Le cabinet privé Black Cube a aidé Orban contre Soros©

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Un cabinet d’espionnage israélien a ciblé des ONG liées à Soros avant l’élection hongroise – rapport

Les agents de la société de renseignements Black Cube (boîte noire) ont obtenu des enregistrements, plus tard utilisés par le Premier ministre Viktor Orban pour prétendre que le milliardaire juif essayait de prendre le contrôle du pays, rapporte POLITICO

Un panneau d'affichage avec une affiche du milliardaire hongro-américain et philanthrope George Soros avec les mots «Consultation nationale sur le plan Soros - Ne le laissez pas passer sans mots» est vu à Budapest le 16 octobre 2017. (Attila Kisbenedek / AFP )

Un panneau d’affichage avec une affiche du milliardaire hongro-américain et “philanthrope” très intéressé George Soros avec les mots «Consultation nationale sur le plan Soros – Ne le laissez pas passer sans mots» est vu à Budapest le 16 octobre 2017. (Attila Kisbenedek / AFP )

Le cabinet de renseignement israélien (ou de détectives) privé Black Cube a été engagé pour lancer une campagne visant à discréditer les ONG locales (souvent financées par Soros), ainsi que des individus liés au milliardaire juif George Soros, avant les élections présidentielles hongroises de cette année, a rapporté POLITICO vendredi.

Les enregistrements effectués par des agents de l’entreprise basée à Tel Aviv ont ensuite été utilisés par le Premier ministre Viktor Orban pour attaquer les groupes de défense des droits et Soros lui-même dans les jours qui ont précédé sa victoire électorale écrasante en avril, selon le reportage.

Le magazine a cité un ancien employé de l’entreprise, ainsi qu’un individu ayant des connaissances de l’organisation, qui ont tous deux confirmé les détails. Ceux-ci ont fourni de nombreux éléments de preuve à l’appui de ses affirmations, y compris les adresses et les noms de faux profils d’individus et de sociétés-écran utilisés dans l’opération que Black Cube avait également utilisés dans le passé.

Politico a déclaré que les membres de l’entreprise ont rencontré des responsables de groupes locaux de défense des droits civiques sous de faux prétextes et identités, et ont fait des enregistrements compromettants de ces responsables.

Les enregistrements comprenaient des déclarations de ces agents de Soros, sur les efforts déployés pour faire pression sur les gouvernements étrangers afin qu’ils exercent leurs propres pressions sur la Hongrie contre une législation réprimant ces ONG. Ceux-ci ont été divulgués au Jerusalem Post et au journal d’Etat Magyar Idok, qui ont tous deux publié des articles sur ces questions.

Orban lui-même les utilisait pour dénoncer des ennemis à l’intérieur et à l’extérieur de la Hongrie qui tentaient de prendre le contrôle du pays.

“Les gens de Soros seront installés au sein même du gouvernement – c’est ce que nous disent les enregistrements des ” Soros Leaks “, a déclaré M. Orban dans une interview avant les élections, citée par POLITICO.

“Si les gens de Soros ont une influence dans le gouvernement, ils occuperont le secteur énergétique hongrois et le système bancaire. Et le peuple hongrois en paiera le prix. “

On ne sait pas qui a embauché Black Cube pour mener l’opération. Les deux sources du rapport ont été incapables de confirmer si l’argent que la firme israélienne avait reçu pour son travail provenait ou non directement du gouvernement hongrois, et un porte-parole de ce dernier a refusé de commenter ces allégations.

Un porte-parole de Black Cube a déclaré au magazine d’information que la politique de l’entreprise est de ne pas confirmer ou infirmer de telles réclamations concernant ses opérations.

Depuis 1979, la fondation de Soros, lui-même d’origine hongroise, a investi des dizaines de milliards de dollars dans ses filiales Open Society Foundations (OSF ou Fondations pour une Société Ouverte), qui, à leur tour, financent des groupes de la société civile dans le monde entier.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le Premier ministre hongrois Viktor Orban (L) tiennent un Rubik’s Cube lors du Forum commercial Hongrie-Israël à Budapest, en Hongrie, le 19 juillet 2017. (Haim Zach / GPO / Flash90)

Orban, qui a fondé sa campagne sur la diabolisation des migrants, accuse Soros et les organisations soutenues par ses Open Society Foundations de chercher à autoriser le passage des milliers d’immigrants en Hongrie.

Dans la période précédant la campagne, le parti Fidesz d’Orban a placardé  dans tout le pays des panneaux d’affichage «mettant en garde » contre la politique insidieuse de Soros.

L’un d’eux a dépeint le “philanthrope” en quête d’influence et les candidats de l’opposition qui tenaient des sécateurs pour détruire la clôture en fil barbelé qu’Orban avait érigée à la frontière serbe en 2015 pour empêcher les migrants d’entrer.

Orban et son gouvernement ont attaqué à plusieurs reprises Soros en utilisant un langage que certains critiques ont dit avoir des connotations “antisémites” (argent, cosmopolitisme…) [NDLR : le problème, concernant Soros, est que ces caricatures deviendraient antisémites si elles relevaient du fantasme qu’on diffuse à l’encontre d’un groupe en tant que tel. Or, Soros ne se contente pas de prêter de l’argent aux gouvernements, il exerce son pouvoir et fait agir ses ONG afin d’obtenir une influence majeure et de manipuler les intermédiaires pour changer la réalité selon sa vision capitalistique d’un monde sans frontière où tout individu deviendrait un esclave interchangeable en puissance].

Alors que Black Cube a été accusé d’implication dans des tractations controversées par le passé, le rapport POLITICO affirme que la campagne présidentielle hongroise marquerait la première fois où le travail du cabinet de renseignement privé aurait été utilisé dans une campagne électorale.

Dans le cadre de l’opération, les détectives dissimulés du Black Cube ont rencontré les membres du personnel des ONG et les alliés de Soros dans diverses villes d’Europe et des États-Unis, en prétendant en être des partisans. Ils ont utilisé de faux profils et des pseudos, mais deux d’entre eux avaient des «accents israéliens perceptibles», ont dit ceux qui les ont rencontrés à POLITICO.

Une fois les réunions avec les cibles du cabinet de renseignement terminées, les informations sur les entreprises montées de toutes pièces par les agents ont été supprimées d’Internet et les numéros de téléphone ont été déconnectés.

Logo Black Cube

Selon POLITICO, l’une des fausses adresses e-mail données par les agents de Black Cube avait été utilisée dans une autre opération lancée par la firme de renseignement privée ciblant l’actrice Rose McGowan, après avoir accusé le producteur hollywoodien Harvey Weinstein de viol.

Un membre du conseil d’administration de Black Cube s’est ensuite excusé pour le travail de son cabinet au nom de Weinstein et a déclaré qu’il n’aurait pas aidé le producteur déshonoré s’il avait su qu’il aidait à réprimer les allégations d’agression sexuelle contre lui.

Le nom de Black Cube est apparu dans un certain nombre d’autres opérations de collecte de renseignements de haut niveau.

En mai, le magazine New Yorker a rapporté que le cabinet aurait été embauché par le président américain Donald Trump pour dénigrer les dirigeants du clan Obama afin de discréditer l’accord nucléaire iranien.

L’opération en 2017 aurait visé Ann Norris, une ancienne fonctionnaire du Département d’État américain qui est mariée à Ben Rhodes, un conseiller en politique étrangère de l’ancien président Barack Obama et un éminent défenseur de l’accord nucléaire iranien. Elle a également ciblé Rebecca Kahl, une ancienne responsable de programme au National Democratic Institute et l’épouse de l’ancien conseiller en politique étrangère de l’administration Obama, Colin Kahl.

Rebecca et Colin Kahl

Et Christopher Wylie, le lanceur d’alerte qui a révélé que les analystes de données de Cambridge Analytica avaient recueilli les données de 50 millions d’utilisateurs de Facebook et utilisé le matériel lors de la campagne électorale de Trump, a également déclaré au parlement britannique que Black Cube était impliqué dans un plan de piratage informatique ciblant le président du Nigeria.

Black Cube a nié toute implication dans ces deux opérations, en contradiction apparente avec la politique susmentionnée, consistant à ne pas confirmer ou infirmer les reportages sur son travail.

En compagnie d’une deuxième société privée de renseignements, Psy-Group, elle est poursuivie en justice pour diffamation dans le cadre d’une poursuite intentée par le fonds de couverture West Face Capital Inc. contre 500 millions de dollars en dommages-intérêts. Dans un dossier cité dans cette affaire, un agent du Black Cube aurait tenté de piéger un juge canadien à la retraite pour qu’il lui fasse des commentaires antisémites.

Black Cube a déclaré le mois dernier : “La politique de Black Cube est de ne jamais discuter de ses clients avec des tiers et de ne jamais confirmer ni nier toute spéculation concernant la nature de son travail. Le référencement de Black Cube est devenu un sport international en 2018. Il est important de noter que Black Cube opère toujours dans le respect total de la loi, dans chaque juridiction dans laquelle il conduit ses travaux, suivant les conseils juridiques des plus grands cabinets d’avocats du monde.

©JForum avec agences, dont ynetnews.com

Adaptation : Marc Brzustowski : ces affaires ne sont embarrassantes qu’à partir du moment où elles entrent dans le domaine public. Sur le fond du dossier Orban, il est logique qu’un parti politique cherche à étayer des soupçons ou des preuves de manigances et du caractère dangereux pour la sécurité nationale, d’ONG visant la déstabilisation du pays, l’abolition de sa souveraineté et de le jeter tout crû dans les boyaux du serpent charmé par les grands grands groupes financiers. Cependant, la première démarche et la première garantie que cette société devrait offrir à ses clients et la discrétion et la confidentialité assurée. Agissant à la façon de Pieds-Nickelés, laissant des empreintes partout, elle ne semble pas commercialement à la hauteur de sa réputation. Recrute t-elle essentiellement ceux qui ont échoué à l’examen d’entrée? Autre question : a t-elle inventé la “dirty politics”, la politique qui se salit les mains? Le nombre d’affaires qui  agitent le monde politique dissuaderait volontiers de le croire. 

2 COMMENTS

    • ajouté : guillemets et “en quête d’influence”. Le terme n’avait pas de connotation morale, hormis l’investissement dans des entreprises à caractère sociopolitique.

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