« Le super à 2 € le litre est inéluctable » pour le PDG de Total

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mardi 12 avril 2011, par Essence, par Super

Pour Christophe de Margerie, le PDG de Total, la contribution de la filière pétrolière exigée lundi par le gouvernement est une réponse insuffisante à l’envolée du prix du pétrole. Interview exclusive du Parisien.

Propos recueillis par Erwan Benezet

Les principaux acteurs de la filière pétrolière, dont le groupe Total, étaient convoqués hier à Bercy par la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, le ministre de l’Energie, Eric Besson, et le secrétaire d’Etat au Commerce, Frédéric Lefebvre, pour faire le point sur la situation des marchés du pétrole, et la hausse des prix à la pompe.

Le patron de Total ne doute pas que le super atteindra 2€ le litre : « La vraie question, c’est quand ? »

Il leur a été demandé de contribuer au financement de la mesure destinée à compenser en partie la flambée des prix de l’essence. Soit 115 M€ qui seront redistribués à près de 5 millions de contribuables. Du fait de ses 23% de part de marché, c’est plus de 70 M€ (pour un profit de 10,3 milliards en 2010) que Total devra provisionner. Une solution juste mais de « très court terme » pour le patron du groupe, Christophe de Margerie.

Les pouvoirs publics vous mettent à contribution. Quelle est votre réaction ?

CHRISTOPHE DE MARGERIE. Honnêtement, cela ne fait jamais plaisir d’apprendre un matin que nous allons encore être taxés. Mais quand on est concerné, c’est normal qu’on aille discuter, surtout sur des sujets de société. Cette mesure n’est pas parfaite mais elle est utile car elle aidera les personnes les plus touchées par la forte hausse des prix du carburant. Pas forcément celles qui gagnent le moins, mais celles pour qui ce poste carburant dans leur budget professionnel est le plus élevé. Au regard de l’envolée du prix du baril (79 $ en moyenne en 2010 contre 120 aujourd’hui), cette contribution ne peut constituer toutefois qu’une solution à très court terme. A plus long terme, ce ne sera pas suffisant. Il faudrait pouvoir stopper la flambée du prix du pétrole. Cela n’est pas en notre pouvoir. La vraie solution est globale : il faut miser sur les investissements, passer à la vitesse supérieure sur les économies d’énergie et diminuer la consommation.

Le super à 2 € le litre est donc inéluctable ?

Cela ne fait aucun doute. La vraie question, c’est quand ? Il faut espérer que cela n’arrive pas trop vite, sinon les conséquences seront dramatiques. Qu’est-ce qui pourrait affoler encore plus les prix du baril ? Un embrasement généralisé dans d’importants pays producteurs. Aujourd’hui, l’attention est fixée à juste titre sur la Libye, le Yémen ou encore la Syrie. Rappelons qu’un seul pays comme l’Arabie produit 9 millions de barils de pétrole par jour. S’il venait à manquer sur le marché, les prix deviendraient alors incontrôlables. C’est un scénario certes peu probable mais qui souligne la fragilité de la situation. Sans parler de la parité euro-dollar qui joue là aussi un rôle très important. Heureusement que l’euro est remonté, sinon la facture aurait été encore plus douloureuse.

Que peut-on faire pour contrer en partie cette hausse ?

Tout d’abord investir. L’investissement, c’est avec la réduction de la consommation, la clé contre l’augmentation inexorable du prix de l’énergie. Si demain le nucléaire contribue moins à l’offre d’énergie comme les événements au Japon le laissent supposer, il faudra bien aller chercher l’énergie ailleurs. Même si les energies renouvelables gagnent du terrain, nous serons encore dépendants pendant longtemps des énergies fossiles, et donc du pétrole et du gaz. Or ces énergies ne se trouvent pas en France. Il faut aller les chercher ailleurs. Donc nous laisser investir à l’étranger. L’exploration-production, ce sont les deux tiers de nos investissements aujourd’hui. Et notre capacité d’investissement, ce sont nos bénéfices.

Vous tablez également sur une diminution de la consommation ?

C’est même indispensable ! Elle est déjà en cours. Il faut savoir qu’en France on est revenu au niveau de consommation énergétique de 1985 ! La reprise économique a poussé les prix à la hausse avec une augmentation de la consommation de 2,9 millions de barils par jour en 2010. Mais cette hausse est due uniquement aux pays émergents, Inde et Chine en tête. En Europe, au contraire, la consommation de pétrole diminue. D’où les interrogations autour de nos capacités excédentaires de nos sites de raffinage en France. Pour l’instant, nous avons promis de ne rien changer pendant cinq ans et nous investissons même pour moderniser nos sites.

C’est pour cette raison que vous êtes favorable à l’exploration du gaz de schiste en France ?

Oui, parce que c’est lié. On ne peut pas d’un côté défendre la sécurité de l’approvisionnement en France, et de l’autre interdire la prospection de ces fameux gaz de schiste dans la région de Montélimar. Et je parle bien de prospection, il ne s’agit même pas d’exploitation. On se moque du monde ! Avant même qu’on ait eu le temps simplement de pouvoir évaluer ce qui existait, on a dû faire face à une campagne outrancière — et je pèse mes mots — contre cette ressource potentielle. Comment peut-on prendre une décision définitive sans même savoir s’il y a du gaz de schiste dans le sous-sol français et s’il est exploitable ? Alors que de toute façon aucune campagne de production ne serait lancée sans avoir la certitude que l’environnement serait préservé. Et pourtant, une loi est actuellement à l’étude au Parlement pour en interdire l’exploration. C’est vraiment mettre la charue devant les bœufs !



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2 Messages de forum

  • Ce M. Christophe de Margerie oublie de dire que le gaz de schiste est très polluant. Un exemple : l’eau du robinet des foyers étasuniens (américains) situés près de certains forages de gaz de schiste est inflammable ! On ne compte plus le nombre de familles et d’animaux aux Etats-Unis et au Canada qui sont tombés malades en buvant l’eau du robinet ! Pour extraire le gaz et l’huile de schiste, on introduit, dans la roche, des produits chimiques très dangereux, qui polluent ensuite les nappes phréatiques de toute la région.

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    • Exact Jacqueslazier !

      Il faudrait que M. De Margerie ne finance pas lui-même les études d’impact sur l’environnement mais bien que celles-ci soient réalisées par des organismes totalement indépendants financièrement, compétents et même assez orientés "protection de la nature".

      Pour l’instant du peu que l’on sait, l’exploitation des gaz de schistes ne peut qu’avoir des répercussions négatives à plus ou moins long terme sur l’environnement (et sur la beauté des sites !!!). D’ailleurs, on n’a jamais vu la production d’aucune source d’énergie ne pas avoir d’impact sur l’environnement. Exemple : A grande échelle, même les éoliennes cassent les vents et empêchent les nuages d’aller plus loin (voir entre Los Angeles et Palm Sping), le solaire refroidit la terre là où il se trouve, etc. alors de carrément injecter un fluide sous très haute pression avec des liquides douteux, vous imaginez l’impact sur les vers de terre dont on sait déjà que les pesticides ont bousillé l’écosystème => Inondations massives dans les champs car le sol ne peut plus évacuer l’eau par les micro-galeries souterraines creusées par ces p’tites bêtes.

      L’homme est trop cupide et ce n’est pas Monsieur De Margerie qui prouvera le contraire !

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