Pourquoi les Etats arabes cachent leurs relations avec Israël?

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Dans son éditorial hebdomadaire du 2 août 2017 publié dans le quotidien saoudien Al-Madina, Mohammed Arif critique les pays arabes qui entretiennent des relations avec Israël tout en niant ce fait, et les appelle à être honnêtes à ce sujet, affirmant que la dissimulation mène à l’embarras. Il condamne les faibles réactions de ces pays après la fermeture de la mosquée Al-Aqsa aux fidèles musulmans (suite à l’attentat du 14 juillet 2017 qui avait causé la mort de deux policiers israéliens) et leur incapacité à prendre des mesures tangibles contre Israël. Il tourne en ridicule leur interdiction du film américain Wonder Woman car l’actrice principale est israélienne, observant que cela ne risque pas d’empêcher Israël de “nuire à Al-Aqsa”. Il ajoute que le maintien de relations ouvertes avec Israël permettrait au moins à ces pays de critiquer ouvertement Israël.

Les critiques formulées par Arif viseraient apparemment le Qatar en premier lieu, dans le cadre de la crise actuelle des relations entre ce pays et l’Arabie saoudite et des accusations mutuelles dans les médias des deux pays.[1] Extraits : [2]

Je me souviens qu’il y a de nombreuses années, lorsque le Viagra est apparu pour la première fois sur le marché et que les hommes étaient fascinés, un de mes amis m’a raconté [une anecdote] : il visitait avec des amis un pays voisin et a vu la pilule bleue, mais il avait honte de l’acheter devant les autres, jusqu’à ce qu’ils se disent [finalement] : « Vas-y, achètes-en et n’aie pas honte par rapport à moi ». Mais malgré cela, aucun d’eux ne voulait en acheter devant les autres. Peu de temps après, ils se sont rencontrés dans un événement social, et ont compris que certains d’entre eux avaient commencé à utiliser le Viagra, mais ne voulaient toujours par le reconnaître ouvertement.

Je me suis récemment souvenu de cette histoire lorsqu’il m’est apparu de manière évidente que certains [pays] arabes maintiennent des relations avec Israël mais le nient, alors que ces relations peuvent difficilement être niées, au vu de l’existence d’ambassades et de visites mutuelles [qui se déroulent] aux yeux de tous. Ceux qui nient ces relations en dépit de leur existence ressemblent à quelqu’un qui prendrait du Viagra en secret et voudrait que personne ne le sache, car il craindrait que cela amoindrisse sa virilité et voudrait conserver son image virile aux yeux de ses voisins et amis.

Nous ne cessons d’entendre des slogans vides de sens et des condamnations creuses de [ces pays], chaque fois qu’il se produit quelque chose dans les territoires occupés, comme la récente attaque contre la mosquée Al-Aqsa, la profanation de sa sainteté, le meurtre et l’expulsion des fidèles et l’installation de détecteurs de métaux à ses portes, et face à la fermeture totale [de la mosquée] pendant deux jours, chose qui ne s’est jamais produite depuis un demi-siècle. Chaque fois qu’une chose de ce genre se produit, nous entendons de faibles condamnations, ou bien nous assistons à des mesures ridicules ou même risibles.

[Ainsi], nous avons entendu sur certaines chaînes satellite qu’un pays arabe [le Qatar] avait interdit la diffusion dans ses cinémas d’un nouveau film américain à succès, intitulé Wonder Woman, parce qu’une des actrices est israélienne. [Cela constitue] une véritable gifle au visage d’Israël ! Cela va certainement inciter Israël à cesser ses mesures répressives et ses atteintes aux lieux saints de l’islam, et avant tout à la mosquée Al-Aqsa. Par Allah, quel grand dommage causé à l’Etat sioniste par l’interdiction d’un film américain mettant en vedette une actrice israélienne ! Ces décisions dénuées de toute valeur ne privent-elles pas de tout sens la virilité ?

Lorsque [ces pays arabes] condamnent Israël, ils le font avec faiblesse, parce qu’ils entretiennent des relations avec lui, alors qu’ils voudraient que personne n’en sache rien… Si [ces pays] avaient déclaré leurs relations ouvertement, cela aurait été beaucoup mieux, parce qu’ils auraient au moins pu s’adresser à l’ennemi et lui exprimer leurs critiques et leurs condamnations, même si cela n’était pas très sérieux…

Toutefois, du fait qu’ils dissimulent ces relations, aucun d’eux n’ose menacer [Israël], même à des fins purement domestiques, de rompre ou de suspendre ces relations.

MEMRI

Lien vers le rapport en anglais MEMRI

Notes :

[1] Sur la crise entre le Qatar et l’Arabie saoudite, les EAU, Bahreïn et l’Egypte, voir MEMRI en français, Tollé dans les pays du Golfe suite aux déclarations attribuées à l’émir du Qatar louant l’Iran, le Hezbollah, les Frères musulmans et le Hamas, 28 mai 2017; La crise du Golfe dépeinte dans des caricatures de presse, 11 juillet 2017; Dépêche spéciale no. 7007, Criticism In Gulf, Egyptian Press: Trump Administration Is Pro-Qatar, 13 juillet 2017 ; Un éditorialiste saoudien de renom adopte une position inhabituelle : le boycott devrait viser les officiels qatariens et non le peuple, 5 juillet 2017.

[2] Al-Madina (Arabie saoudite) 2 août 2017.

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