Juifs et Asiatiques assassinés : ils brisent le silence

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Dans la nuit du 8 au 9 septembre, une famille juive a été violemment braquée, agressée et détroussée à Livry-Gargan. D’après les premiers éléments de l’enquête, les agresseurs auraient volontairement ciblés « des juifs, parce qu’ils ont de l’argent. En août, ce sont les asiatiques qui ont subi de violentes agressions, pour les mêmes raisons.

Pour vsd.fr, Caroline Chu, réalisatrice, elle-même victime en 2015 d’un vol avec violence, pointe les similitudes. Et dénonce les silences coupables des autorités…

Par Ruth Nabet

Source : VSD

Les juifs ont de l’argent. On prend l’argent des juifs pour le donner aux pauvres. » c’est, entre autres insultes et menaces, les propos qu’auraient tenus à leurs victimes, deux individus décrits comme jeunes et de type africain, ayant agressé la famille P., à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis).

Braqués, battus et détroussés durant la nuit du 7 au 8 septembre, ce couple et leur fils ont vécu l’enfer. Le mari est un pilier de la communauté juive locale et président d’une association. Au cours de leur nuit d’horreur, tous ont été battus, insultés, menacés et séquestrés.

« Ils ont sauté sur moi et m’ont jetée par terre. Ils ont dit si tu cries on te tue », a expliqué Mme P. à I24news, précisant qu’ils la menaçaient avec un couteau. L’épouse a néanmoins réussi à donner l’alerte. « Cet acte odieux est bien la preuve si besoin en est, que les Juifs de France sont particulièrement menacés dans la rue et depuis quelque temps au sein même de leur domicile ce qui est encore plus inquiétant », indique, grave, le président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) dans un communiqué.

Quant au BNVCA (Bureau National de Vigilance contre l’antisémitisme), il appelle, par le même biais, les autorités, à prendre la mesure du caractère antisémite de cette agression « préméditée » et « à tout mettre en œuvre pour identifier et interpeller les auteurs ».

« On s’attaque aux juifs comme on s’attaque aux Asiatiques »

L’agression a profondément choqué Caroline Chu. Elle réveille, chez elle, de très désagréables souvenirs : « En 2015, j’habitais Belleville. Un quartier parisien populaire dont j’aimais la vitalité et la diversité », se souvient cette réalisatrice, chinoise par son père, canadienne par sa mère. Tout le monde manifestement, n’était pas de son avis. Violemment agressée et détroussée, Caroline est victime des « préjugés sur les asiatiques », explique-t-elle. « Les asiatiques sont calmes, discrets, pas toujours capables de s’exprimer en bon français notamment pour les plus âgés. Ils sont commerçants, ont du cash sur eux. » Les clichés vont bon train. « Et ce sont ces clichés qui ont conduit une partie de la jeunesse française à s’attaquer à eux, comme on s’attaque aux juifs. »

Caroline ChuLa réalisatrice Caroline CHu, dénonce le silence et l’inaction des pouvoirs publics, face aux menaces qui pèsent sur certaines minorités.

« Cela fait plusieurs années que je pointe les similitudes dans les agressions envers les juifs et les asiatiques, poursuit Caroline. Le fait qu’on entende les mêmes clichés sortir de la bouche des agresseurs, et que ceux-ci sont rarement désignés. Parce qu’il ne faut pas paraître raciste. Mais le fait est que ce sont souvent des jeunes, voire des mineurs, issus des communautés musulmanes, d’origine africaine ou nord-africaine. Et qu’on ne peut plus se taire au motif qu’on a peur de passer pour des racistes. » Un fait que clame régulièrement le BNVCA, par la voix de son Président Samy Gozlan. « Tous les actes commis contre des juifs l’ont été, ces dix dernières années, par des jeunes issus de la communauté arabo-musulmane. Quant à Caroline, ce qu’elle relate, ce sont les témoignages des victimes concernant le profil de leurs agresseurs respectifs, tels que décrits dans les rapports de police. Et des rapports, il y en a eu pléthore cet été…

Caroline ChuNaturopathe, Shengping Luo a été agressé et détroussé à coups de barre de fer. Il est actuellement dans le coma.

 » Le 18 août, une sexagénaire chinoise, Mme Hong, est morte sous les coups de ses agresseurs à Villejuif (Val-de-Marne). Ils voulaient lui prendre son sac, pensant qu’elle avait beaucoup de liquide sur elle. Le 20 août, à Marseille, c’est un homme qui a eu le crâne fracassé par ceux qui voulaient le détrousser. Dans le coma, la victime a un pronostic vital engagé. Une cagnotte participative a été lancée pour aider la famille à faire face aux frais. » Tout cela dans un silence médiatique insupportable. « J’ai signé la pétition pour que l’on reconnaisse le caractère antisémite du meurtre de Sarah Halimi. De même, je voudrais qu’on entendre la souffrance de la diaspora asiatique. Je ne comprends ni cette omerta, ni l’abandon qu’on fait subir aux minorités. On nous laisse mourir en silence! », s’indigne encore la réalisatrice.

Caroline ChuHommage à Mme Hong, sexagénaire chinoise assassinée en août dernier.

Caroline, elle, a depuis quitté Belleville pour une banlieue calme. Et si elle tente, par ses films, de représenter la communauté asiatique, elle ne veut pas pour autant que sa filmographie ressemble à un plaidoyer pour la diaspora chinoise. Projeté en septembre dans un cinéma d’art et d’essai parisien, le Saint-André des Arts, son dernier opus, Krank, compte le mal-être d’une jeune Eurasienne berlinoise, qui en quête de sérénité, découvre de troubles secrets sur son histoire familiale en revenant à Paris, où vivait à l’origine sa mère.

B.A de Krank, un film de Caroline Chu.

« En 2015, lorsque j’ai été agressée, j’ai été interviewée à de nombreuses reprises par les médias. Je suis la partie visible de cette communauté. Où sont les caméras de surveillance promises, les mesures prises pour qu’enfin les clichés cessent et que les gens n’aient pas peur d’aller travailler ou de rentrer chez eux ? » Nulle part, selon la réalisatrice. Après le temps des promesses est venu celui de l’oubli. Et en 2017, les agressions ultra-violentes ont repris de plus belle.

Même constat amer au sein de la communauté juive, qui espère toujours que l’affaire Sarah Halimi, cette vieille dame battue, séquestrée et défenestrée par un de ses voisins, qui la traitait régulièrement de sale juive, sera un jour considéré par la justice comme un crime antisémite. L’homme, sous l’entreprise de stupéfiants, selon ses propres dires, aurait crié « Allahou Akhbar » en assassinant la vieille dame et récité des sourates du Coran, à côté du corps de sa victime avant l’arrivée de la police. Mais la justice n’a pas jugé bon de retenir le caractère antisémite de l’affaire…

« Ce que nous voulons tous c’est vivre en paix, sortir de la peur et du silence, devenir visibles, conclut Caroline. Les mesures de police et de justice sont nécessaires pour punir les coupables et décourager les récidives. Mais il faut surtout accepter de regarder la vérité en face. Ce n’est rendre service à personne que de nier la réalité… »

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