Ces femmes qui révolutionnent la Cacheroute©

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משגחות כשרות ב תמונה חמדה

Pour l’heure, Hemdah Shalom et Avivit Ravia sont les deux seuls superviseurs de Cashroute à Jérusalem. Elles travaillent pour le compte de l’organisation Hashgacha Pratit, qui offre aux entreprises un modèle alternatif de Casheroute. Nous les avons rencontrées lors d’une tournée de restaurants qui utilisent déjà leurs services afin d’apprendre comment les choses peuvent être faites différemment.

Il est 8 heures du matin au marché Mahane Yehuda de Jérusalem. Alors que les vendeurs encore ensommeillé, rangent lentement leurs stands et disposent paresseusement leurs marchandises sur les étagères, au restaurant Pasta Basta, les choses sont déjà en plein boum: Une femme, la tête couverte d’une coiffe rose et blanc, une paire de boucles d’oreilles délicates ornant son visage, lave une botte de basilic aromatique.

«J’enlève les feuilles pourries et je mets le reste à tremper dans de l’eau vinaigrée ou salée», explique-t-elle en souriant. «L’eau est censée dissoudre toutes les matières collantes que les insectes sécrètent pour se protéger, et elle enlève aussi les insectes des feuilles. Ensuite, il faut rincer les feuilles sous l’eau courante. « 

Puis elle passe aux champignons. « Les champignons poussent dans un milieu qui n’est pas menacé par les insectes, mais il peut y avoir parfois des toiles d’araignée ou des araignées, donc nous devons donc les vérifier », dit-elle. – C’est ce que dit la Halajah juive (loi).

Elle s’appelle Hemdah Shalom. Elle a 56 ans et c’est l’une des deux seuls superviseurs de casheroute à Jérusalem pour le compte de l’organisation Hashgacha Pratit («supervision privée»), qui offre un modèle de casheroute alternatif pour les restaurants et les entreprises, et qui non seulement brise le monopole du Rabbinate principal de la casheroute en Israël, mais aussi le monopole masculin.

Il n’y a qu’un petit problème qui empêche l’organisation de rivaliser à égalité avec le rabbinat en matière  de casheroute. En vertu de la loi, qui a été adoptée par les représentants du monopole de la casheroute  à la Knesset, le Rabbinat central est le seul organisme autorisé à accorder des Certificats de casheroute aux entreprises.

Lorsque Hashgacha Pratit a commencé à fonctionner, le Rabbinat a commencé à donner des amendes aux entreprises qui utilisaient les services de l’organisation, et se présentaient comme casher. Le Rabbinat motivait ces amendes, arguant qu’il s’agissait ainsi de faire respecter la loi et de « lutter contre la fraude à la casheroute « . Les propriétaires de deux restaurants à Jérusalem ont décidé de s’opposer à ces amendes en s’adressant à la Haute Cour de Justice, invoquant que le monopole du Rabbinat violait la liberté de culte. Les requérants ont même été appuyés par l’ancien procureur général Yehuda Weinstein, qui a clairement indiqué à la Haute Cour qu’il ne voyait aucune infraction légale dans leur conduite, tant que le certificat de casheroute alternatif n’utilisait pas explicitement le terme de «casher».

La pétition a été rejetée, mais Hashgacha Pratit a demandé une autre audience avec un jury élargi. La juge en chef Miriam Naor a approuvé leur demande, et l’audience devrait être reprise sous peu avec un panel de sept juges. La première réponse de l’État à cette pétition a révélé que le procureur général avait changé d’avis. Contrairement à Weinstein, Avichai Mandelblit – un juif religieux – s’oppose à la présentation de certificats alternatifs casheroute même sans l’utilisation du terme «casher». Cette situation, dit-il, «pourrait amener les consommateurs à commettre inconsciemment des transgressions alimentaires».

Un changement significatif, cependant, c’est que l’Association des Hôtels israéliens et l’Union des Restaurants d’Israël ont décidé de prendre position et de se joindre à la pétition contre le Rabbinat.

Les femmes religieuses en connaissent un rayon sur la cuisine casher.  Superviser la casheroute leur semble assez naturel et ne leur demande pas d’effort particulier. Elles sont compétentes pour statuer si l’endroit est casher ou pas. La seule chose qu’elles ne peuvent pas faire c’est délivrer des certificats.

«Je ne comprends pas qui a décidé que la supervision de la casheroute devrait être exclusivement un travail d’homme,» dit Hemdah Shalom. « Avec tout le respect que je vous dois, j’en sais un peu plus sur la cuisine. Le monopole masculin dans le domaine provient de la nécessité du Rabbinate de donner aux élèves des yeshivot un moyen de subsistance qui se rapporte à leur occupation principale- qui est l’étude de la Torah. Ils peuvent également être autorisés à être des superviseurs, mais pas exclusivement. Les femmes le méritent tout autant.

D’un point de vue halakhique, il n’y a en effet aucune raison qui interdirait aux femmes de travailler comme superviseurs de casheroute. Dans la pratique, cependant, hormis quelques exceptions, tous les superviseurs en Israël sont des hommes. Pendant des années, le rabbinat principal a refusé de permettre aux femmes de participer à des cours de supervision de casheroute au motif que «pour des raisons de modestie», cela devait rester une profession exclusivement masculine.

Shalom et d’autres femmes ont refusé d’accepter cette discrimination et se sont jointes au combat mené par le mouvement Emunah, lancé contre le ministère des Services religieux et le rabbinat afin de permettre aux femmes de faire partie du système de supervision de la casheroute. Après une lutte de 18 mois, qui comprenait une pétition de la Cour suprême, le rabbin en chef David Lau a ordonné au Rabbinat de permettre aux femmes du mouvement Emunah de passer les tests de supervision de la casheroute.  Seize des diplômées du cours ont passé l’examen – pas dans la même pièce que les hommes, bien sûr – et elles l’ont toutes réussi haut la main.

« Il y a encore un long chemin à parcourir », dit Shalom. « J’espère qu’à l’avenir, le Rabbinat commencera à employer des femmes. »

One of the restaurants in Jerusalem. Kosher, but without a kashrut certificate (Photo: Alex Kolomoisky)

De Pasta Basta nous passons à Falafel Mula sur la rue Agripas et à des tas de persil. Sur le chemin, Shalom me dit qu’elle est née et a grandi dans le quartier kurde de Jérusalem et qu’elle a cinq enfants. Elle a toujours été traditionnelle, mais en 2000, elle a décidé de devenir religieuse.

«Mes enfants ont étudié dans le système d’éducation religieuse, mais aujourd’hui, ils sont laïques et je les respecte», dit-elle. « Mon mari est un ‘shomer’ shabbat.

En 2013, elle a rejoint le premier cours de ce genre pour les superviseurs de kashrut femmes, simplement par curiosité. «Comme je suis quelqu’un qui est devenue religieuse, je me sens toujours comme pas assez éduquée. Je voulais étudier sur le terrain.

Après avoir terminé le cours, Shalom a passé les examens d’entrée du Rabbinat. Elle a cependant choisi de ne pas travailler comme superviseur de kashrut au nom du Rabbinat, mais de se tourner vers l’organisation Hashgacha Pratit, fondée par le rabbin Aaron Leibowitz. L’organisation offre un certificat privé cashroute et fournit des services à environ 25 entreprises à Jérusalem et dans le centre d’Israël. Il emploie au total trois superviseurs, dont deux sont des femmes.

Hashgacha Pratit lutte non seulement contre la domination masculine du Rabbinat principal, mais aussi contre ses méthodes de travail. En effet de plus en plus d’entreprises se plaignent des services du Rabbinat central et dénoncent une supervision laxiste et un comportement agressif de la part de certains des superviseurs du Rabbinat.

« La différence entre nous et le Rabbinat c’est que nous ne sommes pas des policières » dit Shalom. «Nous travaillons aux côtés des employés comme leurs égaux. « 

Shimi Amiga, l’un des propriétaires de Falafel Mula, est d’accord. «Le superviseur du Rabbinat passerait 10 minutes et une minute après son départ, je pourrais vendre un chameau», dit-il en arrangeant sa calotte. « Il y a un an, nous avons opté pour Hashgacha Pratit, parce que j’ai réalisé que les gens ne mangent pas le certificat de casheroute mais la crédibilité du propriétaire. Mes superviseurs sont là pour travailler à nos côtés en partenariat.

Et comment réagissent les clients?

« Certains clients me regardent les yeux écarquillés quand je leur dis que j’ai une surveillante femme. C’est difficile pour eux d’abandonner leurs idées préconçues en la matière. Mais ceux qui mangent ici savent que les superviseurs y mangent aussi et leur font complètement confiance. « 

Travailler ensemble

Non loin de là, au Shawarma végétarien du centre-ville, Avivit Ravia prépare un chou-fleur. Ravia, porte une coiffe verte et de grandes boucles d’oreilles rondes. Elle est également un superviseur de casheroute pour le compte de Hashgacha Pratit. En visitant l’endroit avec elle, je me rend compte qu’elle entretien une relation très amicale et agréable avec les propriétaires de l’entreprise et les employés.

«La loyauté et la confiance découlent précisément de cette approche», dit-elle. « Après tout, chacun peut essayer de tromper tout le monde, mais nous ne venons pas d’un organisme qui agit d’autorité et s’impose. L’idée est de travailler ensemble, de se faire confiance. Si j’attrape quelqu’un qui me trompe, on ne va pas continuer notre partenariat. « 

Elle est âgée de 49 ans, et appartient à 14ème génération de yerushalmi c’est à dire que sa famille est de Jérusalem depuis 14 générations. Elle a grandi dans le quartier de Rehavia, mais est devenue religieuse à l’âge de 30 ans et a déménagé dans la partie ultra-orthodoxe de la ville de Beitar Illit, où elle a élevé ses sept enfants. «J’étais une religieuse radicale », confie-t-elle.

Quand elle a appris qu’un cours pour les superviseurs de casheroute était sur le point d’ouvrir, elle s’est inscrite d’abord par curiosité. Les études de la Halacha lui ont fait découvrir de nouvelles approches possible et ont contribué à son ouverture.

« J’ai soudainement commencé à voir qu’il y a différentes approches possibles. Je me suis rendu compte que rien n’est sans équivoque, ni d’un point de vue religieux, ni d’une perspective Haredi « , dit-elle.

Cette perspicacité s’est renforcée quand elle a du faire face au mur du Rabbinat principal, après avoir terminé le cours. «Je ne pouvais pas comprendre pourquoi on ne m’a pas permis d’en faire partie», dit-elle. « Pourquoi un homme peut être un superviseur et moi je ne le peux pas? »

Pourquoi, en effet?

«Ils n’ont pas d’argument halakhique. Tous les arguments sont du genre : «Écoutez, c’est immodeste, c’est un travail difficile, dans lequel vous aurez à porter des choses lourdes. Ils n’avaient pas d’arguments sérieux. Après tout, en principe qui est en cuisine? Depuis toujours c’est la place d’une femme. Alors soudainement je ne suis pas assez compétente quand il s’agit de casheroute ? L’attitude de la religion envers les femmes doit changer. Nous sommes en 2017. « 

Une des entreprises supervisées par Ravia est le Modus Café dans le centre de Jérusalem. «Je ne crois pas en la casheroute en général, mais le propriétaire du bâtiment est religieux et je suis obligé d’être casher», m’explique le propriétaire du café, Lior Gutraiman. « J’ai préféré fait appel à la Hashgacha Pratit qu’au Rabbinat, parce que dans cette chose appelée Judaïsme, leur approche est beaucoup plus libérale, et qu’ils emploient majoritairement des femmes .

« Ce café avait un superviseur du Rabbinat, avant. Mais à part  venir boire  espresso et ramasser son chèque à la fin du mois, il n’a rien fait. Je peux dire aux religieux qu’il vaut mieux se fier à Hashgacha Pratit qu’au Rabbinat, parce que les gens de cette organisme sont beaucoup plus sérieux et sont vraiment stricts.

N’est-ce pas une bataille perdue? Vous êtes dans une ville qui devient de plus en plus Haredi.

« Au contraire, cela semble fonctionner. À un moment donné, le grand rabbinat n’aura plus le monopole. A l’avenir il y aura plusieurs rabbinats – un rabbinat réformiste, un rabbinat Breslov, un rabbinat d’Uman. Il y aura des mouvements différents, car il est impossible pour une institution d’avoir le monopole du terme  «casher». Quand cela se produira, peut-être que les gens pourront aussi se marier en Israël.

Ravia est d’accord. « Je pense vraiment que c’est une révolution », dit-elle.  » Il ne s’agit pas seulement de  religion. Il y a aussi l’aspect social à prendre en compte. Une connexion est possible ici entre toutes sortes de populations, et lorsque vous rencontrez des gens qui sont différents de vous au quotidien, vous devenez de plus en plus tolérant, et c’est merveilleux.

Itay Ilnai | Publié: 22.02.17, 20:46

YNET

 

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