Disparition du négationniste falsificateur Ernst Zündel

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De gauche à droite : Robert Faurisson, Fred Leuchter, Ditlieb Felderer et Ernst Zündel (1988).

Qui était Ernst Zündel ? Un héros de la liberté d’expression injustement martyrisé par le « lobby sioniste » pour ses conceptions historiques hétérodoxes ? Ou un antisémite fanatique qui trouva des supporters jusque dans les franges les plus douteuses de la gauche radicale ?

C’est une des figures du négationnisme international qui est décédée dimanche 5 août 2017 dans sa ville natale de Bad Wildbad, en Allemagne. Cofondateur du « White Power Movement », un groupe raciste et antisémite américain, Ernst Zündel fut en effet pendant des décennies l’une des principales chevilles ouvrières de la propagande néo-nazie.

Né en 1939, quelques mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Ernst Christof Friedrich Zündel n’a pas vingt ans lorsqu’il émigre, en 1958, au Canada.

D’après la version qu’il en donne, en raison de ses convictions pacifistes et pour éviter d’avoir à accomplir son service militaire en Allemagne, il passera plus de quarante ans au Canada, à Toronto d’abord, Montréal ensuite, travaillant comme graphiste pour le département publicitaire des grands magasins Simpson-Sears puis comme retoucheur de photos et dessinateur.
Du militant québécois pro-nazi Adrien Arcand (1899-1967), qu’il rencontre en 1960 et devient son mentor, Zündel écrira :
« C’était un grand Canadien. Il parlait huit langues, dont l’allemand, et il a mis à ma disposition des livres, des discours, des articles que je n’avais jamais vus et auxquels je n’avais jamais eu accès. Il m’a permis d’étudier ces livres dans sa bibliothèque. Je n’avais aucune autre façon d’obtenir ces choses, surtout pas en allemand ».

Au début des années soixante, Zündel forme un « Comité de la Défense nationale », en fait une association anticommuniste qui lui permet de s’exprimer régulièrement en public. Il fréquente pendant deux ans la Sir George Williams University de Montréal pour suivre des cours de science politique.

Candidat à la course pour la direction du Parti libéral du Canada (1968) sous le nom d’Ernest Zeundel, il renonce avant le début du scrutin, non sans s’être servi de la tribune qui lui était alors offerte pour diffuser publiquement ses conceptions sur la germanophobie présumée de la société canadienne.

Dans les années qui suivent, Zündel s’illustre comme auteur clandestin de tracts néo-nazis et publie sous le pseudonyme de Christof Friedrich (respectivement ses deuxième et troisième prénoms). En 1974, il signe ainsi un livre sur les « ovnis nazis » (UFO’s Nazi secret Weapons?), brodant sur un mythe complotiste selon lequel les soucoupes volantes que l’on commence à observer seraient en réalité des armes révolutionnaires développées par le IIIème Reich dont les dignitaires se seraient repliés à la fin de la guerre dans une base secrète en Antarctique. L’objectif est avant tout politique : de son propre aveu, il s’agit, pour Zündel, de surfer sur le goût du public pour ces histoires insolites afin de l’exposer à un discours favorable au national-socialisme.


Quelques années plus tard, en 1977, Zündel co-signe, sous le pseudonyme de Christof Friedrich, une brochure de 120 pages intitulée The Hitler We Loved and Why [Le Hitler que nous aimions et pourquoi], paru aux White Power Publications. On peut y lire par exemple qu’« Hitler fut très aimé et aima en retour, mais [que] cette relation entre le Leader et son peuple n’avait rien à voir avec l’effusion exubérante, doucereuse d’une mère juive obèse pour son fils boutonneux qui tente d’éviter le service militaire. C’était l’amour aryen. Solide, ferme et exaltant. »

Il fonde cette même année la maison d’édition Samisdat Publishers, dont le nom fait référence aux samizdats, ces écrits de dissidents de l’Union soviétique circulant clandestinement dans l’ancien Bloc de l’Est. Elle deviendra l’un des plus importants vecteurs de diffusion de littérature néo-nazie et négationniste au monde.

La petite entreprise de Zündel diffusera à travers la planète tout un matériel destiné aux nostalgiques de l’Allemagne hitlérienne : posters, films, cassettes audio, périodiques, brochures, livres, souvenirs, décorations…

Parmi les ouvrages spécifiquement négationnistes apparaissant au catalogue de Samisdat Publishers, on compte : The Hoax of the Twentieth Century, d’Arthur Butz, A Straight Look at the Third Reich and The Six Million Swindle, d’Austin App, Auschwitz, Dachau, Buchenwald: The Greatest Fraud in History, de Richard Verrall, un militant du British National Front écrivant sous le pseudonyme de Richard E. Harwood, ou encore le fameux Did Six Million Really Die? [Six millions de morts le sont-ils réellement ?], du même Richard Verrall.

En 1978, la CBC Radio-Canada révèle que Christof Friedrich et Ernst Zündel ne sont qu’une seule et même personne et c’est sous sa véritable identité qu’il participe, en 1979, au premier grand congrès négationniste organisé par l’Institute for Historical Review (IHR), aux côtés, notamment, du Français Robert Faurisson.
Le « Gandhi de notre temps » ?

C’est dans les années 1980 que Zündel commence à être rattrapé par la justice canadienne. En janvier 1985 s’ouvre le procès qui l’oppose à l’ancienne déportée Sabrina Citron. Celle-ci a porté plainte contre Zündel pour « publication de fausses informations destinées à porter atteinte à l’intérêt public, et ce, en toute connaissance de cause », suite à la réédition de Did Six Millions Really Die? par la société de Zündel.

Ce premier procès est déterminant à plusieurs égards dans l’histoire du négationnisme. Condamné en première instance à quinze mois de prison ferme, le propagandiste allemand fait appel. Il s’adresse alors à Robert Faurisson, déjà très investi dans sa défense (il dit y avoir consacré des milliers d’heures), pour engager l’Américain Fred Leuchter.

Obscur concepteur et constructeur d’équipement d’exécution pour les prisons américaines, ce dernier est une sorte de consultant pour certains États américains. Financé par Ernst Zündel qui lui remet une « belle somme », Leuchter se rend en Pologne sur les sites des anciens camps d’extermination d’Auschwitz et de Majdanek. Il y prélève – en toute illégalité – plusieurs échantillons qu’il soumet à analyse et conclut à l’impossibilité matérielle et technique des « chambres à gaz homicides ». Publiée sous le titre Le Rapport Leuchter par la maison d’édition de Zündel, l’étude pseudo-scientifique qu’il tire de son séjour polonais – et qui sera réfutée par la suite – est présentée en janvier 1988, lors du procès en appel contre le négationniste allemand.

Zündel bénéficia de toutes les garanties d’un Etat de droit. Le jugement qui le condamne en 1985 pour propagation de fausses nouvelles est ainsi cassé pour vice de procédure. Le second verdict qui le condamne en mai 1988 à neuf mois de prison ferme est lui aussi annulé – la loi sur le fondement de laquelle il avait été condamné étant jugée anticonstitutionnelle.

À partir de ce moment, Zündel ne cessera d’être considéré par la mouvance néo-nazie comme un véritable « héros », voire comme un « militant des droits de l’homme politiquement incorrect ». Ses partisans le compareront à Galilée. Lui-même se présentera comme « le dissident politique le plus célèbre d’Europe, un Gandhi de notre temps, un Soljenitsyne moderne ». Son « combat contre le Nouvel Ordre Mondial » (une thématique typiquement conspirationniste adoptée par les négationnistes) est pour eux celui de « David contre Goliath ».

En décembre 1989, Ernst Zündel participe à une réunion privée dans un restaurant de Haguenau, en Alsace (Bas-Rhin). Un film réalisé par un militant néo-nazi témoigne de ce discret rassemblement de négationnistes. Les images ne trompent pas.

Robert Faurisson est visiblement heureux d’être présent. Il explique à son ami Ernst Zündel, son « idole », que s’il avait su qu’il le verrait, il lui aurait apporté un cadeau. Robert Faurisson est assis à côté de lui pendant cette petite conférence. Il écoute sans mot dire le négationniste allemand asséner, entre autres, ces quelques mots :
« Pourquoi, nous, de bons Allemands, devrions-nous patauger dans cette boue, dans cette porcherie de mensonges diaboliques que cette bande de Juifs a répandus partout contre notre peuple ».

Au début des années 1990, Zündel tente d’orchestrer une campagne contre la projection au Canada du film de Steven Spielberg, La Liste de Schindler, prétextant que l’œuvre incite à la haine contre les Allemands.
En 1994, il se rend à Moscou.

Il y noue des liens avec des figures du Front du Salut national qui rassemble les forces « national-patriotiques » de Russie. Côtoyant des figures de l’extrême droite russe comme Vladimir Jirinovski ou l’ancien général du KGB Aleksandr Sterligov, Zündel rêve, explique le politologue Anton Shekhovtsov, d’établir dans la Russie post-soviétique « quelque chose comme un régime national-socialiste ».

Travaillant avec La Voix de la Russie (l’ancêtre de l’actuel média russe Sputnik), il se voit confier une émission de radio hebdomadaire intitulée « La Voix de la Liberté » qui fera finalement long feu.

C’est sur internet que Zündel va alors concentrer son action. En 1996, il lance Zundelsite.org, qui diffuse un contenu négationniste et ouvertement antisémite, ce qui lui vaut l’ouverture, l’année suivante, d’une enquête de la Commission canadienne pour les droits de la personne. Avant qu’elle rende ses conclusions, Zündel quitte le Canada pour les Etats-Unis. Il y épouse en 2000 sa troisième femme, l’Américaine Ingrid Rimland, qui l’aide depuis plusieurs années à animer son site web. Elle est aujourd’hui une collaboratrice régulière du site complotiste américain Veterans Today. En 2011, Ingrid Rimland-Zündel produit un film sur son époux, « Off Your Knees, Germany! » [« Debout Allemagne ! »], le présentant comme la victime d’une persécution orchestrée par le « lobby sioniste ».
En 2003, Zündel est expulsé des Etats-Unis pour violation des règles d’immigration. Accueilli par les autorités canadiennes, il est maintenu en détention jusqu’à son extradition vers l’Allemagne deux ans plus tard. Poursuivi pour quatorze chefs d’accusation – dont l’incitation à la haine raciale et l’insulte à la mémoire des victimes –, il est condamné en 2007 à la peine maximale de cinq ans d’emprisonnement qu’il purge à Mannheim. Il est libéré le 1er mars 2010.
Hitlérolâtre, antisémite fanatique – lui prétendait se considérer simplement comme « pro-Allemand » –, Zündel a reçu le soutien de groupes ou de personnalités bien au-delà du petit cercle des militants néo-nazis. C’est ainsi qu’en février 2004, CounterPunch, un magazine réputé prescripteur dans la gauche radicale américaine, publie sous la plume d’Alan Cabal une défense enflammée du négationniste. « The Persecution of Ernst Zundel » est un modèle de désinformation qui ne dit pas un seul mot du militantisme néo-nazi de Zündel, présenté comme un « peintre », un « pacifiste » et même un « historien » (sic), dont le seul tort serait d’avoir osé remettre en cause le nombre de victimes et la manière dont se serait produit l’Holocauste. On y lit qu’« Ernst Zündel est la figure la plus célèbre parmi le nombre croissant d’historiens, amateurs ou universitaires, qui questionnent les comptes rendus orthodoxes des événements qui se sont déroulés dans les camps de concentration nazis durant la Deuxième Guerre Mondiale ».
In memoriam

A l’annonce du décès d’Ernst Zündel, ses amis et compagnons de route ont immédiatement salué sa mémoire.
Le premier à réagir est son vieil ami Robert Faurisson qui, sur son compte YouTube, publie une courte vidéo intitulée « In memoriam Ernst Zündel ». Un mois auparavant, le négationniste français mettait en ligne sur son site un « hommage à Ernst Zündel » annonçant la sortie du 6000ème et dernier numéro de la publication négationniste Bocage. L’article « salue un prestigieux héros du révisionnisme, Ernst Zündel [qui] a fait preuve d’une telle énergie, d’une telle inventivité et d’un tel désintéressement qu’on est en droit d’affirmer que, sans lui, jamais le révisionnisme n’aurait pu accumuler tant de victoires, qui ont retenti dans le monde entier ». Pour Faurisson, il existe d’ailleurs un « révisionnisme » d’avant Zündel et un « révisionnisme » d’après Zündel. Avec son arrivée dans cette histoire explique le négationniste français, « le voile de toutes ces impossibilités s’est déchiré. Cet homme a eu l’audace de ne pas se laisser intimider. Il a montré que le roi était nu. Il a confondu les fripons ».

Sur les réseaux sociaux, le « national-socialiste français » Alain Soral – comme il aime à se définir lui-même – s’incline dès le 7 août devant le « courage » et la « ténacité » du « révisionniste Ernst Zündel », mort « après avoir été persécuté pour ses opinions pendant plus de trente ans ». « Un grand Allemand » conclut-il.
Quant à Vincent Reynouard, autre figure du néo-nazisme plusieurs fois condamné pour incitation à la haine raciale, il met en ligne le 8 août deux vidéos intitulées « Un héros du révisionnisme : le combat d’Ernst Zündel ». Le propagandiste allemand aurait selon lui ouvert la voie à « l’essor inexorable du révisionnisme ».
Laissons le mot de la fin au site suprémaciste Blanche Europe (Nationalisme Français & Défense de La Race Blanche) :
« Ernst Zündel fait partie, au premier rang, des héros de notre temps qui ont rectifié le récit historique sur le prétendu holocauste des Juifs par chambre à gaz homicide. Mais quand ce peuple particulier vient à apprendre que certaines horreurs qu’il croit avoir subies n’ont pas eu lieu, au lieu de se réjouir, il persécute le messager. Ernst Zündel a défié les puissances du mensonge avec une ardeur et une constance qui touchent au sublime. Son nom se confond avec celui du combat révisionniste, qui est vaincu par la chair quand il triomphe par l’esprit, pourrait-on dire. Car si le révisionnisme gagne victoire sur victoire dans le champ intellectuel, les révisionnistes quant à eux subissent mille avanies ».

La source de cet article se trouve sur ce site
Source :
http://www.conspiracywatch.info/ce-que-vous-ne-saviez-pas-sur-le-negationniste-ernst-zundel.html

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