la méthode Buzz : l’Institut Filteris donne Fillon gagnant

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Le dernier Filteris du 14 mars donne au 1er tour :

Marine Le Pen 23,86

François Fillon 24,13

Macron 21,98 !

Filteris, la société canadienne d’opinion préférée des fillonistes

 

Mesures publiées par Filteris/Euromédiations du 23 février au 7 mars, dans lesquelles François Fillon, ici en meeting à Orléans, est toujours 1er ou 2e.

Mesures publiées par Filteris/Euromédiations du 23 février au 7 mars, dans lesquelles François Fillon, ici en meeting à Orléans, est toujours 1er ou 2e Filteris / MaxPPP/PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE (Montage photo L’Express)

Les instituts de sondages sous-estimeraient François Fillon, selon ses partisans, qui préfèrent relayer les analyses de l’entreprise Filteris, qui assure avoir « déclassé » les instituts de sondages traditionnels avec une méthode basée sur « l’analyse du buzz ».

François Fillon était censé remporter l’élection présidentielle haut la main. Et puis il y a eu l’affaire Pénélope, la mise en examen, les défections dans son propre camp et la dégringolade dans les sondages. Le candidat Les Républicains (LR), pourtant, décide de se maintenir jusqu’au bout. « La base, elle, tient », jure-t-il. Les instituts de sondage indiquent le contraire. D’une confortable première place, il est tombé à la troisième.

Ses plus fidèles soutiens ont donc cherché les bonnes nouvelles où ils peuvent. Ils en ont trouvées avec les analyses de Filteris, une entreprise privée canadienne spécialisée en « web-réputation » et d’Euromediation -un cabinet de conseil- qui placent Fillon au second tour dans toutes leurs mesures publiées depuis le 23 février dernier. « Nous avons des sondages (sic) qui sont faits avec ce qu’on appelle le big data et qui placent François Fillon en numéro 2 », se réjouissait Bruno Retailleau sur RMC mercredi 7 mars.

Sur Twitter, les soutiens du candidat de droite ont également relayé cette étude. « L’analyse Filteris démontre la résistance de Fillon auprès des Français », s’est félicité la députée LR Valérie Boyer. « François Fillon reste largement dans la course », l’a imitée Patrick Hetzel, également député LR.

« L’analyse la plus fiable de l’opinion »

Forcément, chez Les Républicains, on ne se prive pas de mettre en avant une étude si favorable, quitte à distordre un peu la réalité. En charge de la campagne digitale de François Fillon, Gautier Guignard, a jugé que les mesures Filteris sont les « plus fiable de l’opinion ». « Filteris avait prédit la victoire de Fillon à la primaire, et le place devant Macron au premier tour », titrait pour sa part lundi 6 mars l’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles.

Contacté par L’Express, le président-fondateur de la société canadienne, Jérôme Coutard, tient à souligner que son entreprise est « totalement apolitique » et n’a « aucun contact avec Les Républicains, ni un autre parti ». D’ailleurs, les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré une belle promotion aux analyses de Filteris, début février, rappelle Libération, lorsqu’il était annoncé à 18% au premier tour par l’entreprise. « Et on a eu le contraire avec des soutiens du PS, mécontent de nos mesures », précise le PDG.

« Notre métier n’est pas de suivre la politique, ajoute Jérôme Coutard. On ne gagne pas d’argent avec ces mesures ». En clair? La présidentielle est un excellent tremplin publicitaire, l’occasion de montrer à ses clients que ses mesures « sont fiables ».

« La méthode? Un secret industriel »

Et justement, comment fonctionnent-elles, ces mesures? Sur son site, Filteris se targue de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement propre aux sondeurs mais « les moteurs de recherche et les algorithmes d’analyse pour prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de ‘sentimentalité’ rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats ».

Interrogé sur ces termes flous, Jérôme Coutard, prévient qu’il compte préserver « le secret industriel » et qu’il y a « beaucoup de détails qu’il ne donnera pas ». Mais il accepte d’expliquer ce qu’il appelle le ‘buzz’. « Nous analysons le ‘poids numérique’, c’est-à-dire l’ensemble des traces numériques qui sont associés au sujet de notre analyse: un article paru sur un site de presse, le nombre de commentaires dans celui-ci, ceux sur les réseaux sociaux, (Twitter, Facebook), le nombre de mentions, de hashtag, mais aussi l’engagement, etc. », énumère-t-il.

Quant à « ce que l’on vulgarise par ‘la sentimentalité’, poursuit le PDG, c’est l’ensemble des avis, des opinions et des commentaires positifs ou négatifs, que nous utilisons dans des cartes axiologiques, avec des valeurs positives et négatives associées au candidat ».

Fillon annoncé gagnant à la primaire de droite, oui mais

L’ensemble a permis à Filteris de détecter lors de la présidentielle américaine, « que le poids numérique était à l’avantage de Trump » et que « la sentimentalité associée était à 79% négative ». Bref, que tout le monde parlait -mal- de l’actuel président américain. Paradoxal compte tenu de sa victoire? « Pas forcément, botte Jérôme Coutard, vous connaissez la phrase de Léon Zitrone, Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ».

L’institut de mesures a aussi réussi à prévoir la qualification de François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, contrairement aux sondeurs traditionnels. Filteris s’en est félicité dans un communiqué de presse publié sur Facebook, dans lequel l’entreprise affirme que « les sondages classiques sont désormais déclassés par l’analyse big data ».

Mais, comme les instituts de sondages traditionnels, Filteris n’est pas exempt d’erreurs. D’abord, l’institut a bien prédit la victoire de Fillon au premier tour, mais il l’a sous-estimé de moitié et prédisait que son adversaire serait Nicolas Sarkozy. Ils donnaient également Jean-Frédéric Poisson à 11,4% des voix (1,45% en réalité) et Jean-François Copé à 8,8% (au lieu de 0,30%).

La société canadienne s’est aussi lourdement trompée sur la primaire de la gauche, annonçant Manuel Valls premier avec 40,28% des voix (31,9% en réalité) suivi par Arnaud Montebourg à 23,91%, alors que Benoît Hamon s’est imposé avec 36,51% des voix.

Interrogé sur Facebook, Filteris assure que « les dernières mesures effectuées (qui n’avaient pas été publiées) montraient un duo de tête Valls-Hamon avec une forte tendance haussière pour ce dernier ».

Un autre problème, lié à la méthode, peut également être soulevé. Qualifier le caractère positif ou négatif de millions de messages publiés sur Internet est une tâche sinon impossible, titanesque, expliquait à L’Express l’agence de modération Netino, interrogée en 2015. L’ironie, par exemple, peut-être trompeuse pour les algorithmes, même si des recherches existent sur le sujet. Et comme Filteris ne communique -logiquement- pas les détails de sa méthode, il est délicat de la juger.

Si les instituts de sondages sont loin d’être parfaits, difficile de ne pas noter le paradoxe des fillonistes et mélenchonistes qui saluent les résultats de Filteris, fondés sur une méthode secrète, et qui dénoncent les sondages « classiques ». D’autant que si Jérôme Coutard se vante de « mieux capter les signaux faibles », il avoue que « grosso modo, une à deux semaines avant une élection, on arrive à être au même diapason avec les sondages traditionnels ».

Par , publié le

lexpress.fr (Le journal comme d’autres, appartient à Patrick Drahi, qui semble avoir mis tous ses œufs dans le panier Macron)

2 COMMENTS

  1. C’est vrai aussi et il faut le reconnaître, c’est que si François Fillon est élu Président de la République : Ce sera un peu plus difficile pour les musulmans de rentrer en France, et ça, beaucoup ne l’acceptent pas

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