
L’ancien patron du FMI Dominique Strauss-Kahn a entamé mercredi matin sa deuxième journée de garde à vue dans l’affaire de proxénétisme dite du Carlton, après avoir passé la nuit dans la cellule d’une caserne de gendarmerie à Lille.
Une fois terminées ses auditions par les enquêteurs de la PJ, DSK doit être entendu par des fonctionnaires de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale, la "police des polices") qui devraient notamment l’interroger sur ses liens avec le commissaire Jean-Christophe Lagarde, au nombre des huit personnes mises en examen dans ce dossier.
Il est habituel que les magistrats anticipent la prolongation d’une garde à vue avant la fin des 24 premières heures mais elle ne prend effet qu’une fois celles-ci écoulées.
Les trois juges d’instruction en charge du dossier se sont rendus sur place mardi soir pour notifier à DSK la prolongation de sa garde à vue pour "complicité de proxénétisme aggravé en bande organisée" et "recel d’abus de biens sociaux".
L’ancien ministre socialiste pourrait ensuite être libéré sans poursuites, ou être déféré dans la foulée devant les juges, qui peuvent aussi le convoquer ultérieurement.
Les enquêteurs de la police judiciaire devaient l’interroger au sujet de soirées libertines auxquelles il aurait pris part, notamment à Paris et Washington, afin de déterminer s’il savait que les femmes qui y participaient étaient des prostituées.
Garde à vue de tous les risques pour DSK
En France, le risque d’un long parcours judiciaire
.
Et aux Etats-Unis, une conséquence immédiate : les avocats de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel, attendent cette mise en examen pour alimenter leur procès au civil contre Dominique Strauss-Kahn.
Des poursuites à Lille placeraient en grande difficulté DSK à New York devant le tribunal civil du Bronx.
Au total, huit personnes sont mises en examen dans cette affaire qui a éclaté après l’arrestation en Belgique d’un proxénète français présumé surnommé "Dodo la saumure", en octobre dernier.
le 22/02/2012
Source : RTL .FR
http://www.rtl.fr/actualites/articl...
La défense de Nafissatou Diallo suit de près l’enquête lilloise
Dans leur cabinet de la Ve Avenue, à New York, Kenneth Thompson et Douglas Wigdor ne ratent pas un épisode de l’affaire du Carlton de Lille.
La publication d’extraits de procès-verbaux dans la presse, une éventuelle mise en examen deDominique Strauss-Kahn et ce qui émergera de son audition par les enquêteurs de la police judiciaire, puis par les magistrats lillois sont autant d’éléments susceptibles d’être exploités par les avocats new-yorkais de Nafissatou Diallo dans le cadre de la procédure civile engagée par la femme de chambre du Sofitel.
"Tout ce qui concerne le comportement de Dominique Strauss-Kahn dans d’autres affaires nous intéresse et sera utilisé, indique M. Wigdor.
Ce qui ne veut pas dire que ces éléments, comme les autres témoignages que nous recueillons, nous sont indispensables : notre dossier est solide en lui-même et je suis confiant."
William Taylor, l’avocat américain de DSK, rappelle de son côté que "le vide du dossier a conduit à l’abandon des poursuites au pénal" contre M.Strauss-Kahn, le 23août 2011.
Il reste discret sur sa stratégie.
"ALLER JUSQU’AU BOUT"
La procédure civile engagée par la femme de chambre du Sofitel est toujours en cours.
Le 8 août, Mme Diallo a déposé plainte pour viol à l’encontre de M.Strauss-Kahn devant le tribunal du Bronx.
Le juge Douglas McKeon examine actuellement l’argument de l’immunité diplomatique brandi par les avocats de l’ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI), le 26septembre.
Il pourrait rendre une décision à la fin du mois de février.
Dans l’attente, la défense de Mme Diallo engrange les éléments extérieurs à charge : le harcèlement ou la violence sexuelle dont certaines femmes ont accusé DSK, de Piroska Nagy, cadre au FMI, à Tristane Banon, romancière, en passant par "Béa", compagne de "Dodo la Saumure".
"Tristane Banon fournit un témoignage utile sur sa manière de procéder, explique M.Wigdor.
Quant aux relations de M.Strauss-Kahn avec des prostituées, elles ne nous intéressent que dans la mesure où il aurait eu un rapport violent avec elles."
L’avocat français Thibault de Montbrial, mandaté par MM. Thompson et Wigdor, assure avoir recueilli les témoignages de "plusieurs femmes" et que "quelques-unes sont prêtes à témoigner publiquement et sous serment à New York". Ce sont"le plus souvent des femmes en demande d’un logement social, dans des emplois de service, socialement fragiles", note-t-il.
En novembre, M. Wigdor a rencontré à Paris Me David Koubbi, l’avocat de Tristane Banon, laquelle a déclaré vouloir "aider"Nafissatou Diallo. Sa décision de collaborer dans la procédure civile de New York "n’est pas encore prise", selon Me Koubbi, qui affirme : "Je suis sûr que Mlle Banon le souhaitera.
Elle se voit accusée d’être prostituée ou manipulée dans un complot, comme elle-même l’a été." "Nous pensons que Mlle Banon témoignera", estime de son côté M.Wigdor.
L’avocat new-yorkais se dit décidé à "aller jusqu’au bout".
"Dans 90% des procédures civiles, dit-il, les conflits se résolvent par des négociations avant le procès.
Mais dans notre cabinet, nous allons au procès pour plus de 10% des affaires dont nous sommes saisis."

Marion Van Renterghem
Le monde
le 21.02.2012


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