La Suisse refuse de payer pour la sécurité de ses citoyens juifs©

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 Les autorités suisses refusent de payer pour la sécurité de leurs citoyens juifs

Interview avec Simon Erlanger

« Les autorités suisses refusent de veiller à la sécurité des institutions juives de Suisse et d’assurer les coûts d’une telle protection. Cela se produit en dépit du fait que cela relève du devoir élémentaire de l’Etat de défendre ses citoyens et habitants, ainsi que de garantir leur sécurité fondamentale. En Suisse, cette obligation est déclarée explicitement dans la constitution de 1848/1866, qui a été dernièrement réécrite en avril 1999.

« La Suisse a également signé et ratifié la Convention du Conseil de l’Europe sur la protection des Minorités Nationales. Cela signifie qu’elle reconnaît la communauté juive comme une minorité nationale du fait de la loi. Les autorités suisses sont, par conséquent, dans l’obligation légale de créer des conditions de sécurité qui permette aux Juifs de Suisse de prospérer, d’exercer leur culte et de préserver leurs traditions ».

Simon Erlanger

 

Simon Erlanger est historien et journaliste. Il enseigne l’histoire juive à l’Université de Lucerne. Il travaille aussi à la télévision, ainsi que pour plusieurs journaux.

« Les autorités suisses se sont, semble t-il, engagées d’elles-mêmes à prendre toutes les mesures nécessaires contre les menaces ou attaques antisémites et pour protéger la minorité juive. Pourtant le gouvernement fédéral suisse a toujours essayé de déléguer cette responsabilité aux cantons et vice-versa. Les cantons sont pratiquement des états quasiment indépendants et en tant que tels tentent de conserver autant que possible leur souveraineté et ils s’opposent généralement à l’intervention fédérale.

« Cette délégation de responsabilité entre l’Etat central et les cantons est une question essentielle pour la sphère politique suisse, car elle affecte de nombreux sujets, comme l’éducation, les impôts, la loi pénale et même la politique étrangère. Habituellement, une décision est finalement prise sur les sujets concernés. Mais ce n’est pas le cas avec la question de la sécurité des Juifs, où l’Etat fédéral et les cantons semblent, lun comme l’autre, refuser toute responsabilité.

« Il existe une menace constante et grandissante qui vise les communautés, organisations et institutions juives, ainsi que les particuliers, en Suisse. Les évaluations des services de renseignements suisses, des forces de police et de la fédération suisse, au cours des deux dernières années ont régulièrement confirmé ce fait. Les détails de ces études du renseignements n’ont, jusqu’à présent, pas été rendues publiques.

« Les responsabilités spécifiques concernant la protection des communautés juives ne sont toujours pas claires. A Bâle, par exemple, il existe une étroite relation de travail entre les autorités et la communauté juive. Le canton et la police cherchent à se motrer à la hauteur des responsabilités pour la protection quotidienne de la Grande Synagogue de Bâle. Cependant, les policiers ou les gardes ne sont pas placés par l’Etat autour des institution

« Une force de sécurité privée, dirigée et payée par la communauté juive de Bâle, apporte cette sécurité quotidienne. Les autres plus grandes communautés juives : Zurich, Genève et Lausanne, s’appuient également sur leurs propres organisations de sécurité. Les plus petites communautés emploient souvent des services apportés par les plus importantes ou ils sont improvisés avec les ressources de la communauté. La sécurité à l’année et sur le plan national, coûte pour la totalité de la communauté juive de Suisse plusieurs millions de francs suisses. Les chiffres exacts généralement ne sont pas rendus publics.

« On a appris que la communauté juive de Bâle, forte de 960 membres a dû récolter environ 800.000 francs suisses en 2017 pour les mesures de sécurité considérées comme nécessaires par l’Etat. Cette communauté vieillissante et déclinante atteint déjà un déficit budgétaire annuel d’environ un demi-million de francs. Au-delà de 2017, on s’attend à ce que les coûts en matière de sécurité se situent entre 200.000 et 300.000 francs annuellement. Si aucun financement d’Etat n’est fourni, ce fardeau financier remettra en question la viabilité financière de la communauté et, par conséquent, sa survie même.

« En novembre 2016, une commission d’enquête au sein du Ministère de l’Intérieur (EDI) a confirmé ces menaces palpables contre la communauté juive. Elle mentionnait les djihadistes comme étant les auteurs les plus probables d’attentats antisémites. Les menaces émanant des mouvements extrémistes d’extrême-droite comme d’extrême-gauche n’étaient pas explicitement mentionnées. La commission concluait que les Juifs devraient eux-mêmes fournir des moyens substantiels et financer une fondation afin de payer pour leur propre sécurité.

« Ces conclusions [en forme de déni de citoyenneté] ont généré un véritable scandale. L’idée que l’Etat n’est pas en mesure d’assurer le financement de la sécurité de ses citoyens juifs reflétait ce vieux stéréotype antisémite en soulignant l’hypothèse fondamentale que les « Juidfs sont riches ». Alors que la question se répercutait dans la plupart des gros titres des journaux et dans les stations de radio,la télévision officielle suisse est demeurée étrangement silencieuse. En réaction aux reportages des médias, de nombreuses promesses officielles ont été faites,mais sur le terrain, rien ou très peu a changé.

« Immédiatement après le tollé général qui a fait suite au rapport de la commission, le Parlement du Canton de Bâle (Grosser Rat) a voté à une majorité écrasante le versement d’une allocation attribuée à la sécurité de la communauté juive de Bâle. Néanmoins, puisque le vote était non-contraignant, il n’a eu aucune conséquence sur la procédure budgétaire 2018.

Pour pouvoir affecter ce budget, il faudrait démarrer un autre processus parlementaire différent. Pour autant que j’en sache quelque chose, jusqu’à présent, cela ne s’est pas produit. Les évolutions à Zurich sont identiques. On a bien exprimé sa sympathie dans d’autres parlements, dont la chambre haute du Parlement Fédéral (Ständerat), mais pas à la Chambre Basse qui est bine plus étendue (Nationalrat).

« Le risque s’accroît, puisque les frontières de la Suisse avec la France et l’Allemagne sont ouvertes et, la plupart du temps,à peine contrôlées, à cause du’ne grave pénurie en matière de ressources humaines policières. Des dizaines de milliers d’employés français et allemands traversent la frontière vers la Suisse dans les régions de Bâle et Genève, quotidiennement. Le contraste entre les attitudes officielles françaises et suisses est saisissant. Au sein de la communauté juive de la ville française de Saint-Louis -qui est, en réalité, un quartier de Bâle – la synagogue et la yeshiva sont gardées par des parachutistes français lourdement armés.

Erlanger résume la situation : « Considérant le fait que 80% des Juifs de Suisse sont des citoyens suisses (chiffre qu’on peut opposer aux seulement quelques 66% de la totalité des habitants du pays, donc 44% d’étrangers), ce refus d’apporter la moindre sécurité devient même beaucoup plus choquante. Cela peut même constituer une violation de la loi suisse et être en parfaite contradiction avec la constitution du pays. Par conséquent, si rien de concret ne survient très bientôt, la communauté juive de Suisse devrait agir et poursuivre le gouvernement, avant d’être conduite à la faillite ou de devoir renoncer à sa propre sécurité pour raisons financières.

« La réponse rapide, consistant à faire garder les marchés de Noël tout autour du pays, à la suite de l’attentat de Berlin en décembre dernier, a démontré que les autorités suisses sont capables de réagir rapidement quand elles choisissent de le faire. Des concerts en plein air,des marchés et bien d’autres événements, ont bénéficié d’une garde solide au cours de l’été 2017. Evidemment que l’Etat peut faire un effort afin d’apporter la sécurité et la tranquillité à ses citoyens. On doit juste se poser la question de savoir pourquoi les Juifs en sont exemptés. Peut-être que cent cinquante ans après l’émancipation officielle, la communauté juive de Suisse continue d’être considérée comme une population de seconde classe par beaucoup de hauts-responsables du gouvernement et d’hommes politiques ».

 

Par Manfred Gerstenfeld

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Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

8 COMMENTS

  1. GARDE DU CORPS ANCIEN MILITAIRE COMMANDO PARACHUTISTE A LA RECHERCHE DE MISSIONS DE PROTECTION PHYSIQUE DES PERSONNES DE QUELQUES HEURES OU DE LONGUE DUREE
    SECURITE PERSONNELLE DE DIRIGEANT, PERSONNALITES ET DES FAMILLES
    ACCOMPAGNEMENT ET SECURISATION DE VILLAS
    QUALITE COMPETENCE SERIEUX DISCRETION

  2. Mais quelles patrouilles en France ? Elles sont extrêmement aléatoires et il faut craindre qu’on doive subir, dans un avenir proche une catastrophe ! Les consistoires doivent choisir d’armer leurs vigiles, même sans autorisation de détention d’arme, laquelle n’est pas une autorisation de port d’arme, puisque les armes sont seulement détenues dans le lieu protégé, et non pas en libre circulation sur la voie publique. Il vaut mieux risquer une condamnation légère avec sursis que subir des assassinats parmi les fidèles ou les élèves des écoles juives. Attention parce que la principale préoccupation de « nos » gouvernants est surtout de ne pas déplaire à  » la rue arabo-musulmane  » et de négliger les intérêts des Français Juifs. On va arriver à la situation de la suisse. La preuve en est cette immonde circulaire de la préfecture des hauts de seine, qui pour alerter sur les vols de moutons, dans les fermes pédagogiques du département, lors de la fête musulmane de l’aït el adha , ou quelque chose comme ça, pour faire  » bonne mesure « , croit nécessaire de mentionner d’hypothétiques vols de volailles à l’approche de la fête juive de Yom Kippour. Quand des Juifs ont ils volé des poulets ???? pour Kippour. Une telle lâcheté est typique d’un esprit complètement KOLLABO. Eh oui, les collabos de l’occupation nazie ont des successeurs. Cela dit, il se peut que l’initiative soit due principalement à un certain fonctionnaire…. du département.

  3. N’Est-ce pas en Suisse qu’un hôtelier a apposé une pancarte demandant aux « clients Juifs de prendre une douche avant d’accéder à la piscine » ?

    Les Juifs doivent retirer l’argent placé dans des banques suisses et solder leurs comptes.

  4. La petite communauté juive suisse a bien du prendre à sa charge les réfugiés juifs pendant la Guerre. Alors l’humanitarisme et et le côté bon samaritain de la Suisse… on peut toujours attendre de voir.

  5. La petite communauté juive suisse a bien du prendre à sa charge les réfugiés juifs pendant la Guerre. Alors l’humanitarisme et et le côté bon samaritain de la Suisse… on peut toujours attendre de voir.

  6. L’acquisition d’armes est beaucoup plus facile en Suisse qu’en France. De surcroît, tout citoyen est réserviste et conserve un fusil d’assaut SIG à domicile entre ses périodes de réserve. Rien ne s’oppose à ce que les Juifs suisses assurent eux-mêmes leur sécurité, ce qui est plus rassurant que de devoir compter comme en France sur des patrouilles portant des armes sans munitions.

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