Éric Zemmour ou les dangers de l’assimilation

9
2289

On connaît les trois conséquences des « Lumières » (la Haskala) au 18e siècle sur les Juifs qui sortaient des portes du ghetto en Europe : réforme, assimilation et nationalisme laïc.

Ces trois options ont, certes, contribué à un affaiblissement de l’intensité de la vie juive selon la Torah, mais elles s’inscrivaient assurément dans une laïcisation de la société contemporaine.

L’assimilation a, certes, été l’élément le plus pernicieux de cette dégradation, ce qui n’a pas empêché l’hostilité des nations au peuple juif : l’affaire Dreyfus – condamnation d’un innocent, parce que juif, aura été, à la fin d’un 19e siècle totalement assimilationniste, la preuve de l’inutilité de l’assimilation.

Des hommes politiques, comme Léon Blum ou Pierre Mendès-France ont été parmi les plus illustres de cet ostracisme inavoué.

De nos jours, c’est l’hostilité à Israël qui masque cet antisémitisme permanent.

Des philosophes comme Alain Finkielkraut ou Bernard-Henri Levy sont, malgré leur succès médiatique, souvent stigmatisés comme juifs.

Il suffit de se rappeler les remous provoqués au sein de l’establishment par l’élection de Finkielkraut à l’Académie Française, obtenue d’ailleurs avec une majorité très réduite.

Certes, André Maurois a su cacher Émile Herzog – son véritable nom, ou, Henri Bergson a finalement refusé, en 1941, la conversion au christianisme qu’il avait envisagée au préalable. Mais en toute hypothèse, l’assimilation ne saurait effacer l’identité.

Le cas d’Éric Zemmour est significatif, mais s’il mérite une réflexion spéciale, c’est d’abord, à cause de l’impact médiatique de ce personnage. Peu de journalistes, ou même d’écrivains, peuvent se flatter d’avoir écrit un best-seller, vendu à 400 000 exemplaires !

Son Livre Le Suicide français, paru il y a une vingtaine d’années,exprime toutes sortes d’opinions paradoxales, qui ont fait son succès, malgré leur singularité.

Il se situe dans une frange ultra-droitière, en reprochant à la société sa destruction de toutes les valeurs, qui l’ont conduite à un véritable suicide. Entre autres opinions paradoxales, il tente d’excuser le pétainisme, en prétendant qu’il a sauvé des Juifs français poursuivis par la Gestapo.

Ailleurs, les jeunes qui s’engagent pour devenir des combattants djihadistes ne sont pas différents, à son avis,des jeunes Juifs qui quittent la France pour s’enrôler dans Tsahal, l’armée israélienne.

Il pourfend aussi l’influence,néfaste à ses yeux, des options religieuses – Il vient d’être condamné pour ses propos islamophobes jugés,comme provocant à la haine religieuse. Dans un autre opuscule, il dénonce l’influence, exagérée à ses yeux,du rôle des femmes dans la société.

En quoi le judaïsme se sent-il concerné par un tel personnage, connu, certes, comme juif « séfarade », mais qui occulte ses origines, sans les nier ? Ses positions « réactionnaires », tout d’abord, indisposent le lecteur, plus habituéà recevoir des opinions plus conformistes.

Mais il y a un autre aspect déplaisant : une nécessité de se mouler dans un patriotisme, qui semble vouloir effacer son identité personnelle. Certes, il est entouré de journalistes d’origine juive.

Sa femme née Chicheportiche est également d’origine nord-africaine. Cependant, tout, dans la carrière de ce journaliste, tend à donner l’impression qu’il veut s’affranchir de son passé, et donc des idées reçues.

A toute époque, les Juifs qui s’assimilaient ou acceptaient la religion dominante ense convertissant éprouvaient le besoin d’affirmer leur intégration dans le nouveau cadre choisi.

Le cas d’Éric Zemmour est un peu paradoxal, mais manifeste un réel danger : l’esprit du judaïsme – dont parle B.-H. Levy, certes ne l’habite plus, mais il y une sorte de refus d’un certain conformisme social qui le distingue des autres journalistes, et lui donne sa notoriété.

Dans un article récemment consacré à l’analyse de ce personnage, la journaliste écrit: « La provocation est un ressort indéniable dans la rhétorique d’Éric Zemmour. Transgresser, mais jusqu’où ? » (Aurélie Jacques, dans l’Express no 3489 – Mai 2018)

Telle est l’interrogation que nous découvrons dans ce personnage atypique. Peut-on transgresser, et rester pourtant soi-même ? Il pourrait représenter le Silbermann de Jacques de Lacretelle, mais un Silbermann qui aurait réussi son intégration sociale.

Ne ressentons-pas,ici, le besoin de s’affranchir, fondé sur la conviction paradoxale qu’existe, au-delà de tous les succès éphémères, une réalité qui nous transcende, et qui, elle, est éternelle ?

Question existentielle à laquelle la survie, la permanence de l’être juif donne une réponse positive, la réponse de l’Absolu.

Lionel COHN

haguesher.com

9 COMMENTS

  1. Tant que Dieu le voudra, je continuerai à lire vos articles et vos commentaires.
    Pour m’instruire et surtout me régaler.
    (Bravo Aline 1, mais aussi les autres).

  2. Vu de l’etranger ou je vis depuis plus de 25 ans, je respecte Eric Zemmour pour l’amour qu’il porte a la France.
    Lorsque l’on retourne en France regulierement, on constate une degradation d’un pays qui etait merveilleux. Eric Zemmour essaye de vous ouvrir les yeux et a le courage de parler en tant que Francais comme l’aurait fait de Gaulle s’il etait vivant. Il est francais, il ne cache pas qu’il est juif en public et pas tous les juifs ont ce courage surtout ces jours ci. J’espere de tout coeur qu’il n’aura pas a le regretter un jour.

  3. Je n’ai pas souvent écouté Eric Zemmour, pas plus que B.H. Lévy.
    Zemmour ne cache pas son identité juive.
    En quoi l’expression de son patriotisme, de sa fidélité à la France, est-elle
    gênante?
    A mes yeux, son courage est digne d’éloge.
    Que l'” élite” française juive le tienne en suspicion, m’interpelle: cela
    signifierait que se dire patriote, reviendrait à être d’extrême-droite.
    J’ai lu, du moins, Marc Bloch, le patriote: ” L’étrange défaite”.
    C’est dans cette pensée que je situerais E. Zemmour.

  4. Un jour Léa Salamé a dit à Zemmour lors d’une interviex :”vous êtes plus goy que les goy” Zemmour a marqué un temps pour avaler la pilule et a eu des difficultés à répondre.
    J’étais surprise de la remarque de Léa Salamé mais à vrai dire, elle n’a dit que la vérité et il l’a reçue en pleine g…… !
    Et c’est cela qu’on reproche à Zemmour, si le fond est juste, la manière l’est moins !
    Pour se permettre de critiquer les djihadistes, on les oppose aux Juifs contestataires, mais il faut comparer ce qui est comparable.
    On a l’impression que Zemmour attaque certains Juifs pour montrer sa loyauté envers la société, mais je suis fort surprise de ce raisonnement venant de sa part !

  5. Zemmour est un pur produit du judaisme algerien, il n a pas integre la revocation du decret cremieux entre 1942 et 1945, la haine antisioniste dechainée par l etat français pour des raisons financieres , l ambiance deletere qui en resulte .
    Il n a pas integre non plus l irruption du fait sioniste qui a tardivement bousculé ce judaisme ultra français et nous a donné de grands sionistes comme Raphael Drai ou Schmouel Trigano , en bref il est restê ce que nous etions tous avant de nous reveiller …..
    Alors Eric , stop , reveille toi !!!! Le peuple juif est de retour et les israelites français et l algerie française sont morts a tout jamais

  6. Le problěme ici. tient au fait de réagir ā ce qu’ un commentateur éloigné des thèses de Zemmour, a voulu retenir de son oeuvre. Ce n’est pas ainsi qu’ il convient de procéder. 1) lire l’ oeuvre de zemmour. 2) repérer la phrase en question dans l’ oeuvre 3) se demander ce qu’a dit Zemmour par cette phrase dans son contexte et le sens que lui donne â sa phrase. ( ce que ni celui qui cite Zemmour , ni celui qui réagit impulsivement au commentaire sur Zemmour n’ ont fait.) Quelle nécessité de provoquer ? Zemmour veut faire penser ceux qui font passer une phrase pour une opinion, personnelle dès lors qu’ ils l’ ènoncent. Autrement dit; Zemmour a besoin de créer un choc dans l’espoir de mettre la faculté de penser en marche chez ses lecteurs ou auditeurs. Quand on entend mal un mot, qui n’a aucun sens dans une phrase; le cerveau s’aide immédiatement du contexte pour rétablir le son qui aurait dū être entendu et qui a été très probablement prononcé. Zemmour a compté sur l’énormité de sa phrase pour que tout un chacun se demande ce qu’ il voulait dire. Ce sont les flemmards et ceux qui font d’énormes faux sens qui sautent â pieds joints dans le piège tendu par Zemmour qui en rigole tant leur procéďé est grossier et irrecevable au moindre examen…ce qui met en évidence leurs incompętences et leur maivaise foi.

  7. Je trouve que l’analyse de Lionel COHN peut être considérée comme étant superficielle ne tenant pas compte de l’époque, la situation et les périls exogènes, de tous côtés.

    En effet Zemmour n’est pas le genre à ramener son identité juive dans les débats publics.
    Et en conclure que pour autant ce n’est pas un bon juif, n’est alors à mes yeux, qu’une réflexion d’une vision extrémiste.

    Il se comporte dans la vie sociale et surtout médiatique de manière totalement laïque. Et qui peut le lui reprocher ? Quand nous juifs pour nous défendre, nous luttons du manque de laïcité, pourtant accordé par les pouvoirs, aux désidérata des musulmans  ?

    Pour affirmer comment Zemmour vit sont judaïsme, l’auteur de cet article peut même prétendre, l’avoir rencontré, avoir été invité chez lui. Avoir eu des discussions politiques avec lui, etc., etc. Ce n’est pas pour autant qu’il peut se permettre de savoir commente Zemmour vit son judaïsme.

    En plus, nous sommes nombreux à ne pas le vivre de la façon que préconise Mr Lionel COHN. Et je fais partie de ces juifs qu’il semble mépriser. Et non seulement je trouve cela sectaire, mais cela me peine dans ma peau de juive, fière de l’être. Que quelqu’un vienne critiquer ma judéité et il verra de quoi je suis capable.

    Je trouve en plus que Zemmour, à partir du moment qu’il s’est trouvé mis dans une certaine case – volontairement ou seulement par ses déclarations patriotiques françaises bien affirmées – Eh bien, il a tout à fait raison, de laisser de côté ses convictions religieuses, qui n’apporteraient rien aux débats dans lesquels on le trouve impliqué en tant que citoyen français.

    Je pense d’ailleurs, que s’il n’avait pas agi ainsi, ses remarques pertinentes sur bien des aspects politiques, n’auraient pas été prises au sérieux et tout comme Finkielkraut ou BHL (que je n’imagine pas plus pro-israéliens que peut-être Zemmour pourrai l’être dans le fond de son cœur,) – Il n’aurait avec le même positionnement obtenu que la détestation et le mépris qu’obtiennent les deux précités, ainsi que bien d’autres.

    Seul Gilles William Godnadel semble tirer son épingle du jeu. Il est invité dans les médias, contrairement à d’autres juifs connus pour leur soutien à Israël.
    Mais il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas remarquer, que la plupart des invités qui l’accompagnent, ainsi que le public derrière, ne perdent pas une occasion pour montrer de manière flagrante, qu’un juif est toujours mal perçu. Quel qu’il soit !

    Alors Bravo à l’attitude de Zemmour, qui lorsqu’il se manifeste, le fait en tant que n’importe quel autre français. Il prêche pour une véritable laïcité.

    Je n’aurais pas l’indélicatesse, voire pire : le racisme, d’employer un système d’inquisition pour tenter de connaître quel juif il est.
    Ce qu’écrit Mr Lionel COHN est insupportable. Cela donne l’impression qu’il y a selon ce que décideront des gens comme lui, de bons et de mauvais juifs.

    Moi ce clivage je le fais, entre ceux qui défendent Israël et luttent contre l’antisémitisme et je rajouterai pour les personnages publics, que je peux comprendre ceux qui se tiennent cois, sans rien exprimer là –dessus. Un peu lâche…Mais bon ! Auraient-ils alors encore le droit d’exister dans leur métier public, sans subir moult insultes et menaces ?

    Les mauvais juifs étant ceux qui crachent sur Israël et leurs congénères. Et il y en a bien trop !
    C’est ceux-là qui doivent vous inquiéter Mr COHN, n’allez pas provoquer des clivages ailleurs, dont le peuple juif aujourd’hui n’a pas vraiment besoin.

    Quand le monde entier, cessera de haïr le juif et lui accordera le droit de se défendre, lui qui ne fait pas le distinguo que vous faites, quand il veut nous nuire ou nous exterminer…

    Alors il sera temps d’avoir de telles appréhensions théologiques.

    Mais je vous signale, que si vous êtes parmi ceux qui pensent que les juifs ont le droit d’avoir Israël – alors tous les citoyens ne peuvent se permettre de raisonner comme vous ! S’en tenir à la Loi stricte, comme les extrémistes religieux en Israël qui refusent le Service Militaire, tout en profitant de tous les avantages des autres citoyens qui font tenir la sécurité et l’économie du pays, ce n’est ni logique ni juste. Et plus grave : ne peut garantir la survie d’aucun pays !

    Ou alors, nous ne méritons ad vitam aeternam, que de vivre en Diaspora !

    Il serait peut-être temps pour vous de faire une exégèse personnelle. Ceci dit, sans vouloir vous manquer de respect.

  8. ??? je lis: “les jeunes qui s’engagent pour devenir des combattants djihadistes ne sont pas différents, à son avis,des jeunes Juifs qui quittent la France pour s’enrôler dans Tsahal, l’armée israélienne.”

    Il a fumé de la moquette :
    – les jeunes qui s’enrôlent dans Tsahal c’est pour défendre Israel. Ceux qui s’enrôlent dans Daesh c’est pour conquérir et asservir.
    – les jeunes qui s’enrôlent dans Tsahal obeissent à la morale juive qui est de preserver autant que possible la vie. Ceux qui s’enrôlent dans Daesh tuent et violent ceux qu’ils considerent comme infidèles.

    Comme quoi on peut etre intelligent, très intelligent et perdre le bon sens

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here