatifs et le culte des appels à l’émotion et aux bons sentiments.

Par Manfred Gerstenfeld

Dr.Manfred-Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

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[1] www.telegraph.co.uk/news/2016/11/15/post-truth-named-oxford-dictionaries-uk-and-us-word-of-the-year/

[2] www.bbc.com/news/uk-37995600

[3] http://jcpa.org/article/the-origins-of-christian-anti-semitism/

[4] Matthew 27:15-26

[5] http://jcpa.org/article/the-origins-of-christian-anti-semitism/

[6] “ADL Survey: Attitudes Toward Jews in 12 European Countries: Country by Country Results,” Anti-Defamation League, 7 June 2005.

[7] “Attitudes Toward Jews In Ten European Countries,” Anti-Defamation League, March 2012.

[8] “Attitudes Towards Jews in Argentina,” Anti-Defamation League, Delegation of Argentine Jewish Associations, and Gino Germani Research Institute, September 2011.

 

 

6 COMMENTS

  1. Les descendants des Romains, censés être le peuple italien, devraient avoir la noblesse de reconnaître que ce sont leurs ancêtres, les Romains, qui ont tué Jésus. Mieux vaut tard que jamais.

  2. L’UNESCO a décrété, le 26 octobre 2016, qu’il n’y avait aucun Juif à Jérusalem il y a 20 siècles. Donc le Christ a été crucifié par les Palestiniens.

  3. Je lis bien dans Esaïe 53 que Jésus est mort pour « nos » pêchés, c.à.d.très concrétement les miens aussi ! C’est en cela que Sa mort me concerne et qu’il m’en revient ma part de responsabilité. Le problème et le réflexe sont vieux comme le monde, Adam refourgant sa responsabilité à Eve , Eve au serpent… et tout naturellement (mais non moins faussement) la « chrétienté » se débarrasse de sa responsabilité et la refilant aux Juifs… La Bible me dit que le Salut vient des Juifs, Jésus était juif et ne s’est à ma connaissance pas convertit chrétien. En pointant un doigt sur les soi-disant coupables, on en oublie les 3 autres qui renvoient à soi.

  4. Mais après Mathieu, il a fallu attendre des siècles pour que la Chrétienté reconnaisse l’innocence des Juifs , et ce pour laisser encore un peu plus d’accusations anti-juives.
    A qui profite le crime ? au Christianisme.
    Mais je ne leur en veux pas, après tout les choses de qualité sont toujours peu nombreuses !

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