Sarkozy ou La parole d’un ami*

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lundi 20 février 2012, par Sarkozy, par Israël, par Guilad Shalit, par CRIF

Le discours présidentiel au dîner du CRIF, que l’on a pu suivre en direct sur plusieurs chaines télévisées d’information, est un chef d’œuvre de la rhétorique et de l’art de persuader. Il assène des propos et des jugements très durs dans des mots et une phraséologie on ne peut plus amicale.

Bien que ce dernier aspect ne soit pas négligeable dans l’inimitié ambiante envers Israël et la communauté juive – on se demande d’ailleurs comment l’invité du CRIF pourrait être désagréable dans un banquet aussi sélect et mondain –, il est loin d’être suffisant sur le plan de la réalité qui presse et ne se plie pas aux périodes oratoires contrastées.

Remarquons tout d’abord l’astuce qui consistait à commencer par un leurre positif décentrant l’attention : la célébration de la libération de Guilad Shalit. C’était là le spectacle gratifiant pour tout le mode qui rejetait dans l’ombre le vrai propos. Il fut à ce propos étonnant d’apprendre de la bouche du président que toute la France s’était « mobilisée » pour lui. Je ne sais pas dans quel pays vit le président mais je n’ai rien vu de semblable si ce n’est des cas très isolés en rupture avec le consensus du silence, comme la mairie de Claude Goasguen… Quant à savoir si la France a joué un rôle dans la libération nous n’en savons rien exactement : il faut dire que, si tel est le cas, le coût de ce troc fut exorbitant pour Israël (1000 terroristes pour 1 soldat) et qu’à ce prix-là l’intercession ne fut pas trop difficile. Il n’est rien de plus classique que de voler à la victoire !

C’est entre cette célébration et l’attention excessive à l’affaire des chauffards juifs en Israël (fait divers odieux mais qui ne mérite pas de monter au sommet de l’agenda politique), propice à terminer le discours sur une tonalité émotionnelle destinée à brouiller l’attention critique que les choses les plus importantes ont été dites. Essentiellement trois dont deux concernent l’Etat d’Israël et le dernier, presque bâclé avec des formules rituelles, les Juifs de France.

Les deux premières mettent Israël en accusation. C’était adroit de partir du couple des anciens ennemis, France et Allemagne, pris comme modèle d’entente, pour arriver au couple israélo-palestinien, en en tirant l’idée que ce dernier doive s’inspirer du premier. Ici, comme ailleurs aussi, la Shoah est prise à témoin de ce que l’inimitié entre deux voisins peut provoquer. Or ce parallélisme est profondément abusif car le conflit au Moyen Orient n’a rien à voir avec celui qui opposa la France et l’Allemagne. C’est une guerre dans laquelle il y a un refus unilatéral vis à vis d’Israël, émanant du monde arabo-musulman et en premier lieu des Palestiniens et de l’Autorité palestinienne. Il n’y a par ailleurs jamais eu d’Etat palestinien et si l’Autorité Palestinienne actuelle existe c’est parce qu’Israël l’a voulu à Oslo. Que vient faire la Shoah dans cette histoire ? Et comment faire porter tout le poids de l’impasse sur Israël seul, au mépris de toute évidence ? Le président regarde peut-être trop la télévision et la presse françaises à moins qu’il n’écoute l’accusation portée par J Call… La chose tient à la caricature lorsqu’il avance ainsi qu’on n’a pas crié « Mort aux Juifs » durant le printemps arabe, alors que l’observateur informé sait pertinemment que c’est le contraire, ce que l’on peut vérifier dans les conséquences électorales islamistes de ce supposé « printemps ». « Voilà la vérité qu’un authentique ami d’Israël doit dire. » On atteint le sommet de la mauvaise foi avec ce lyrisme qui fait porter toute la responsabilité sur Israël : « Israël a suscité le respect et la crainte. Est-ce que vous ne croyez pas qu’il est venu le moment de réfléchir à la façon dont maintenant Israël va susciter de l’amour, de l’attachement, de l’admiration, de la considération ? Israël soit être aimé et pas simplement craint ? ». Mais la patrie dont les Palestiniens « rêvent » selon les mots du président a pour ambition de se construire sur les ruines d’Israël !

Le deuxième message concerne la menace iranienne. Que peut valoir l’engagement de la France pour l’existence d’Israël à la lumière de la politique qu’elle mène ? Le vote pour l’adhésion à l’Unesco de la Palestine, un Etat qui n’existe pas, est à l’image de tous les votes de la France dans les arènes internationales sous Sarkozy : toujours défavorables à Israël même si c’est pas défaut qu’elle le manifeste en choisissant l’abstention sur des questions clefs. De même, l’expérience de la force d’interposition française au Liban fut une farce après la guerre lancée par Ehoud Olmert : elle n’a jamais empêché le Hezbollah de se réarmer de façon à massive. Bien au contraire. Cette assurance risque de n’être qu’oratoire pour bloquer toute action préventive d’Israël devant une menace mortelle, le jour même où Alain Juppé déclarait qu’il fallait tout faire pour empêcher Israël d’agir. En somme, Israël va devenir demain une « menace » pour la paix mondiale. Que faut-il dire de l’Europe que le président a tenté de remettre sur les rangs de la solution au Moyen Orient : l’Union européenne ne cesse de jouer les activistes et de raviver sans cesse la conflictualité avec une obsession malsaine. Quelle est la validité de l’affirmation qu’Israël doit être « un Etat pour le peuple juif », à côté d’un Etat palestinien, à la lumière du scandale récent des ambassadeurs européens en Israël rédigeant un mémorandum sur la discrimination dont les Arabes israéliens seraient l’objet ?

Enfin, sur l’antisémitisme, la formule rituelle « chaque fois qu’un juif sur le territoire de notre république est insulté, frappé, c’est une tache sur le drapeau tricolore » est certes bienvenue mais faut-il attendre que les Juifs soient agressés ? Il y a, jusques et y compris, dans les TV publiques ou l’AFP un biais idéologique qui déforme de façon permanente les faits et crée une ambiance d’hostilité qui peut avoir des conséquences pour la sécurité, C’est cela le problème, mais il n’est pas affronté, peut-être parce qu’une situation s’est mise en place qui fait écran au réel. Une génération a été entretenue dans ces déformations de la réalité des faits. Enfin, la mise en garde sur le lien entre la loi sur le génocide arménien et la Loi Gayssot ne laisse pas d’inquiéter. Elle annonce une annulation possible de celle-ci. Comment interpréter, alors, le fait que parmi les 71 députés qui ont signé le recours au Conseil constitutionnel il y ait 51 UMP ?

L’amitié proclamée dans ce discours, se veut exigeante, mais plus exigeante envers Israël qu’envers les autres (et aussi soi-même). C’est une attitude qui s’est renforcée durant les années 2000 et qui a servi de parade à l’antisionisme. Son motto pourrait être ainsi formulé : « c’est parce que je vous aime que je vous demande plus ! » (et vous critique donc plus durement que les autres et moi-même). Il y a là en fait un pur effet de langage. C’est la définition même de l’immoralité puisqu’elle juge les hommes et les nations en fonction d’un système de « deux poids, deux mesures ». Sur ce plan-là, la justice est préférable à l’« amitié ».

*A partir d’une chronique dans Actualité juive n° 1198, du 16 février 2012.

Shmuel Trigano



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6 Messages de forum

  • Sarkozy ou La parole d’un ami* 19 février 17:51, par yacotito

    Triste à lire, triste aussi de penser qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre.

    Nous devons nous consoler en pensant, que c’est notre destin, que plus les autres ne nous aiment pas et plus nous nous sentons juifs et solidaires de la patrie de nos pères. Bien des peuples conquis ont abandonné la foi de leurs pères : indigènes d’Amérique centrale, peuples d’Asie, peuples d’Afrique et j’en passe.

    Mais notre peuple reste et restera debout, fidèle à lui même jusqu’à la fin des temps, bien après que nos ennemis aient disparus à cause de leur aveuglement et soient tombés dans l’oubli, Amen !

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  • Sarkozy ou La parole d’un ami* 21 février 02:17, par Gerco

    Un ami ? Mon Dieu protegez-moi de mes amis....vous connaissez la suite. J Call and Co, Hypocrites et Cie. Israel toujours fautif !

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  • Sarkozy ou La parole d’un ami* 21 février 12:30, par Oliver

    Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas voir ce que sont devenus tous ceux que monsieur Sarkozy a traité d’ami jusque la. Il semble bien que ce mot désigne pour lui, les personnes auxquelles il ôtera, sinon la vie, pour le moins le pouvoir. Regardez toutes les poignées de mains chaleureuses qu’il a eues avec tous les dirigeants qui sont tombés ces dernières années. Cela signifie qu’il est loin d’agir seul. Regardez l’ exemple de la Côté d’Ivoire, où même l’ONU a entériné ses mensonges pour qu’il arrive à placer son copain Alassan Ouatara, musulman au pouvoir, et avec la bénédiction du Qatar. Autre fait marquant, chaque fois qu’une personnalité forte lui barre la route, l’émotion qui survient entraîne monsieur Sarkozy à traiter son rival de menteur. En psychologie, nous appelons cela l’effet miroir qui consiste à projeter inconsciement ses propres défauts, et a les attribuer a quelqu’un qui nous dérange tout autant sûr le moment. Je pense donc qu’il sait lui-même qu’il est un grand Menteur. Et toutes son jeu de pouvoir est un mécanisme de décence pour tenter d’apparaître autrement. Le ton et les mimiques d’un enfant de coeur qu’il utilise en sont caractéristiquea. Alors, petit conseil, Israél sépare-toi du menteur pendant que cela est encore possible.

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  • Ce message de Marseille , on l’a peut-être trop attendu depuis 5 ou 6 ans au moins, mais il a le mérite d’enfin arriver pour redonner une direction de droiture à toutes ces têtes dodelinant de tous les côtés. Quels que soient les scores, asséner la vérité et qu’elle soit entendue, ce n’était pas un exercice de rhétorique, c’est un non retour sur l’évolution de la société française en général. Ramasser un oiseau blessé est une chose, qu’il reprenne son envol vers l’autonomie de jugement, en est une autre. Si les Français n’acceptent plus les mensonges pour eux, il n’accepteront peut-être plus que l’on mente sur Israël comme le font les plus grands. Et finalement c’est depuis les accords mythiques d’Oslo que les oreilles sont bouchées.

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  • Sarkozy ou La parole d’un ami* 21 février 23:36, par Armand Maruani

    J’aurai bien aimé que Lieberman eût été invité au dîner du CRIF et qu’il fut fâce à Sarko . Ils auraient eu sûrement des échanges " trés amicaux " .

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  • Sarkozy ou La parole d’un ami* 23 février 17:55, par jeanvaljean

    sarko n’est qu’un pion dans l’échiquier Européiste, qu’un vassal des vrais élites, des vrais décisionnaires. récemment il à dit : "il faut me réélire pour que je termine le travail commencé". ce n’est pas si faux, en un sens. il n’a pas fini le travail qui lui a été confié, ni en France, ni à l’étranger. Le pays n’est pas totalement endetté, il n’est pas complètement dans le chaos. bref il lui reste du travail. pathétique ce type. le pire président que la France ait eu. non, il n’est pas l’ami des juifs, pas plus qu’il est l’ami des pauvres et des oubliés. il est l’ami de la finance, des mondialistes, des privilégiés...

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