Hanoucca : révolte militaire et spirituelle des Hasmonéens -vidéos

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Hier soir nous avons allumé la sixième lumière de Hanoucca, dans le même temps commençait le mois de Tévet.

L’histoire de Hanoucca se déroule au IIème siècle avant l’ère commune, à l’époque du Second Temple marquée par la domination  successive des empires perse, grec et romain. La Judée est alors l’enjeu de fortes réalités géopolitiques.

A la mort d’Alexandre, le fondateur de l’empire grec, les Diadoques se partagent l’empire: après une courte domination des Lagides d’Egypte (traduction de la Bible en grec, la Septante) la Judée est passée sous la domination de la dynastie grecque des Séleucides.

Au début le joug des juifs  est encore supportable : pendant quelques décennies les relations entre l’autorité séleucide et les Juifs sont sereines. La situation économique s’améliore, Antiochus III concède aux Juifs une large autonomie politique et religieuse: tribunaux spéciaux, création de nombreuses synagogues. Une assemblée de 71 membres est chargée de l’administration, avec le Nassi, le Av Bet Din et le Grand Prêtre.

La société juive s’hellénise, en particulier les classes aisées sont attirées par ce nouveau mode de vie et l’intégration dans la cité grecque. Deux partis se forment: les Purs ou Hassidim face aux Héllénisants, la lutte a des dimensions économique, politique et religieuse. Le Grand Prêtre Onias, soutenu par les Purs est remplacé par le favori des Hellénisants, Jason qui cédera vite sa place à Ménélas. Rentré à Jérusalem, le nouveau Grand Prêtre, Jason, établit la liste des nouveaux citoyens de cette Antioche de Jérusalem (pour la distinguer des nombreuses autres Antioche), fonde un gymnase au pied du Mont du Temple, et crée un éphébéion, c’est-à-dire l’organisme de formation des futurs citoyens.

En outre, beaucoup de Juifs aisés souscrivent à ce qui leur apparaît comme une utile modernisation de la société juive : les prêtres se précipitent au gymnase dès que retentit le gong annonçant le début de la distribution d’huile.

Hellénisant enthousiaste, Jason envoie des athlètes aux jeux en l’honneur de l’Hercule tyrien Melkart.

L’irruption d’un nouvel acteur sur la scène orientale va bousculer le bel équilibre : l’empire romain, qui va infliger une cinglante défaite aux Séleucides en Magnésie en -189.

Les Séleucides doivent verser une colossale indemnité à Rome, conduisant Antiochos IV Épiphane, successeur d’Antiochos III plus ou moins désigné par les Romains, à alourdir la fiscalité en Judée, obligeant le Grand-Prêtre, nommé par le pouvoir Séleucide, à entamer le Trésor du Temple.

À cette époque, le Grand-Prêtre des Juifs est un personnage de première importance. C’est lui qui est habilité à prélever de l’argent sur le trésor du Temple de Jérusalem pour payer le tribut exigé par Antiochos IV.

Profitant des luttes intestines en Judée, le tyran Antiochus IV Épiphane vient avec une forte armée en Judée, brûle une partie de la ville de Jérusalem et fait massacrer 40 000 habitants (en particulier le shabbat) ; puis il pénètre dans le Temple qu’il pille, enlevant tous les objets sacrés.
Il ordonne la persécution religieuse  par un édit qui interdit le culte juif, prohibe la circoncision ( Mila), l’observance du Chabbat et la fixation des Noémies ( hosh hodesh). Les 3 premières lettres ( hébreu) des interdits forment le mot Houmash ( Torah).

La statue d’une divinité grecque est placée sur l’autel, dans les cours du Temple les soldats grecs organisent des orgies, on sacrifie des porcs sur l’autel. Pour couronner le tout les juifs doivent dorénavant-sous peine de mort- honorer les dieux grecs. Une forteresse séleucide, l’Acra se dresse au cœur de Jérusalem qui devient une polis ( cité) grecque.

Un grand nombre de juifs ont préféré subir le martyr et restés fidèles à la foi de leurs ancêtres : les plus connus sont Eléazar âgé de 96 ans  et Hanna et ses sept fils.

De plus, aux yeux des Juifs traditionnels, ceux qui sont étrangers aux modes nouvelles, il est difficile de comprendre comment on peut rester Juif en adoptant des mœurs aussi étrangères à la tradition que la nudité du gymnase.

Les Hassidim, emmenés par Onias, sont scandalisés. Ces nouvelles mesures ne font qu’accroître le fossé économique et culturel qui se creuse dans la société juive : les Purs et les Hellénisants.

Les premiers se recrutent parmi les classes pauvres et sont les plus intransigeants sur le plan religieux.

Face aux meurtres et aux persécutions,  la révolte s’organise autour de Mattathias et de ses cinq fils, une  famille de prêtres qui habite dans la petite localité de Modiin, au nord de Jérusalem. La révolte va durer 25 ans pour déboucher sur le rétablissement de la royauté juive en Judée.

Le 25 Kislev de l’an  -167, un émissaire grec arrive à Modiin, petit village des environs de Jérusalem. Il vient s’assurer qu’on honore ici les dieux de l’Olympe. Pour lui témoigner de sa volonté de collaborer, un juif s’avance et s’apprête à sacrifier un cochon. C’est alors que Mattathias s’avance et tue l’hérétique sur l’autel. Face à l’assemblée médusée, il lance :” Quiconque a le zèle de la Torah, qu’il me suive.”.

Puis il s’enfuit dans les montagnes aux cotés de ses fils, laissant dans la ville tout ce qu’ils possédaient. Autour de Mattathias et de sa famille vont se rassembler tous ceux qui s’opposent à l’envahisseur et aux « impies »qui ont osé collaborer. La révolte des Hasmonéens vient de débuter : elle va enflammer la Judée pendant un quart de siècle et débouchera sur son indépendance.

Mattathias est le fils de Jean (ou Yohannan ou Yohanan ben Shimon) qui est le Prêtre de la lignée de Yehoyariv, fondateur de la première des 24 divisions sacerdotales qui officient dans le Temple de Jérusalem, descendant lui-même de Phinéas, 3e Grand Prêtre d’Israël.

Il est aujourd’hui de tradition de considérer Hasmonée comme un ascendant lointain de Mattathias, ce qui explique pourquoi les auteurs font référence à cette famille sous le nom d’Hasmonéens.

Son père, et les autres dirigeants Maccabée, sont une famille sacerdotale rurale de Modiin (ou Modi’in, ville du district centre d’Israël) au Nord de Jérusalem.

Tombeau supposé de Mattathias

D’abord passive la résistance se transforme en lutte armée contre l’armée séleucide et les Juifs hellénisants: les révoltés détruisent les autels païens, circoncisent les enfants. Matatyas rappelle à ses partisans que la Torah autorise le combat le chabbat en cas de guerre.

 

En -166, Juda Maccabée 1]succède à son père Mattathias : c’est un guerrier de la trempe du roi David, féroce au combat (manieur de marteau). Il dispose au mieux d’une armée de 6000 combattants contre une armée séleucide plus nombreuse, mieux équipée, avec ses fantassins aguerris, sa cavalerie et même ses éléphants de guerre aussi effrayants que redoutables.

Comment éviter l’affrontement direct face à une telle armada ? Yehouda lance ses hommes dans des opérations de guérilla : embuscades, attaques surprises, incendies des camps ennemis et des villages proséleucides.

La tactique s’avère payante : la renommée de ceux que l’on appelle désormais les Maccabées, du nom de leur chef, fait le tour de la Judée : comme des poissons dans l’eau les révoltés trouvent alors dans les campagnes hostiles un soutien humain et matériel de poids.

Les victoires s’enchainent. A Beth-Horon, Yehouda profite à nouveau du relief pour piéger une armée aux effectifs très supérieurs. L’année suivante à Emmaüs, il écrase les troupes du général Gorgias.

Le 25 Kislev  de l’an -165, les Maccabées réussissent à reprendre le contrôle du Mont du Temple : ils purifient le Temple et rétablissent le service.  Par miracle, une petite fiole d’huile pure éclaire la Menorah  pendant huit jours. La fête de Hanoukka commémore cette renaissance juive.

Il faut attendre jusqu’en -141 pour que les forces séleucides soient écartées par Simon Maccabée : la Judée redevient indépendante pendant un siècle.
Grâce à de brillantes conquêtes militaires, les Hasmonéens étendent les frontières de la souveraineté juive pendant un siècle.

En  107, le roi d’Égypte Ptolémée IX Sôter   fut détrôné et chassé du pays par son frère, jusque là Roi de Chypre, . Il chercha alors à se constituer un royaume en Judée, mais vaincu par le fils de Jean Hyrcan I, Aristobule I (Roi, 104-103) il appela à l’aide les Séleucides.

Malgré cet appui il fut battu et les Hasmonéens gardèrent la région jusqu’en 63 av.J.C. À la mort de son Roi Alexandre I Jannée (103-76), ses fils Hyrcan II et Aristobule II se bataillèrent le pouvoir. Ils demandèrent chacun à Rome d’intervenir en leur nom.

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Les Romains acceptèrent, mais en 63 les troupes de Pompée (106-48) entrèrent en Judée, elles prirent Jérusalem et la royauté fut abolie. L’empire Hasmonéen fut démembré et la Judée fut réduite à un petit État-client de Rome mais toujours avec une certaine indépendance. Lorsque Pompée fut vaincu par Jules César (100-44), Hyrcan II qui avait été nommé ethnarque, fut évincé et le pouvoir effectif donné à Antipater I, l’un de ses ministres.

La fin de la dynastie hasmonéenne est marquée par l’expansion de l’hellénisme. En fait une assimilation culturelle envahit tous les domaines de la vie quotidienne : les classes dirigeantes sont les plus menacées.

 

 

Adaptation par JG

[1] Ce serait le sigle d’un extrait du cantique de la Mer Rouge (Exode) :Mi Kamora BaeliM El

[2] Saducéens : ce  sont les membres du clergé à l’époque du Premier Temple dont le Grand Prêtre était Sadoq.[]

[3]Pharisiens : membres d’un groupe  très exigeant dans l’observation des commandements et des préceptes de la Loi écrite et orale.  Peroushîm veut dire “séparés”. Les pharisiens constituent une grande partie des juifs des premiers siècles

[4] Esséniens : ce sont les membres d’une communauté juive, fondée vers le IIe siècle av. J.-C.. Les principaux groupements s’établirent  sur les rives de la mer Morte. Les éléments connus sur ce groupe proviennent de Philon d’Alexandrie, de Pline l’Ancien et de Flavius Josèphe.

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