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Le silence couvre la non-assistance à Sarah Halimi©

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À propos de certains aspects de la couverture médiatique post-électorale de l’assassinat de Sarah Halimi – et de certaines réactions officielles qui laissent à désirer.

Il continuera sans doute à exister des évaluations divergentes de l’impact de l’intervention admirable des intellectuels qui  ont signé l’appel – «Que la vérité soit dite sur le meurtre de Sarah Halimi» (publié le premier juin dans Le Figaro – pourquoi l’intégralité de ce texte est-elle maintenant réservée aux abonnés?).  On ne saurait pour autant minimiser l’importance de leur intervention.  Celle-ci a joué un rôle non négligeable quand il s’agissait de faire changer d’avis bon nombre des rédactions de médias, lesquelles, jusqu’à la fin des entre-deux tours/de toutes les élections nationales, avaient décidé de faire passer sous silence ce crime atroce – si significatives aient été, selon le cas, des considérations d’ordre idéologique ou politique.  Sans parler du discours magistral, on ne peut plus nécessaire, du nouveau Président de la République, prononcé le 16 juillet.

Par conséquent, on a pu lire dans des organes de presse française non juive des articles suffisamment détaillés et fréquents pour traiter les questions du meurtre antijuif et de la non-intervention inexcusable des policiers avec le sérieux que celles-ci méritent.  Y compris dans  les numéros de Marianne, parus le 28 mai, le 7 juillet, le 16 juillet (grâce surtout – il est vrai – à Martine Ghozlan), et dans L’Express (dont certaines prises de position rédactionnelles en 2014 – par exemple, «Les nouveaux Baal-Zebud», éditorial de l’ancien rédacteur-en-chef, Christophe Barbier, paru le 5 aout 2014 – avaient donné lieu de s’inquiéter) – articles du 26 mai, du 16 juin, du 23 juin, du 12 juillet, du 13 juillet, du 16 juillet, etc.

Il s’ensuit qu’au cours d’une interview réalisée le 5 août 2017 pour le Times of Israel, le successeur de Gilles Clavreul à la tête de la DILCRAH semblait être fondé à affirmer: «Il y a eu récemment des articles bien documentés dans la presse écrite, des reportages radiophoniques et même un « sujet » au journal de 20 heures de TF1!  Il n’existe aucune volonté d’étouffer cet assassinat et les pouvoirs publics se sentent concernés par le drame: plusieurs ministres, y compris le Premier d’entre eux, ont reçu les leaders communautaires souhaitant en discuter.»

Il n’en reste pas vrai, cependant, que l’appel courageux des intellectuels n’a pas (encore?) amené les rédactions des publications non juives en question à critiquer les atermoiements de certains hauts fonctionnaires du système judicaire, ni à mener des campagnes journalistiques en faveur de la pleine réalisation d’une justice jusqu’ici déniée à Sarah Halimi et à sa famille.  Leur intervention n’a pas, non plus, trouvé d’écho dans des prises de position rédactionnelles dans ce sens, les seuls éditoriaux à ce sujet paraissant dans  le cadre de «tribunes libres».

Parmi ceux et celles qui ont fini par s’exprimer sur cette question, Philippe Bilger a fait savoir son «point de vue» dans le Figaro du 5 juin.  Tout en faisant des observations pertinentes et nuancées, ce magistrat ( pendant plus de vingt ans avocat général à la Cour d’Assises de Paris et procureur dans l’affaire Ilan Halimi) s’est permis une question posée pour la forme qu’on ne saurait laisser passer sans commentaire:  «Comment aussi ne pas regretter que leur mobilisation d’aujourd’hui, s’attachant pour des raisons compréhensibles à cette horreur-là, n’ait jamais jugé bon de s’intéresser à tant d’autres transgressions ayant dévasté des quotidiennetés, des tranquillités et des innocences qui, pour n’être pas en rapport avec l’antisémitisme, n’en étaient pas moins odieuses et insupportables?»   Ce sont justement les «paramètres atypiques et extraordinaires» de l’affaire Sarah Halimi, termes employés par Sarah Cattan,  qui la distinguent «d’autres transgressions ayant dévasté des quotidiennetés, des tranquillités et des innocences qui, pour n’être pas en rapport avec l’antisémitisme, n’en étaient pas moins odieuses et insupportables».

Surtout en ce qui concerne la non-intervention répréhensible de policiers armés et suffisamment nombreux qui, présents aux lieux du crime, de cette «horreur-là», auraient pu sauver la victime, en très peu de temps – après avoir pris les renseignements pour trouver les moyens d’accéder à l’appartement de Sarah Halimi.  Pour rappel, la chronologie précise, ainsi que l’explique Sammy Ghozlan, interviewé le 20 juin sur Judaïques FM, radio de la fréquence juive francilienne: «Les policiers de la BAC sont venus trois minutes après avoir été appelés. Ils étaient au nombre de quatre arrivés un peu avant 4 h 30.  Des riverains, des voisins qui ont entendu les cris de Sarah Halimi et les cris Allah Aqbar et sourates émis par son assassin, ont appelé de nouveau la police.  D’autres équipages de la BAC sont alors arrivés: ils sont quatre arrivés vers 4 h 40. A 4 h 48, une colonne d’intervention, d’assaut, composés de 18 à une vingtaine de policiers équipés, armés, préparés pour l’intervention sont arrivés.  Il ne s’est rien passé pendant une heure et dix minutes. Sarah Halimi a été torturée. Il lui a cassé la figure. A 5 h 30, Sarah Halimi a été défenestrée».

On ne répétera jamais assez – confronté aux tentatives de «justifier» le comportement de la plupart des policiers – qu’il n’aurait fallu que quelques minutes pour constater que l’assassin n’avait pas d’armes, au cas où une question à ce sujet n’aurait pas été posée au cours de l’appel téléphonique fait depuis l’appartement des voisins maliens des Traoré.  Qui plus est, selon une des sources utilisées par Marc Weitzmann pour préparer son premier article sur l’assassinat de Sarah Halimi, paru le 24 avril dans le Tablet, certains de ses voisins voulaient intervenir pour essayer de sauver celle-ci, mais en ont été empêchés par des agents de police.

Et même si .Kobili Traoré avait été armé, les policiers auraient eu l’obligation d’intervenir sans attendre des renforts – qu’il se soit agi ou non de motivations terroristes (la présence aux rangs des islamistes violents de plusieurs (multi)récidivistes est incontestable; il n’y a pourtant aucune raison de croire que l’assouvissement de la haine antijuive, devenue meurtrière, de ce monstre ait été destiné à réaliser un objectif politique ou idéologique lié au terrorisme, ne fût-ce qu’à court terme – voir, par exemple, cet article de Marc Weitzmann, paru le 25 mai dans le Tablet ).  Comme l’explique Véronique Chemla, dans son analyse de l’affaire Sarah Halimi: «Pourtant, après les attentats terroristes du 13 novembre 2015, les autorités politiques françaises avaient décidé que les forces de l’ordre sur place devaient intervenir sans attendre des forces spéciales. Et le 20 avril 2017, Karim Cheurfi, armé d’une Kalachnikov, a tiré sur un fourgon de police, tué le conducteur, Xavier Jugelé, et blessé deux autres policiers. Les policiers ont immédiatement réagi, et ont fait feu sur l’assaillant, sans attendre du renfort, sans s’interroger sur la nature éventuellement terroriste du meurtrier.»

À la question posée au cours de l’entretien entre Olivier Chalautre, journaliste du Times of Israel et Fréderic Potier, nouveau chef de la DILCRAH, «Que répondez-vous au président du CRIF, Francis Kalifat, quand il accuse les uns ou les autres de présenter en permanence les tueurs de Juifs comme des déséquilibrés irresponsables?», ce dernier a répondu: «Mais l’irresponsabilité pénale, c’est autre chose: c’est une qualification judiciaire relevant de l’instruction. Cela n’enlève rien au caractère odieux et inacceptable d’un tel crime» – après avoir fait remarquer plus tôt: «Le président de la République a souhaité, le 16 juillet, que toute la lumière soit faite par la justice. Il ne m’appartient pas de commenter une procédure en cours.»

Autant de réponses pour le moins insuffisantes, de la part d’un Délégué qui se voit confier la direction d’une organisation qui est censée compter parmi ses objectifs fondamentaux la lutte contre l’antisémitisme.  Comment faire confiance en effet aux représentants du système de justice français chargés directement de l’enquête et de la préparation des poursuites éventuelles liées à l’assassinat de Sarah Halimi, comment affirmer honnêtement qu’ils vont  faire «toute la lumière» sur cette affaire, si, jusqu’ici, ils ont refusé de prendre en considération les preuves abondantes de l’hostilité antijuive de Traoré?   C’est-à-dire, les  divers témoignages au sujet des actes d’harcèlement et de l’intimidation dont cette pauvre femme avait été victime, ainsi que les témoignages auditifs, dont les enregistrements audio réalisés pendant le calvaire subi par cette pauvre femme juste avant sa mort.

Frédéric Potier n’a t-il pas non seulement le droit, mais également le devoir d’exercer sa liberté d’expression – de façon vigoureuse, si besoin est, tout en employant des termes mesurés –  pour critiquer le comportement de ces représentants d’une justice qui s’est avérée maintes fois «à géométrie variable»?  Sans qu’une telle intervention constitue en aucune façon une tentative d’exercer des pressions abusives ou illicites, ni d’attenter au principe de la présomption d’innocence.  .Comment le chef de la DILCRAH se permettra-t-il de ne pas commenter l’exemple récent d’une indulgence judiciaire aussi scandaleuse qu’absurde – c’est-à-dire le jugement prononcé  le 26 juillet à l’encontre d’un multirécidiviste qui a tenté d’incendier la synagogue située à Épinay Sur Seine.  Cet individu n’avait jamais fait l’objet d’un signalement pour débilité mentale par les magistrats du tribunal de Bobigny.

Il y a lieu de citer ici l’observation – oh combien perspicace! – de Jean-Paul Sartre («Réflexions sur la question juive»), au sujet des Juifs qui ont «des ennemis passionnés et des défenseurs sans passion» : « Le démocrate … se fait l’avocat du Juif parce qu’il voit en lui un membre de l’humanité; or l’’humanité a d’autres membres qu’il faut pareillement défendre, le démocrate a fort à faire : il s’occupe du juif quand il en a le loisir ; l’antisémite n’a qu’un seul ennemi, il peut y penser tout le temps; c’est lui qui donne le ton»

  1. S. À la différence du Centre Simon Wiesenthal, l’American Jewish Committee n’a toujours pas émis de communiqué officiel au sujet de l’affaire Sarah Halimi. Sa représentante en France vient (enfin!) de signer un texte paru le 28 juillet dans l’Algemeiner «Sarah Halimi, Sisyphus and the Denial of Antisemitic Violence».  Si éloquente qu’elle se montre dans l’évocation de cette affaire et de la cécité volontaire qui persiste dans plusieurs milieux officiels, elle ne mentionne pas l’inaction des policiers.

Détail capital qui ne manque pourtant pas dans l’article consacré à cette affaire par The Times du 23 mai.  Par contre, le Jewish Chronicle n’a pas encore jugé important de poser des questions sur le comportement inexcusable des agents de police, ni de faire paraître des éditoriaux sur l’assassinat de Sarah Halimi – à part un texte, signé par Melanie Phillips, en guise de chronique parue le 20 juillet.  (Celui-ci reflète un certain scepticisme à l’égard des commentaires et analyses de ceux et de celles qui voit en Emmanuel Macron un défenseur fiable du peuple juif, tout en y faisant allusion.)

Pourquoi ce manque d’intérêt, ce manque de solidarité de la part de la rédaction de l’hebdomadaire juif anglais?

 

Par ©Paul Leslie

4 COMMENTS

  1. Il faut poursuivre en justice auprès de la Cour européenne :

    — la Justice française ET son ministre

    — l’Etat français

    — La Police française qui a mis ses pas dans ceux de la Police française du gouvernement de Pétain.

    Et surtout, ne pas baisser les bras : divulguer cette affaire dans les journaux étrangers, émettre et distribuer des tracts volontiers provocants et interpellant tels que :

    1940-1944 : police française nazi-collabo
    2017- : police française islamo-collabo

  2. Le silence sur ce crime est un silence coupable. La justice cherche à couvrir l’inaction de la police qui n’a pas porté assistance à la victime comme c’est son rôle et son devoir.

  3. Est-il confirme que le juge d’instruction a ecarte toutes les circonstances aggravantes du crime (antisemitisme, tortures, sequestration), retenant par ailleurs un crime de sequestration non a l’encontre de Mme Halimi, mais a l’encontre de la famille malienne dans l’appartement de laquelle l’assassin est passe ?

    « Adding insult to injury », comme on dit !

    Si c’est confirme, cela semble indiquer de la part du juge une volonte de manifester clairement un mepris a l’encontre des familles de la victime, voire a ce que cette famille symbolise pour lui.

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